Scope 3 et bilan carbone : méthode complète pour l’intégrer

Le scope 3 représente le périmètre le plus étendu et le plus complexe d'un bilan carbone, regroupant l'ensemble des émissions indirectes générées tout au long de la chaîne de valeur d'une organisation.
Scope 3 et bilan carbone : méthode complète pour l'intégrer

Le scope 3 représente le périmètre le plus étendu et le plus complexe d’un bilan carbone. En regroupant l’ensemble des émissions indirectes générées tout au long de la chaîne de valeur d’une organisation, il constitue dans la grande majorité des cas le périmètre concentrant la part dominante de l’empreinte carbone totale[1]. Intégrer le scope 3 dans un bilan carbone n’est plus seulement une bonne pratique : c’est une exigence croissante au titre du BEGES réglementaire et de la directive CSRD (2022/2464). Cet article décrit la structure des 15 catégories, les méthodes de calcul disponibles, les critères de priorisation et les obligations réglementaires applicables.

Le scope 3 dans un bilan carbone : définition et enjeux

Un bilan carbone complet se structure selon trois périmètres d’émissions, définis par le GHG Protocol Corporate Standard, la référence mondiale pour la comptabilité carbone des organisations. Le scope 1 regroupe les émissions directes issues de sources appartenant à l’organisation (combustion sur site, flotte de véhicules propres). Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie achetée. Le scope 3 englobe toutes les autres émissions indirectes, situées en amont et en aval de l’activité de l’organisation : achats de biens et de services, transport, déplacements professionnels, déchets, utilisation et fin de vie des produits vendus[2].

Le scope 3 est structurellement le plus difficile à mesurer, car il exige de collecter des données auprès de tiers : fournisseurs, transporteurs, clients, prestataires. Il est aussi, dans la grande majorité des cas, le périmètre qui concentre la part dominante des émissions d’une organisation[1]. Ignorer ce périmètre revient à conduire un bilan carbone partiel, inadapté aux objectifs de réduction réels et aux exigences réglementaires actuelles.

Les 15 catégories du scope 3 selon le GHG Protocol

Le Corporate Value Chain (Scope 3) Accounting and Reporting Standard du GHG Protocol définit précisément 15 catégories d’émissions, réparties entre activités amont (upstream) et activités aval (downstream)[3].

Catégories amont (upstream)

Catégorie Description
1. Biens et services achetés Émissions liées à la fabrication de tous les biens et services acquis par l’organisation
2. Biens d’équipement Émissions liées à la production des équipements, machines et bâtiments utilisés
3. Activités liées à l’énergie (hors scopes 1 et 2) Extraction, production et transport des combustibles et de l’énergie consommés
4. Transport et distribution amont Transport des marchandises achetées jusqu’à l’organisation
5. Déchets générés Élimination et traitement des déchets produits par les opérations
6. Déplacements professionnels Transport des employés en mission (avion, train, hébergement)
7. Mobilité domicile-travail Déplacements quotidiens des collaborateurs entre leur domicile et leur lieu de travail
8. Actifs en location amont Exploitation des actifs loués par l’organisation, non inclus dans les scopes 1 et 2

Catégories aval (downstream)

Catégorie Description
9. Transport et distribution aval Transport des produits vendus jusqu’aux acheteurs finaux
10. Transformation des produits vendus Émissions liées à la transformation des produits intermédiaires par les acheteurs
11. Utilisation des produits vendus Émissions générées lors de l’utilisation des produits ou services commercialisés
12. Fin de vie des produits vendus Traitement en fin de vie (recyclage, enfouissement, incinération) des produits commercialisés
13. Actifs en location aval Exploitation par des tiers d’actifs appartenant à l’organisation
14. Franchises Émissions des franchisés opérant sous la marque de l’organisation
15. Investissements Émissions associées aux participations financières et aux projets financés

Toutes ces catégories ne sont pas pertinentes pour chaque organisation. La démarche recommandée consiste à identifier en premier lieu quelles catégories sont matérielles au regard de l’activité exercée, avant d’engager les ressources nécessaires à la collecte et au calcul[3].

Méthode de calcul des émissions de scope 3

Quelle que soit la catégorie concernée, le calcul des émissions de scope 3 repose sur une formule fondamentale : la donnée d’activité est multipliée par un facteur d’émission correspondant. La donnée d’activité peut être un volume d’achats en euros, une distance parcourue, une quantité de déchets produits ou une consommation de matières premières. Le facteur d’émission traduit cette activité en équivalent CO₂ (CO₂e)[3].

Le GHG Protocol distingue quatre grandes approches méthodologiques :

L’approche basée sur les dépenses (spend-based)

Les achats sont valorisés en euros, puis multipliés par des facteurs d’émission sectoriels issus de bases de données économiques, comme la Base Empreinte® de l’ADEME pour la France[1]. Cette méthode est rapide à déployer pour amorcer un premier bilan de scope 3, mais présente une précision limitée, car elle ne reflète pas les variations de performance environnementale d’un fournisseur à l’autre.

L’approche basée sur les activités (activity-based)

Les données d’activité physique sont utilisées directement : kilomètres parcourus, tonnes transportées, kilogrammes de matériaux achetés. Cette méthode offre une meilleure précision et permet de hiérarchiser les postes d’émissions pour orienter les leviers de réduction.

L’approche hybride

La majorité des organisations combine les deux approches : activity-based pour les catégories disposant de données physiques accessibles, spend-based pour les autres postes. La méthode Bilan Carbone® V9, désormais en application, structure cette hybridation selon trois niveaux de maturité progressifs et accompagne les organisations dans une montée en qualité de leurs données au fil des exercices.

Les données fournisseurs spécifiques (supplier-specific)

Idéalement, les facteurs d’émission sont fournis directement par les fournisseurs sous forme de déclarations environnementales de produits ou de fiches de données spécifiques. Cette approche est la plus précise, mais elle suppose un engagement actif de la chaîne d’approvisionnement et reste aujourd’hui l’exception dans la plupart des secteurs.

La Base Empreinte® de l’ADEME constitue la principale référence française pour les facteurs d’émission. Elle couvre plusieurs milliers de produits, services, modes de transport et sources d’énergie, et fait l’objet de mises à jour régulières pour intégrer les évolutions du mix énergétique et des filières industrielles[1].

Identifier et prioriser les catégories significatives

L’une des difficultés majeures du scope 3 réside dans son ampleur : 15 catégories théoriques, des centaines de postes potentiels. La démarche recommandée par le GHG Protocol consiste à réaliser un screening initial de toutes les catégories pour identifier celles qui sont potentiellement significatives, avant de concentrer les ressources de collecte sur ces seuls postes[3].

La significativité d’une catégorie s’apprécie selon plusieurs critères : le volume d’activité (dépenses, flux physiques), la position stratégique dans la chaîne de valeur, l’intensité carbone du secteur fournisseur, et les opportunités réelles de réduction. Le décret n° 2022-982, qui encadre le Bilan d’Émissions de GES (BEGES) en France, retient cette notion de catégories significatives : seules celles identifiées comme telles sont rendues obligatoires dans le rapport réglementaire.

Une fois les catégories prioritaires identifiées, l’organisation peut construire un plan de collecte structuré, avec des responsables désignés pour chaque poste et un calendrier d’amélioration progressive de la qualité des données. L’outil GreenPro permet d’automatiser cette collecte en centralisant les données d’activité issues de plusieurs sources (facturation, logistique, RH) et en appliquant les facteurs d’émission correspondants pour produire un bilan consolidé, conforme aux référentiels CSRD, GHG Protocol et Albert.

Obligations réglementaires : BEGES, CSRD et GHG Protocol

L’intégration du scope 3 dans un bilan carbone n’est plus seulement une démarche volontaire. Plusieurs cadres réglementaires la rendent obligatoire selon la taille et le secteur de l’organisation.

Le BEGES réglementaire

En France, le Bilan d’Émissions de GES (BEGES) est obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer), les personnes morales de droit public de plus de 250 agents, ainsi que pour les collectivités territoriales d’une certaine taille. Le décret n° 2022-982 impose d’intégrer les catégories de scope 3 jugées significatives dans le rapport réglementaire, avec une publication tous les quatre ans et un plan de transition associé[4].

La directive CSRD

La directive CSRD (2022/2464) impose un reporting de durabilité standardisé, fondé sur les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). La norme ESRS E1, dédiée au changement climatique, exige la mesure et la publication des émissions des scopes 1, 2 et 3 selon la méthodologie du GHG Protocol. À la suite des ajustements introduits par le paquet Omnibus, définitivement adopté par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, cette obligation cible désormais les entreprises de plus de 1 000 salariés et dépassant 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net[5].

Les Science Based Targets (SBTi)

Pour les organisations souhaitant faire valider leurs objectifs de réduction auprès du Science Based Targets initiative (SBTi), la couverture du scope 3 est requise dès lors que ce périmètre représente une part significative des émissions totales, ce qui est le cas dans la très grande majorité des secteurs. Disposer d’un bilan GES complet incluant le scope 3 constitue donc le préalable indispensable à toute trajectoire de décarbonation crédible.

Scope 3 dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités et bonnes pratiques

Le secteur audiovisuel et événementiel présente des particularités marquées qui rendent le scope 3 à la fois incontournable et complexe à appréhender. La structure de production fragmentée, qui mobilise une multitude de prestataires spécialisés sur des durées courtes, génère une chaîne de valeur élargie dont les émissions de scope 3 dominent largement le bilan carbone global d’une production[6].

Les tournages et productions audiovisuelles

Pour une production cinématographique ou audiovisuelle, les postes de scope 3 les plus significatifs se concentrent sur deux catégories : les achats de biens et de services (catégorie 1) et le transport (catégories 4 et 6). La construction de décors, les achats de matériaux, la location d’équipements techniques et la mobilisation d’équipes dispersées géographiquement constituent autant de postes d’émissions indirectes à intégrer au bilan. Selon les données publiées par Ecoprod dans son livre blanc sur la comptabilité carbone des diffuseurs, le transport et les achats de biens représentent ensemble plus de la moitié des émissions d’une production audiovisuelle[7]. Les déchets de plateau (catégorie 5) et la post-production externalisée (catégorie 1) s’ajoutent à ce périmètre pour former un bilan scope 3 complet et fidèle à la réalité opérationnelle d’un tournage.

Les événements live et corporate

Dans l’événementiel, le scope 3 se structure autour de postes similaires mais avec des proportions différentes. Le transport des équipes techniques et des artistes, les achats d’infrastructure temporaire (scènes, structures, mobilier), la restauration et les équipements de son, de lumière et de rigging loués auprès de prestataires constituent les postes dominants. La démarche recommandée pour les organisateurs consiste à cartographier systématiquement ces postes dès la phase de conception, afin d’intégrer des critères environnementaux dans les appels d’offres et de privilégier les prestataires locaux pour les catégories de transport les plus impactantes.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements, avec des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro

Conclusion

Intégrer le scope 3 dans un bilan carbone constitue une démarche complexe mais indispensable pour toute organisation souhaitant disposer d’une vision complète et fiable de son empreinte climatique. Les 15 catégories du GHG Protocol fournissent un cadre structuré pour cartographier les émissions de la chaîne de valeur, depuis les achats de matières premières jusqu’à la fin de vie des produits commercialisés. La priorité donnée aux catégories les plus significatives permet de concentrer les ressources là où elles ont le plus d’impact réel sur les émissions.

Les obligations réglementaires, qu’il s’agisse du BEGES (décret n° 2022-982) ou de la directive CSRD (2022/2464), renforcent cette exigence et élargissent progressivement le périmètre des organisations tenues d’intégrer le scope 3 dans leur bilan GES. La montée en exigence des acheteurs, des investisseurs et des partenaires institutionnels sur la transparence carbone de la chaîne d’approvisionnement dessine la trajectoire d’un périmètre qui s’imposera comme standard minimal de tout rapport climatique crédible.

FAQ

Qu’est-ce que le scope 3 dans un bilan carbone ?

Le scope 3 désigne l’ensemble des émissions indirectes de gaz à effet de serre non liées à la consommation d’énergie d’une organisation, mais générées tout au long de sa chaîne de valeur : achats de biens et de services, transports, déplacements professionnels, déchets, utilisation et fin de vie des produits vendus. Défini par le GHG Protocol, il se décline en 15 catégories réparties entre activités amont et aval. Il représente dans la grande majorité des cas la part dominante des émissions totales d’une organisation.

Quelles catégories du scope 3 sont obligatoires dans le BEGES ?

Le décret n° 2022-982 impose d’intégrer dans le BEGES réglementaire les catégories de scope 3 identifiées comme significatives par l’organisation. Il n’existe pas de liste fixe : chaque organisation doit réaliser un screening pour identifier les postes représentant une part notable de ses émissions ou de ses enjeux stratégiques, puis les inclure dans son rapport tous les quatre ans.

Le scope 3 est-il obligatoire dans le cadre de la CSRD ?

Oui. La directive CSRD (2022/2464) impose la mesure et la publication des émissions des scopes 1, 2 et 3 selon la méthodologie du GHG Protocol, via la norme ESRS E1. À la suite du paquet Omnibus, cette obligation cible les entreprises de plus de 1 000 salariés dépassant 450 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les organisations concernées doivent publier leur bilan carbone complet, y compris le scope 3, dans leur rapport de durabilité.

Comment calculer les émissions de scope 3 sans données fournisseurs ?

En l’absence de données spécifiques fournisseurs, l’approche basée sur les dépenses (spend-based) constitue la méthode de départ la plus accessible. Elle consiste à multiplier les volumes d’achats en euros par des facteurs d’émission sectoriels issus de bases de données publiques comme la Base Empreinte® de l’ADEME. Cette méthode permet de produire un premier bilan de scope 3 et d’identifier les catégories prioritaires pour lesquelles un effort de collecte plus approfondi est justifié.

Quelles sont les catégories de scope 3 les plus importantes pour une production audiovisuelle ?

Pour une production audiovisuelle ou un événement, les catégories de scope 3 les plus significatives sont généralement les achats de biens et services (catégorie 1 : décors, équipements loués, prestataires techniques), le transport et les déplacements professionnels (catégories 4 et 6), ainsi que les déchets générés (catégorie 5). La post-production réalisée par des prestataires externes relève également de la catégorie 1. Ces postes combinés concentrent la majorité des émissions indirectes d’un projet audiovisuel ou événementiel.

Aller plus loin avec TheGreenshot

L’intégration du scope 3 dans un bilan carbone exige une organisation rigoureuse de la collecte de données, une maîtrise des facteurs d’émission adaptés et une mise à jour régulière des informations fournisseurs. GreenPro, l’outil de suivi carbone développé par TheGreenshot pour le secteur audiovisuel et événementiel, automatise ces étapes en centralisant les données d’activité issues des systèmes de facturation, de logistique et de gestion des achats. Le module de collecte intègre les facteurs d’émission de la Base Empreinte® de l’ADEME et produit des bilans conformes aux référentiels GHG Protocol, Albert et CSRD. Les tableaux de bord en temps réel permettent d’identifier en continu les catégories les plus émissives et de prioriser les actions de réduction à l’échelle d’un projet ou d’une structure. Pour découvrir comment GreenPro peut structurer la démarche scope 3, une démonstration personnalisée est disponible sur demande.

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