Calcul de l’empreinte carbone d’une entreprise : méthode et outils

Le calcul de l'empreinte carbone d'une entreprise est la première étape indispensable de toute stratégie climat. Guide méthodes, étapes et outils.
Calcul de l'empreinte carbone d'une entreprise : méthode et outils

Le calcul de l’empreinte carbone d’une entreprise est la première étape indispensable de toute stratégie climat sérieuse. Sans mesure, il est impossible d’identifier les postes les plus émetteurs, de prioriser les actions de réduction ou de démontrer ses progrès à ses parties prenantes. La méthode Bilan Carbone® V9, publiée début 2025 par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC), et le GHG Protocol, standard international de référence, fournissent aujourd’hui des cadres méthodologiques complets, adaptés à toutes les tailles d’entreprises. Cet article présente les méthodes, les étapes et les outils pour calculer l’empreinte carbone d’une organisation, avec un focus sur les spécificités du secteur audiovisuel et événementiel.

Pourquoi calculer l’empreinte carbone d’une entreprise ?

Calculer l’empreinte carbone d’une entreprise répond à plusieurs objectifs complémentaires. Le premier est réglementaire : la directive CSRD impose aux grandes entreprises de publier des données vérifiées sur leurs émissions de gaz à effet de serre, conformément aux normes ESRS [4]. La directive Omnibus adoptée fin 2025 a relevé les seuils à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, mais les entreprises non concernées par l’obligation légale sont de plus en plus sollicitées par leurs donneurs d’ordre, qui intègrent les bilans carbone dans leurs critères de sélection fournisseurs.

Le deuxième objectif est stratégique : le calcul de l’empreinte carbone permet d’identifier les postes les plus émetteurs et d’élaborer un plan de réduction ciblé. Sans cette cartographie précise, les efforts de décarbonation risquent de se concentrer sur des postes secondaires tout en laissant intacts les principales sources d’émissions, souvent situées dans la chaîne d’approvisionnement (scope 3).

Le troisième objectif est économique : les postes d’émission les plus importants sont souvent aussi les postes de coûts les plus élevés (énergie, transport, matières premières). Réduire l’empreinte carbone génère fréquemment des économies opérationnelles directes. Le carbon score d’une organisation devient ainsi un indicateur de performance global, au même titre que les ratios financiers traditionnels.

Les méthodes de référence : Bilan Carbone® et GHG Protocol

Deux méthodes structurent aujourd’hui la grande majorité des calculs d’empreinte carbone en France et en Europe.

La méthode Bilan Carbone® (ABC / ADEME)

Développée initialement par l’ADEME et portée depuis 2011 par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC), la méthode Bilan Carbone® est la référence française. Sa version V9, publiée début 2025, introduit plusieurs évolutions majeures [3] : trois niveaux de maturité (Initial, Standard, Avancé) adaptés à toutes les tailles d’entreprises, sept étapes méthodologiques (contre cinq dans la version précédente), et une nouvelle phase dédiée à la mobilisation des parties prenantes internes et externes.

La méthode couvre l’ensemble des émissions directes et indirectes d’une organisation, exprimées en CO2 équivalent (CO2e). Elle s’appuie sur la Base Empreinte® de l’ADEME [1], une base de données publique qui recense plusieurs milliers de facteurs d’émission couvrant produits, services, modes de transport et sources d’énergie. La méthode Bilan Carbone® est reconnue par le CNC pour les productions audiovisuelles et par de nombreux donneurs d’ordre publics.

Le GHG Protocol

Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est le standard international de comptabilité carbone le plus utilisé dans le monde. Il organise les émissions en trois scopes : scope 1 (émissions directes), scope 2 (émissions indirectes liées à l’énergie achetée) et scope 3 (toutes les autres émissions indirectes de la chaîne de valeur). Le GHG Protocol fait l’objet en 2026 d’une révision majeure de ses standards, visant notamment à améliorer la précision du reporting pour les émissions liées à l’électricité [2].

Les normes ESRS de la CSRD s’appuient explicitement sur la méthodologie du GHG Protocol pour le reporting des émissions de scopes 1, 2 et 3. Les deux méthodes (Bilan Carbone® et GHG Protocol) sont compatibles et complémentaires : la plupart des outils de calcul permettent de produire un bilan conforme aux deux standards simultanément. Pour en savoir plus sur la méthodologie Bilan Carbone® et ses variantes, des ressources détaillées sont disponibles sur le blog TheGreenshot.

Les étapes du calcul : de la collecte au rapport

Le calcul de l’empreinte carbone d’une entreprise suit un processus structuré en plusieurs étapes clés, quel que soit le référentiel utilisé.

Étape 1 : définir le périmètre

La première étape consiste à définir le périmètre organisationnel (quelles entités juridiques inclure), opérationnel (quels sites et activités) et temporel (quelle année de référence). La clarté du périmètre conditionne la comparabilité des bilans d’une année sur l’autre et entre organisations.

Étape 2 : identifier les sources d’émissions

Il s’agit d’identifier toutes les sources d’émissions pertinentes au sein du périmètre défini, en s’appuyant sur les 15 catégories de scope 3 du GHG Protocol et les postes définis dans la méthode Bilan Carbone®. Cette cartographie préliminaire permet de concentrer la collecte de données sur les postes significatifs.

Étape 3 : collecter les données d’activité

La collecte de données est souvent l’étape la plus chronophage. Elle implique de rassembler les factures d’énergie, les relevés de consommation, les données de transport et de logistique, les achats par catégorie, les données RH sur les déplacements domicile-travail, et les informations des fournisseurs sur leurs propres émissions. Les données peuvent être primaires (collectées directement auprès des sources) ou secondaires (issues de bases de données de référence comme la Base Empreinte® ADEME).

La liaison entre les données comptables et les données carbone est particulièrement utile pour le calcul du scope 3 achats. La connexion entre le FEC comptable et le bilan carbone permet d’automatiser une grande partie de cette collecte et de réduire significativement le temps de traitement.

Étape 4 : appliquer les facteurs d’émission

Chaque donnée d’activité est multipliée par un facteur d’émission (exprimé en kgCO2e par unité d’activité) pour obtenir la quantité de GES émise. Les facteurs d’émission sont issus de la Base Empreinte® ADEME [1], du GHG Protocol, ou fournis directement par les fournisseurs pour les données primaires. La formule de base est : Émissions (kgCO2e) = Donnée d’activité × Facteur d’émission.

Étape 5 : analyser et présenter les résultats

Les émissions calculées par poste sont agrégées pour produire un bilan global, exprimé en tonnes de CO2 équivalent (tCO2e). L’analyse des résultats permet d’identifier les postes dominants et de construire un plan de réduction priorisé. Le rapport final documente la méthodologie, les sources de données et les résultats, de façon à permettre une vérification externe si nécessaire [8].

Les outils pour calculer l’empreinte carbone

Le marché des outils de calcul de l’empreinte carbone s’est considérablement structuré. Les solutions disponibles couvrent des besoins allant de l’estimation rapide pour les TPE aux plateformes intégrées de reporting pour les groupes soumis à la CSRD.

Type d’outil Usage Exemples
Calculateurs en ligne gratuits Estimation simplifiée, sensibilisation Simulateurs ADEME (Nos gestes climat), empreinte-carbone.org
Logiciels spécialisés Calcul structuré multi-postes, reporting Outils conformes Bilan Carbone® et GHG Protocol
Outils sectoriels Calcul adapté aux spécificités d’un secteur Carbon’Clap (audiovisuel), Albert (UK, télévision)
Plateformes intégrées Collecte automatisée, reporting CSRD, suivi continu GreenPro (TheGreenshot), solutions SaaS de reporting ESG

Le choix de l’outil dépend de la taille de l’organisation, du niveau de maturité de la démarche et des obligations de reporting. Pour les entreprises soumises à la CSRD, les plateformes intégrées avec vérification externe et piste d’audit sont indispensables. Pour une première démarche, un calculateur structuré conforme à la méthode Bilan Carbone® ou au GHG Protocol suffit. La norme ISO 14067 fournit par ailleurs un cadre pour la mesure de l’empreinte carbone des produits (et non des organisations), utile dans des contextes de communication sur l’éco-conception.

Réglementation : obligations et calendrier

Le cadre réglementaire autour du calcul de l’empreinte carbone se précise et s’élargit progressivement. La directive CSRD, combinée aux normes ESRS, impose aux entreprises concernées de publier un rapport de durabilité incluant les émissions de scopes 1, 2 et 3, accompagné d’une vérification par un tiers indépendant [4].

La directive Omnibus, adoptée fin 2025, a relevé les seuils d’obligation à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour les PME et ETI qui sortent du périmètre obligatoire, le standard volontaire VSME (Voluntary SME Reporting Standard) est désormais la référence recommandée par la Commission européenne. Par ailleurs, la loi sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises d’évaluer et de prévenir les impacts environnementaux de leur chaîne de valeur, ce qui inclut de facto la mesure du scope 3.

Les entreprises qui n’ont pas encore engagé leur démarche de calcul d’empreinte carbone ont tout intérêt à démarrer sans attendre : la collecte de données sur plusieurs années est nécessaire pour constituer une base de comparaison solide et démontrer des progrès mesurables dans le temps.

Calcul de l’empreinte carbone dans l’audiovisuel et l’événementiel : spécificités et bonnes pratiques

Le secteur de la production audiovisuelle et de l’événementiel présente des particularités qui rendent le calcul de l’empreinte carbone à la fois plus complexe et plus nécessaire que dans la plupart des autres secteurs. L’analyse des scopes d’émissions d’une production audiovisuelle illustre cette spécificité : les émissions sont dispersées entre de nombreux prestataires, varient considérablement d’un projet à l’autre, et se concentrent dans des postes de scope 3 (transport, achats de biens, sous-traitance).

Dans les productions cinéma et audiovisuelles

Pour les productions audiovisuelles, le calculateur Carbon’Clap, développé par Ecoprod et homologué par le CNC, est l’outil sectoriel de référence en France [5]. Il permet de calculer l’empreinte carbone d’une production de bout en bout : pré-production, tournage, post-production et diffusion. Les facteurs d’émission utilisés sont adaptés aux spécificités du secteur (groupes électrogènes, matériel de prise de vue, déplacements d’équipes, hébergements, etc.).

Depuis le 1er janvier 2024, toute demande d’aide à la production auprès du CNC nécessite la soumission d’un bilan carbone via Carbon’Clap. Les données publiées par Ecoprod [6] montrent que Carbon’Clap a dépassé 10 000 bilans carbone, et que l’empreinte moyenne d’une heure de contenu audiovisuel s’établit à 16 tCO2e, dont 27,5 % imputables au transport et 25 % aux achats de biens. Ces données de référence permettent à chaque production de se situer par rapport aux moyennes sectorielles et d’identifier ses postes d’amélioration prioritaires. Pour une vue complète des calculateurs carbone disponibles dans l’audiovisuel, le blog TheGreenshot propose une comparaison détaillée des outils existants.

Dans l’événementiel

Pour les événements (festivals, concerts, événements corporate), le calcul de l’empreinte carbone doit intégrer des postes spécifiques souvent absents des bilans d’entreprise classiques : la mobilité du public (variable selon la localisation et les modes de transport disponibles), l’alimentation électrique temporaire sur site (groupes électrogènes, câblage), la production de déchets sur une durée courte et intense, et l’empreinte des nuitées d’hébergement des équipes et des artistes. Ces postes peuvent représenter 40 à 60 % de l’empreinte totale d’un événement selon sa nature et sa localisation.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Calculer l’empreinte carbone d’une entreprise est une démarche structurée qui repose sur des méthodes éprouvées (Bilan Carbone® V9, GHG Protocol), des outils adaptés à chaque contexte et une collecte de données rigoureuse. Pour les acteurs du secteur audiovisuel et événementiel, des outils sectoriels comme Carbon’Clap permettent de réaliser ce calcul en tenant compte des spécificités opérationnelles du terrain. À mesure que les obligations réglementaires se précisent et que les donneurs d’ordre intègrent les critères carbone dans leurs décisions, la maîtrise du calcul de l’empreinte carbone constitue un avantage concurrentiel croissant. La prochaine étape, après la mesure, est d’engager une stratégie de décarbonation structurée sur la base de cette cartographie précise.

FAQ

Quelle est la méthode pour calculer l’empreinte carbone d’une entreprise ?

Les deux méthodes de référence sont la méthode Bilan Carbone® (portée par l’ABC en France, version V9 depuis début 2025) et le GHG Protocol (standard international). Les deux organisent les émissions en trois scopes (direct, énergie achetée, chaîne de valeur) et s’appuient sur des facteurs d’émission issus de bases de données institutionnelles comme la Base Empreinte® ADEME. La formule de calcul est : données d’activité multipliées par le facteur d’émission correspondant.

Quelles données faut-il collecter pour calculer l’empreinte carbone d’une entreprise ?

Les données nécessaires dépendent du périmètre du bilan, mais comprennent généralement : les factures d’énergie (électricité, gaz, carburant), les données de transport et de logistique, les achats de biens et services par catégorie, les données RH sur les déplacements domicile-travail, les données de production des déchets et les informations des fournisseurs sur leurs propres émissions pour le scope 3. Les données comptables (via le FEC) peuvent automatiser une grande partie de la collecte pour le scope 3 achats.

Combien coûte le calcul de l’empreinte carbone d’une entreprise ?

Le coût varie selon la complexité de l’organisation, le niveau de maturité visé et le mode de réalisation choisi. Un premier bilan carbone simplifié peut être réalisé gratuitement via des outils en ligne pour les TPE. Pour les PME et ETI, un bilan carbone complet conforme à la méthode Bilan Carbone® ou au GHG Protocol peut représenter un investissement de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros, selon qu’il est réalisé en interne ou avec l’appui d’un prestataire spécialisé.

Le calcul de l’empreinte carbone est-il obligatoire pour mon entreprise ?

L’obligation légale dépend de la taille de l’entreprise. La directive CSRD, avec les seuils révisés par la directive Omnibus (fin 2025), impose un reporting carbone aux entreprises de plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires. Les entreprises soumises au décret BEGES doivent également publier leur bilan GES tous les quatre ans. Pour les autres, la démarche est fortement recommandée en raison des exigences croissantes des donneurs d’ordre et clients.

Quel outil utiliser pour calculer l’empreinte carbone d’une production audiovisuelle ?

En France, le calculateur Carbon’Clap d’Ecoprod est l’outil sectoriel de référence pour les productions audiovisuelles, cinéma et publicité. Il est homologué par le CNC et obligatoire pour toute demande d’aide à la production depuis début 2024. Il utilise les facteurs d’émission ADEME et est adapté aux spécificités du secteur (groupes électrogènes, matériel de tournage, déplacements d’équipes). Pour un suivi carbone continu intégré à la gestion de production, des plateformes comme GreenPro de TheGreenshot permettent d’automatiser la collecte et le reporting.

Aller plus loin avec TheGreenshot

Calculer l’empreinte carbone d’une production audiovisuelle ou d’un événement mobilise des dizaines de postes de données disparates : factures fournisseurs, relevés énergie, données transport, sous-traitants. GreenPro, la plateforme de TheGreenshot, centralise cette collecte et automatise les calculs : scan de factures par OCR, intégration des facteurs d’émission sectoriels, tableaux de bord temps réel et bilans conformes GHG Protocol, Albert et CSRD. Les équipes disposent ainsi d’un bilan carbone fiable et auditable à chaque projet, sans ressaisie manuelle ni délai de consolidation. Une solution pensée pour les contraintes opérationnelles des productions et des événements.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

Bénéficiez d’une démo personnalisée de notre outil !

Réserver une démo

Partager

💌 Recevez notre newsletter

Nos meilleurs contenus, une fois par mois, directement dans votre boite mail !

Plus d'articles

×