Décarbonation d’une entreprise : étapes, outils et stratégie

La décarbonation d'une entreprise désigne le processus par lequel une organisation réduit structurellement ses émissions de gaz à effet de serre, en s'appuyant sur une mesure rigoureuse, une trajectoire définie et des actions concrètes.
Décarbonation d'une entreprise : étapes, outils et stratégie

La décarbonation d’une entreprise est devenue l’un des enjeux stratégiques centraux de la transition écologique pour le monde économique. Face à l’urgence climatique et à la multiplication des obligations réglementaires, CSRD, bilan carbone obligatoire, taxonomie européenne,, les organisations de toutes tailles sont appelées à réduire structurellement leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais la décarbonation ne se résume pas à une liste d’actions isolées : elle nécessite une démarche structurée, de la mesure à la trajectoire de réduction, en passant par le déploiement d’outils adaptés et la mobilisation des parties prenantes. Cet article présente les étapes clés d’un plan de décarbonation, les outils disponibles et le cadre réglementaire à maîtriser.

Qu’est-ce que la décarbonation d’une entreprise ?

La décarbonation d’une entreprise désigne le processus par lequel une organisation réduit de manière structurelle et mesurable ses émissions de gaz à effet de serre (GES), dans l’objectif de s’aligner sur des trajectoires compatibles avec les accords de Paris et les budgets carbone nationaux. Cette démarche va au-delà de la simple neutralisation des émissions par des mécanismes de compensation : elle vise d’abord et avant tout à réduire les émissions à la source, avant de recourir à la compensation pour les émissions résiduelles incompressibles [1].

La décarbonation couvre l’ensemble du périmètre d’émissions d’une organisation, structuré en trois scopes selon le GHG Protocol : les émissions directes (Scope 1), les émissions indirectes liées à l’énergie (Scope 2), et les émissions indirectes de la chaîne de valeur (Scope 3). Ce dernier représente typiquement entre 70 % et 90 % des émissions totales d’une organisation et constitue souvent le levier le plus complexe à actionner.

La décarbonation se distingue de la simple réduction ponctuelle des émissions par son caractère systémique : elle implique une transformation durable des processus, des achats, de la mobilité, des équipements et du modèle d’affaires de l’entreprise, alignée sur une trajectoire validée et des objectifs chiffrés.

Les étapes d’un plan de décarbonation efficace

Un plan de décarbonation structuré suit une progression logique en plusieurs phases, de la mesure initiale au pilotage des résultats. La version la plus récente de la méthode Bilan Carbone® intègre désormais sept étapes méthodologiques (contre cinq dans les versions précédentes) et trois niveaux de maturité : Initial, Standard et Avancé [2].

1. Mesurer : réaliser un bilan carbone complet

La première étape est incontournable : sans mesure rigoureuse, il est impossible de définir une trajectoire crédible ni de prioriser les actions. Le bilan carbone (ou bilan GES) recense l’ensemble des émissions de l’organisation sur les trois scopes, en s’appuyant sur des facteurs d’émission vérifiés. En France, la Base Empreinte® de l’ADEME constitue la référence nationale pour les facteurs d’émission, accessible à tous les praticiens et régulièrement mise à jour [3].

L’article de TheGreenshot sur la méthodologie du bilan carbone détaille les différences entre Bilan Carbone®, GHG Protocol et BEGES, et aide à choisir la méthode adaptée à chaque contexte réglementaire et sectoriel.

2. Analyser : identifier les postes d’émissions prioritaires

Une fois le bilan réalisé, l’analyse des résultats permet d’identifier les « points chauds », les postes d’émissions les plus importants, souvent concentrés sur quelques catégories : achats de biens et services, déplacements, énergie, transport de marchandises. Cette cartographie des émissions est le socle sur lequel repose l’ensemble de la stratégie de décarbonation. Elle détermine quelles actions auront le plus fort impact et quels acteurs de la chaîne de valeur doivent être engagés en priorité.

3. Définir une trajectoire de réduction

La définition d’une trajectoire de réduction crédible implique de se fixer des objectifs alignés sur les budgets carbone compatibles avec les scénarios scientifiques, typiquement en référence aux scénarios du GIEC ou aux critères SBTi (Science Based Targets initiative). La CSRD requiert un plan de transition détaillant les objectifs de réduction des émissions sur court, moyen et long terme, avec un plan d’action quantifié et des jalons annuels [4].

La trajectoire doit couvrir non seulement les émissions opérationnelles (Scopes 1 et 2), mais aussi les émissions de la chaîne de valeur (Scope 3), en impliquant fournisseurs, prestataires et clients dans la démarche. Cette mobilisation des parties prenantes constitue l’une des nouvelles étapes intégrées à la méthode Bilan Carbone® dans sa dernière version.

4. Déployer les actions et piloter les résultats

La mise en œuvre du plan de décarbonation couvre des actions concrètes dans plusieurs domaines : efficacité énergétique des bâtiments, électrification des flottes, sobriété numérique, politique d’achat responsable, formation des équipes et communication interne. Chaque action doit être associée à un indicateur de suivi, un responsable et un horizon temporel. Le pilotage des résultats (via des bilans annuels actualisés et des tableaux de bord de suivi) permet d’ajuster le plan en fonction des progrès réalisés et des évolutions du contexte réglementaire ou économique [5].

Les outils et référentiels de la décarbonation

La décarbonation s’appuie sur un écosystème d’outils et de référentiels en forte évolution. Leur sélection dépend de la taille de l’organisation, de ses obligations réglementaires et du niveau de maturité de sa démarche.

La Base Empreinte® de l’ADEME

La Base Empreinte® est la référence française pour les facteurs d’émission. Elle recense des milliers de facteurs par type d’activité, d’énergie, de transport et de matériau, mis à jour régulièrement. Son accès est gratuit et obligatoire pour les bilans réalisés selon la méthode Bilan Carbone® en France. Elle constitue également une ressource fondamentale pour les déclarations BEGES (Bilan d’Émissions de Gaz à effet de Serre) exigées par la réglementation française [6].

Les logiciels SaaS de mesure et de pilotage carbone

La multiplication des obligations de reporting a entraîné un essor des solutions logicielles spécialisées. Ces plateformes permettent d’automatiser la collecte de données, d’intégrer les facteurs d’émission, de produire des bilans conformes aux référentiels réglementaires et de piloter les trajectoires de réduction dans le temps. Pour les entreprises du secteur audiovisuel et événementiel, des solutions sectorielles intégrant les spécificités des productions et des tournages sont désormais disponibles.

Les référentiels science-based : SBTi

La Science Based Targets initiative (SBTi) permet aux entreprises de valider leurs objectifs de réduction auprès d’un organisme indépendant, en s’assurant qu’ils sont compatibles avec les scénarios scientifiques limitant le réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C. L’obtention d’un label SBTi constitue un signal fort auprès des investisseurs, des clients et des partenaires commerciaux, et répond aux attentes croissantes des organismes de notation ESG. La CSRD encourage explicitement l’alignement des plans de transition sur des budgets carbone scientifiquement validés [4].

Les aides à la décarbonation pour les PME

Les petites et moyennes entreprises disposent d’un dispositif d’accompagnement spécifique : le « Diag Décarbon’Action », opéré par Bpifrance en collaboration avec l’ADEME. Ce programme permet aux entreprises de moins de 500 salariés de bénéficier d’un diagnostic subventionné de leur empreinte carbone, accompagné de recommandations priorisées. Il constitue souvent le premier pas concret vers une démarche de décarbonation structurée [3].

Cadre réglementaire : CSRD et bilan carbone obligatoire

Le cadre réglementaire de la décarbonation des entreprises s’est considérablement densifié, avec deux piliers principaux en France et en Europe.

Le bilan carbone obligatoire (BEGES) s’impose en France à toutes les entreprises de droit privé de plus de 500 salariés en métropole (250 dans les régions d’outre-mer), ainsi qu’aux collectivités et structures publiques dépassant certains seuils. Ce bilan doit être actualisé tous les quatre ans et accompagné d’un plan d’action de réduction. Les données déclarées sont publiées sur la plateforme nationale BEGES de l’ADEME [6].

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) renforce ces obligations pour les plus grandes entreprises en imposant un reporting annuel de durabilité, incluant les émissions GES sur les trois scopes, une analyse de double matérialité et un plan de transition détaillé. La directive Omnibus adoptée fin 2025 a relevé les seuils d’assujettissement à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires, et reporté de deux ans les vagues suivantes d’application, les grandes entreprises non cotées commençant leur reporting en 2028 et les PME cotées en 2029 [4]. Ces ajustements ne dispensent pas les organisations de se préparer dès maintenant : la collecte des données historiques nécessite plusieurs années de structuration.

La taxonomie européenne constitue un troisième pilier : elle définit les activités économiques considérées comme durables sur le plan environnemental, avec des critères d’alignement qui concernent directement les investissements et le financement des entreprises. Pour l’audiovisuel et l’événementiel, la capacité à démontrer l’alignement des activités avec la taxonomie représente un avantage compétitif croissant auprès des investisseurs et des donneurs d’ordre publics.

Pour aller plus loin sur les obligations réglementaires, l’article de TheGreenshot sur les émissions de Scope 1 et leur mesure en contexte réglementaire détaille les points d’attention pratiques pour la constitution d’un dossier conforme.

Décarbonation dans l’audiovisuel et l’événementiel

Le secteur de la production audiovisuelle et de l’événementiel fait face à des enjeux de décarbonation spécifiques, liés à la nature intensive de ses activités en termes de déplacements, d’énergie et d’achats de services. Ces caractéristiques en font un secteur où la décarbonation structurée peut générer des résultats rapides et visibles.

Productions audiovisuelles : mesurer pour décarboner

Pour un studio de production ou une société de production indépendante, la démarche de décarbonation suit les mêmes grandes étapes que dans tout autre secteur, mais s’appuie sur des référentiels sectoriels adaptés. Le label Albert, développé au Royaume-Uni et adopté par de nombreux diffuseurs européens, propose un cadre de certification carbone spécifique aux productions télévisuelles et cinématographiques. Ecoprod et Carbon’Clap offrent des outils de calcul dédiés aux spécificités du tournage, gestion des déplacements d’équipes, consommation d’énergie des groupes électrogènes, alimentation sur site [7].

L’exemple de Banijay, l’un des plus grands groupes de production audiovisuelle mondiaux, illustre la faisabilité d’une décarbonation structurée à grande échelle : en automatisant la collecte de données carbone sur 150 labels de production, le groupe a pu produire des bilans consolidés conformes aux référentiels Albert et CSRD, en réduisant drastiquement la charge administrative associée.

Les postes d’émissions les plus importants d’une production audiovisuelle (transport, énergie, hébergement, achats de prestation) sont également les plus actionnables à court terme. Réduire les déplacements en avion, mutualiser les transports d’équipements, opter pour des sources d’énergie renouvelables sur les plateaux et privilégier les prestataires locaux sont des leviers éprouvés qui peuvent réduire l’empreinte d’une production de 20 à 40 % sur un seul tournage.

Événements : la décarbonation comme argument compétitif

Dans l’événementiel, la pression à la décarbonation est également forte : donneurs d’ordre publics, grandes entreprises clientes et organisateurs de festivals intègrent des critères environnementaux dans leurs cahiers des charges. Un plan de décarbonation documenté (avec un bilan carbone de référence, des objectifs de réduction et un suivi annuel) est désormais un différenciateur commercial significatif pour les prestataires événementiels.

Les postes prioritaires dans un événement incluent : la mobilité du public et des équipes (souvent dominant), l’alimentation électrique du site (groupes électrogènes diesel vs raccordement réseau ou micro-production renouvelable), la restauration, le matériel et la gestion des déchets. Une démarche de management vert intégrée dès la phase de conception d’un événement permet d’atteindre des résultats bien supérieurs aux actions correctives de dernière minute.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements, bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro

Conclusion

La décarbonation d’une entreprise est un processus exigeant mais structuré, qui repose sur quatre piliers indissociables : la mesure rigoureuse des émissions, l’identification des postes prioritaires, la définition d’une trajectoire ambitieuse et le déploiement d’actions concrètes assorties d’un suivi régulier. L’évolution du cadre réglementaire (CSRD, bilan carbone obligatoire, taxonomie européenne) accélère la mise à l’agenda de ces démarches dans toutes les organisations. Pour le secteur audiovisuel et événementiel, les référentiels sectoriels (Albert, Ecoprod, Carbon’Clap) offrent des points d’entrée adaptés, tandis que les outils de mesure carbone automatisés réduisent considérablement la charge opérationnelle liée au reporting. Les organisations qui engagent leur décarbonation dès maintenant bénéficient d’un avantage structurel : elles auront davantage de données historiques, des plans de réduction plus matures et une crédibilité renforcée auprès de leurs parties prenantes lorsque les obligations réglementaires s’appliqueront pleinement.

FAQ

Qu’est-ce que la décarbonation d’une entreprise ?

La décarbonation d’une entreprise est le processus par lequel une organisation réduit structurellement ses émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de ses activités et de sa chaîne de valeur. Elle repose sur une mesure rigoureuse (bilan carbone), la définition d’une trajectoire de réduction alignée sur les scénarios scientifiques, et le déploiement d’actions concrètes dans tous les postes d’émissions significatifs, énergie, transport, achats, équipements. Elle se distingue de la simple compensation carbone, qui ne réduit pas les émissions à la source.

Quelles sont les étapes d’un plan de décarbonation ?

Un plan de décarbonation comprend généralement quatre grandes étapes : (1) mesurer les émissions via un bilan carbone complet couvrant les Scopes 1, 2 et 3 ; (2) analyser les résultats pour identifier les postes d’émissions prioritaires ; (3) définir une trajectoire de réduction avec des objectifs chiffrés à court, moyen et long terme, idéalement validée par la SBTi ou un équivalent ; (4) déployer les actions et piloter les résultats via des bilans actualisés et des tableaux de bord. La mobilisation des parties prenantes (fournisseurs, équipes, direction) est désormais intégrée comme une étape à part entière.

Quelles entreprises sont obligées de réaliser un bilan carbone en France ?

En France, les entreprises de droit privé employant plus de 500 salariés en métropole (250 dans les régions d’outre-mer) sont soumises à l’obligation de réaliser un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) tous les quatre ans, accompagné d’un plan d’action. Les entreprises soumises à la CSRD (au-dessus de 1 000 salariés et 450 M€ de CA depuis la directive Omnibus) ont des obligations de reporting annuel plus étendues, incluant les trois scopes et un plan de transition.

Quels outils utiliser pour décarboner une entreprise ?

Les outils principaux sont : la Base Empreinte® de l’ADEME pour les facteurs d’émission, des logiciels SaaS de mesure et de pilotage carbone pour automatiser la collecte et le reporting, les référentiels SBTi pour valider les objectifs de réduction, et les outils sectoriels (Albert, Ecoprod, Carbon’Clap pour l’audiovisuel). Pour les PME, le dispositif Diag Décarbon’Action de Bpifrance et l’ADEME offre un accompagnement subventionné pour débuter la démarche.

Quelle est la différence entre décarbonation et compensation carbone ?

La décarbonation consiste à réduire les émissions à la source, en modifiant les processus, les équipements, les achats ou les modes de transport. La compensation carbone finance des projets qui absorbent ou évitent des émissions ailleurs (reforestation, énergies renouvelables, etc.) pour neutraliser les émissions résiduelles. La décarbonation est prioritaire : la compensation ne doit intervenir que pour les émissions qui ne peuvent pas être réduites à court terme, et non comme substitut à l’action de réduction.

Aller plus loin avec TheGreenshot

La décarbonation d’une entreprise commence par une mesure précise et automatisée de ses émissions. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, a été conçu spécifiquement pour les productions audiovisuelles et les événements : il automatise la collecte de données via des intégrations comptables et un moteur OCR de factures, calcule les émissions selon les référentiels GHG Protocol, Albert et CSRD, et produit des tableaux de bord temps réel pour piloter la trajectoire de réduction. Les équipes disposent ainsi d’un bilan complet, conforme aux obligations réglementaires, sans charge administrative supplémentaire, ce qui leur permet de concentrer leurs efforts sur l’action plutôt que sur la collecte de données.

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