- Périmètre de la norme CSRD : quelles entreprises sont concernées
- Les obligations de reporting imposées par la norme CSRD
- Calendrier d’application : les vagues de mise en conformité
- Le paquet Omnibus et la révision du périmètre
- Les normes ESRS : socle technique de la norme CSRD
- Norme CSRD dans le secteur audiovisuel et événementiel
- Conclusion
- FAQ
La norme CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive, directive 2022/2464) transforme en profondeur les obligations de reporting extra-financier pour les entreprises européennes. Plus ambitieuse que la directive NFRD qu’elle remplace, cette réglementation exige des entreprises qualifiées la publication annuelle d’un rapport de durabilité structuré selon des standards harmonisés, les normes ESRS. Depuis l’adoption du paquet Omnibus, le périmètre et le calendrier ont été substantiellement révisés : environ 80 % des entreprises initialement visées sont désormais exemptées des obligations obligatoires [1]. Cet article présente les obligations concrètes de la norme CSRD, le calendrier des différentes vagues d’application et les implications sectorielles.
Périmètre de la norme CSRD : quelles entreprises sont concernées
Dans sa version initiale, la norme CSRD visait l’ensemble des grandes entreprises ainsi que les PME cotées sur les marchés réglementés européens. Le périmètre estimé représentait environ 50 000 entreprises dans l’Union européenne [2].
Après la réforme introduite par le paquet Omnibus, les critères d’assujettissement ont été relevés de manière significative. Seules les entreprises satisfaisant simultanément aux deux conditions suivantes restent soumises à la norme CSRD :
- Un effectif supérieur à 1 000 salariés ;
- Un chiffre d’affaires net supérieur à 450 millions d’euros.
Ces nouveaux seuils réduisent le nombre d’entreprises concernées à environ 10 000 dans l’Union européenne, soit une baisse de 80 % par rapport au périmètre initial [1]. En France, les entreprises du CAC 40, du SBF 120 et les grandes entreprises de taille intermédiaire (ETI) ayant déjà publié restent principalement concernées.
Les PME cotées sortent du champ obligatoire et peuvent se référer à un cadre volontaire, la norme VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs), si elles souhaitent structurer leur démarche RSE de manière encadrée [3].
Il est important de souligner que la réforme Omnibus ne supprime pas les obligations pour les entreprises déjà entrées dans le dispositif lors de la première vague : celles-ci continuent de produire et publier leur rapport de durabilité selon les normes en vigueur.
Les obligations de reporting imposées par la norme CSRD
L’obligation centrale de la norme CSRD est la publication d’un rapport de durabilité annuel, intégré au rapport de gestion de l’entreprise. Ce rapport doit couvrir l’ensemble des enjeux de durabilité identifiés comme matériels à travers l’analyse de double matérialité.
L’analyse de double matérialité
La double matérialité est le point d’entrée méthodologique de la norme CSRD. Elle impose d’évaluer les enjeux de durabilité sous deux angles complémentaires :
- La matérialité d’impact : les effets de l’entreprise sur l’environnement et la société (emissions de GES, conditions de travail, impacts sur la biodiversité) ;
- La matérialité financière : les risques et opportunités que les enjeux environnementaux et sociaux font peser sur la valeur financière de l’entreprise.
Cette analyse détermine les normes ESRS applicables à chaque organisation et conditionne l’étendue des informations à publier [4].
La vérification externe obligatoire
Les informations publiées dans le cadre de la norme CSRD font l’objet d’une vérification externe par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant (OTI). Cette obligation d’assurance, progressivement renforcée, renforce la crédibilité du rapport de durabilité auprès des investisseurs, des partenaires commerciaux et des autorités réglementaires [2].
Le reporting sur la chaîne de valeur
La norme CSRD impose de documenter les impacts, risques et opportunités liés non seulement aux activités propres de l’entreprise, mais aussi à l’ensemble de sa chaîne de valeur (fournisseurs, sous-traitants, distribution). Pour le reporting extra-financier, cette exigence est particulièrement structurante pour les secteurs à forte dépendance de sous-traitants, comme la production audiovisuelle ou l’événementiel.
Calendrier d’application : les vagues de mise en conformité
La norme CSRD s’applique selon un calendrier progressif organisé en vagues, profondément remanié par la directive Omnibus. Le calendrier détaillé des échéances CSRD distingue trois vagues principales.
Vague 1 : les grandes entreprises d’intérêt public
Les entreprises d’intérêt public (EIP) de plus de 500 salariés constituent la première vague. Ces organisations, généralement cotées ou opérant dans des secteurs réglementés (banque, assurance, fonds de pension), ont publié leur premier rapport de durabilité CSRD pour l’exercice le plus récent. Elles ne bénéficient pas du report de calendrier accordé aux autres vagues [5].
Vague 2 : les grandes entreprises non cotées
Les grandes entreprises non cotées dépassant les nouveaux seuils (plus de 1 000 salariés et plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires) voient leur première obligation de reporting fixée à l’exercice 2027, avec une publication attendue début 2028. Ce calendrier intègre le report de deux ans accordé par la directive dite « Stop the clock », adoptée par le Parlement européen au printemps 2025 [6].
Vague 3 : les PME cotées
Après la réforme Omnibus, les PME cotées sur les marchés réglementés européens ne sont plus soumises à la norme CSRD de manière obligatoire. Elles peuvent toutefois s’appuyer sur la norme VSME à titre volontaire pour structurer leur reporting RSE, notamment à destination des investisseurs et partenaires commerciaux qui en font la demande [7].
Le paquet Omnibus et la révision du périmètre
Adoptée par le Parlement européen, la directive Omnibus constitue la révision la plus significative de la norme CSRD depuis son adoption. Elle répond à des préoccupations exprimées par les entreprises et les États membres concernant la charge administrative et la compétitivité européenne [8].
Les principales mesures du paquet Omnibus dans le cadre de la norme CSRD incluent :
- Le relèvement des seuils d’applicabilité à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires ;
- La suppression de l’obligation d’application de la CSRD aux PME cotées ;
- Un report du calendrier de deux ans pour les vagues 2 et 3 ;
- L’allègement des exigences relatives aux plans de transition climatique ;
- La simplification des normes ESRS applicables (voir section suivante).
Cette réforme n’efface pas les obligations pour les entreprises de la vague 1 déjà engagées dans le processus, mais offre un délai supplémentaire aux autres organisations pour préparer leur mise en conformité. Pour en savoir plus sur ces évolutions, l’article Omnibus et CSRD : les changements clés présente un décryptage complet.
Les normes ESRS : socle technique de la norme CSRD
Les European Sustainability Reporting Standards (ESRS) constituent le référentiel technique sur lequel repose l’ensemble du reporting prévu par la norme CSRD. Ces normes définissent précisément quelles informations doivent être publiées, selon quelle structure et à quelle fréquence [2].
Dans leur version initiale, les ESRS imposaient environ 1 100 points de données à renseigner. Après la publication d’une version révisée par l’EFRAG fin 2025, ce nombre a été ramené à environ 300 points de données obligatoires, soit une réduction de 73 % [8]. Une version définitive simplifiée est attendue dans le courant de 2026 pour une entrée en application en janvier 2027.
Les ESRS se structurent en deux catégories :
- Les normes transversales (ESRS 1 et ESRS 2), qui s’appliquent à toutes les entreprises soumises à la norme CSRD et encadrent les principes généraux de reporting ;
- Les normes thématiques, couvrant l’environnement (E1 à E5), le social (S1 à S4) et la gouvernance (G1).
Pour une présentation détaillée de chaque norme, le site TheGreenshot propose un guide complet sur les normes ESRS et leurs obligations ainsi qu’une analyse de leur articulation avec la directive CSRD.
La norme ESRS E1, dédiée au changement climatique, est généralement la plus structurante. Elle exige la publication d’informations sur les émissions de gaz à effet de serre (Scopes 1, 2 et 3), les risques physiques et de transition liés au climat, ainsi que les objectifs de réduction. Elle s’articule directement avec les méthodologies du GHG Protocol et les exigences de vérification externe [9].
Norme CSRD dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités et bonnes pratiques
Le secteur audiovisuel et de l’événementiel est directement impacté par la norme CSRD à plusieurs titres. Les grands groupes médias, les opérateurs de plateformes de streaming, les majors de la production et les gestionnaires de salles de spectacle dépassant les seuils révisés sont soumis aux obligations de reporting. Par ailleurs, les productions et les structures événementielles de taille intermédiaire sont concernées indirectement, en tant que fournisseurs de la chaîne de valeur des entreprises assujetties [9].
Tournages et productions Film & TV
Pour les sociétés de production soumises à la norme CSRD, les normes ESRS E1 (climat), S1 (effectifs propres) et E5 (ressources et déchets) sont généralement les plus matérielles. Le bilan carbone d’un tournage couvre typiquement les déplacements d’équipes et de matériels, la consommation électrique des studios et des plateaux, la chaîne de sous-traitance décors et costumes, ainsi que la post-production. Ces postes constituent le coeur du Scope 3, qui représente souvent la part prépondérante des émissions d’un groupe audiovisuel.
L’enjeu pour les productions est de mettre en place des systèmes de collecte et de traçabilité des données tout au long du cycle de fabrication. Les référentiels sectoriels comme Albert ou Ecoprod permettent d’ancrer cette démarche dans des pratiques reconnues par l’industrie, compatibles avec les exigences de vérification externe prévues par la norme CSRD.
Événements (Live Events)
Pour les organisateurs de festivals, de concerts ou d’événements corporate, les exigences de la norme CSRD se concentrent sur l’empreinte carbone des déplacements (équipes et public), l’alimentation électrique sur site, la gestion des déchets et l’impact des nuitées. Des événements de grande envergure, comme certains festivals emblématiques, ont commencé à structurer leurs données d’impact en anticipation des obligations de reporting de leurs donneurs d’ordre, qu’il s’agisse de chaînes de télévision ou de grandes marques soumises à la CSRD.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements. Les bilans sont conformes aux standards Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.
Conclusion
La norme CSRD redéfinit les standards du reporting de durabilité européen en imposant une rigueur méthodologique inédite, fondée sur la double matérialité et les normes ESRS. Si le paquet Omnibus a substantiellement réduit le périmètre obligatoire, les entreprises des secteurs audiovisuel et événementiel restent concernées, directement pour les plus grandes structures et indirectement pour les acteurs de leur chaîne de valeur. Se préparer à la norme CSRD ne se limite pas à une obligation réglementaire : c’est une opportunité de structurer une stratégie de durabilité crédible et vérifiable. L’évolution en cours des normes ESRS, avec une version simplifiée attendue prochainement, devrait faciliter la mise en oeuvre sans réduire l’ambition des obligations de transparence.
FAQ
Qu’est-ce que la norme CSRD ?
Quelles entreprises sont soumises à la norme CSRD après la réforme Omnibus ?
Quel est le calendrier de mise en conformité à la norme CSRD ?
Qu’est-ce que les normes ESRS dans le cadre de la norme CSRD ?
Comment une entreprise peut-elle se préparer à la norme CSRD ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
La conformité à la norme CSRD exige une collecte de données rigoureuse sur l’ensemble des émissions de l’organisation, y compris le Scope 3. Pour les productions audiovisuelles et les événements, cette collecte implique de centraliser les données de dizaines de fournisseurs et prestataires. GreenPro, la solution de mesure carbone de TheGreenshot, automatise ce processus grâce à la numérisation des factures par OCR, des tableaux de bord temps réel et des bilans conformes aux normes Albert, Ecoprod et GHG Protocol. Les équipes peuvent ainsi concentrer leur énergie sur la stratégie de réduction plutôt que sur la saisie manuelle. Pour découvrir comment GreenPro accompagne les équipes de production dans leur mise en conformité CSRD, une démonstration personnalisée est disponible sur demande.
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