Le règlement ESPR fait de l’écoconception la nouvelle norme légale pour vendre un produit en Europe. Le règlement (UE) 2024/1781, dit ESPR (Ecodesign for Sustainable Products Regulation), est entré en vigueur le 18 juillet 2024 et remplace la directive Écoconception de 2009, qui ne couvrait que les produits liés à l’énergie [1]. Son périmètre s’étend désormais à la quasi-totalité des biens physiques mis sur le marché. Cet article met à jour et renforce le guide écoconception en détaillant les exigences du règlement ESPR, les produits prioritaires, le passeport numérique de produit et le calendrier d’application, afin d’aider les entreprises à anticiper leurs obligations.
Ce que change le règlement ESPR
Le changement majeur tient à la nature du texte. L’ancien dispositif était une directive ciblant les appareils consommateurs d’énergie. L’ESPR est un règlement-cadre d’application directe qui pose les bases d’exigences pour presque toutes les catégories de produits [2]. Le texte lui-même ne fixe pas les seuils produit par produit : il définit le socle juridique, puis la Commission européenne précise les règles applicables via des actes délégués successifs, selon une logique de priorisation [3].
Concrètement, l’écoconception cesse d’être un argument marketing volontaire pour devenir une condition d’accès au marché unique. Cette bascule prolonge la dynamique déjà à l’oeuvre avec les démarches d’économie circulaire en entreprise et les principes du cradle to cradle, qu’elle inscrit désormais dans un cadre contraignant.
Les exigences d’écoconception
Le règlement ESPR permet de fixer, pour chaque famille de produits, une série d’exigences destinées à améliorer la durabilité et la circularité. Ces critères ne s’appliquent pas de manière uniforme : chaque acte délégué définit les paramètres pertinents pour la catégorie concernée [6].
| Exigence | Objectif | Traduction opérationnelle |
|---|---|---|
| Durabilité | Allonger la durée de vie | Résistance, fiabilité, disponibilité des pièces détachées |
| Réparabilité | Faciliter la remise en état | Conception démontable, indice et notices de réparation |
| Recyclabilité | Permettre la fin de vie circulaire | Matériaux séparables, marquage des composants |
| Contenu recyclé | Réduire la matière vierge | Taux minimal de matières recyclées incorporées |
| Efficacité ressources | Limiter énergie et matières | Consommation, empreinte environnementale du cycle de vie |
| Passeport numérique | Rendre l’information traçable | Données de composition et de circularité accessibles |
Ces exigences convergent avec les obligations de reporting extra-financier. La norme ESRS E5 sur l’économie circulaire couvre déjà la gestion des ressources, la production de déchets et les pratiques de réparation ou de réemploi, ce qui rapproche l’écoconception réglementaire du reporting ESG.
Produits prioritaires et actes délégués
La Commission a identifié les familles de produits traitées en premier dans le plan de travail initial. Onze groupes sont priorisés, parmi lesquels le fer et l’acier, l’aluminium, les textiles, le mobilier, les pneumatiques, les détergents, les peintures, les lubrifiants et les produits chimiques [3]. Pour chacun, un acte délégué viendra préciser les seuils de durabilité, de réparabilité et de contenu recyclé, ainsi que les modalités du passeport numérique.
Cette approche progressive laisse aux entreprises un délai pour s’adapter, mais impose une veille active : selon la catégorie, les obligations diffèrent fortement. Les producteurs des secteurs concernés ont intérêt à cartographier leurs gammes et leurs fournisseurs dès maintenant, en s’appuyant sur une démarche RSE structurée. Le détail du texte est présenté dans le guide TheGreenshot dédié au règlement ESPR sur l’écoconception.
Le passeport numérique de produit
Le passeport numérique de produit (DPP) constitue l’innovation la plus visible du règlement ESPR. Il s’agit d’une identité numérique unique associée à chaque produit, accessible via un QR code, une puce NFC ou un code-barres, qui centralise les informations de cycle de vie : origine des matières, composition, réparabilité et recyclabilité [5]. L’objectif est de rendre la donnée environnementale traçable et vérifiable, du fabricant au consommateur en passant par les réparateurs et les recycleurs.
Le DPP deviendra obligatoire de façon échelonnée, catégorie par catégorie, à mesure que les actes délégués sont adoptés. Le textile figure parmi les premiers concernés, sous réserve de l’acte délégué attendu. Pour les entreprises, préparer ces passeports suppose de collecter et de fiabiliser une masse de données produit et fournisseur, un chantier proche de celui d’un bilan carbone d’entreprise et de l’intégration du scope 3.
Calendrier de mise en application
Le déploiement de l’ESPR s’étale sur plusieurs années, par vagues successives d’actes délégués. Les principaux jalons documentés sont les suivants.
| Jalon | Échéance | Source |
|---|---|---|
| Entrée en vigueur du règlement (UE) 2024/1781 | 18 juillet 2024 | Bpifrance |
| Interdiction de destruction des invendus textiles et chaussures (grandes entreprises) | 19 juillet 2026 | NAVEX |
| Premiers actes délégués produits et cadre du passeport numérique | À compter de 2026 | Arianee |
| Passeport numérique obligatoire pour le textile | À partir de 2027 | Arianee |
| Extension de l’interdiction des invendus aux entreprises moyennes | 2030 | NAVEX |
L’interdiction de détruire les invendus marque un tournant symbolique : les grandes entreprises devront non seulement cesser cette pratique, mais aussi publier les volumes concernés [4]. La transparence devient ainsi un levier d’application du règlement ESPR.
Écoconception dans l’audiovisuel et l’événementiel
Si l’ESPR vise d’abord les biens de consommation, sa logique d’écoconception irrigue directement les secteurs de l’audiovisuel et de l’événementiel, gros consommateurs de matériel et de décors à durée de vie souvent courte.
Tournages et productions audiovisuelles
Sur un plateau, la question des invendus se transpose à celle des décors, costumes et accessoires détruits en fin de tournage. Les principes du règlement ESPR (durabilité, réparabilité, réemploi) encouragent la conception de décors démontables, la mutualisation du matériel et le sourcing de fournisseurs capables de tracer la composition de leurs produits. La chaîne de sous-traitance d’une production, du décor à la post-production, gagne à documenter ces informations comme un futur passeport produit le ferait pour un bien manufacturé.
Événements, festivals et spectacles
Pour un festival ou un événement d’entreprise, l’écoconception s’applique à la scénographie, au mobilier temporaire, aux stands et à la signalétique. Réemployer une structure d’une édition à l’autre, privilégier des matériaux recyclables et documenter l’origine des équipements réduisent l’empreinte tout en anticipant des exigences réglementaires appelées à s’étendre. Ces pratiques prolongent celles déjà valorisées par les cadres d’éco-production audiovisuelle et par la norme ISO 20121 pour les événements.
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Conclusion
Le règlement ESPR transforme l’écoconception en obligation légale et non plus en simple engagement volontaire. En imposant durabilité, réparabilité, recyclabilité et passeport numérique de produit, il redessine les conditions d’accès au marché européen pour de nombreuses familles de produits. Le déploiement par actes délégués laisse un délai d’adaptation, mais la publication des premiers textes et l’interdiction de destruction des invendus enclenchent déjà le mouvement. Les entreprises, y compris dans l’audiovisuel et l’événementiel, ont intérêt à cartographier leurs produits, à fiabiliser leurs données fournisseurs et à intégrer l’écoconception au coeur de leur stratégie, avant que les exigences ne deviennent la norme dans l’ensemble des secteurs.
FAQ
Qu’est-ce que le règlement ESPR ?
Quels produits sont concernés par l’ESPR ?
Qu’est-ce que le passeport numérique de produit ?
L’ESPR interdit-il la destruction des invendus ?
Comment une entreprise peut-elle se préparer à l’ESPR ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Se conformer au règlement ESPR suppose de fiabiliser une grande quantité de données produit, fournisseur et matière, exactement le type de collecte que GreenPro automatise. L’outil de suivi carbone de TheGreenshot centralise les données environnementales des productions et des événements, scanne les factures par OCR, alimente des tableaux de bord en temps réel et produit des bilans conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol. Cette base de données consolidée facilite aussi bien le reporting extra-financier que la traçabilité fournisseurs appelée par l’écoconception réglementaire. Pour les studios et organisateurs qui veulent transformer leurs obligations en processus fluide, découvrir l’outil en conditions réelles est la meilleure façon d’en mesurer l’apport.
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