- Qu’est-ce que le reporting extra-financier ? Définition et périmètre
- Contenu du reporting extra-financier : les thématiques couvertes
- Entreprises concernées : qui est obligé de publier ?
- Du reporting extra-financier à la CSRD : l’évolution réglementaire
- Reporting extra-financier dans le secteur audiovisuel et événementiel
- Conclusion
- FAQ
Le reporting extra-financier désigne l’obligation pour les entreprises de communiquer sur leurs performances environnementales, sociales et de gouvernance, au-delà des seuls résultats comptables et financiers. Né dans les années 2000 avec les premières lignes directrices GRI, encadré en Europe par la directive NFRD à partir de 2017, puis profondément transformé par la directive CSRD, ce reporting est devenu un levier stratégique de premier plan pour les entreprises soucieuses de transparence et de durabilité. En élargissant le périmètre des entreprises assujetties de 11 700 à plus de 50 000 [1], la CSRD a fait du reporting extra-financier une réalité opérationnelle pour un nombre d’entreprises sans précédent. Cet article présente la définition du reporting extra-financier, les thématiques couvertes, les entreprises concernées et le lien avec la directive CSRD.
Qu’est-ce que le reporting extra-financier ? Définition et périmètre
Le reporting extra-financier (également désigné sous les termes de reporting de durabilité, reporting ESG (Environnemental, Social, Gouvernance) ou rapport non financier) est la publication structurée d’informations relatives aux impacts sociaux, environnementaux et sociétaux des activités d’une entreprise, ainsi qu’à son mode de gouvernance [2]. Il se distingue du reporting financier (comptes annuels, rapport de gestion) par sa nature : là où le financier mesure la performance économique de l’entreprise, l’extra-financier mesure ses impacts et sa performance sur les enjeux non économiques.
La notion d’« extra-financier » est toutefois appelée à évoluer. La logique de double matérialité introduite par la CSRD suppose que les enjeux ESG sont matériels pour l’entreprise à deux titres : d’une part parce qu’ils affectent la société et l’environnement (matérialité d’impact), d’autre part parce qu’ils exposent l’entreprise à des risques et opportunités financières (matérialité financière). Cette double lecture efface progressivement la frontière entre financier et extra-financier.
Le reporting extra-financier est conçu avant tout comme un outil de pilotage stratégique [3] : il contraint l’entreprise à identifier ses enjeux ESG matériels, à se fixer des objectifs, à mesurer sa progression et à en rendre compte publiquement. Les entreprises qui l’abordent uniquement comme une contrainte réglementaire passent à côté de cet intérêt managérial essentiel.
Contenu du reporting extra-financier : les thématiques couvertes
Le contenu du rapport RSE et extra-financier s’organise autour de trois grands piliers ESG, qui couvrent l’ensemble des interactions entre l’entreprise et son environnement au sens large.
Pilier environnemental (E)
Le volet environnemental constitue généralement le cœur du reporting extra-financier pour les entreprises dont l’activité génère des impacts physiques significatifs. Il couvre notamment : les émissions de gaz à effet de serre (Scopes 1, 2 et 3), la consommation d’énergie et la part des énergies renouvelables, la consommation d’eau et les rejets, la production de déchets et les taux de valorisation, l’impact sur la biodiversité et les écosystèmes, et la gestion des risques climatiques physiques et de transition [4]. Les indicateurs RSE environnementaux sont les plus normalisés, notamment grâce au GHG Protocol et aux ESRS E1 à E5 qui couvrent respectivement le changement climatique, la pollution, les ressources marines, la biodiversité et l’eau.
Pilier social (S)
Le volet social couvre les relations entre l’entreprise et ses parties prenantes humaines : salariés, sous-traitants, communautés locales. Les indicateurs typiques incluent les données d’emploi (effectifs, diversité, turnover), les conditions de travail (accidents, absentéisme, temps de travail), la formation et le développement des compétences, la rémunération et l’équité salariale, la santé et la sécurité, et le respect des droits humains tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Le standard ESRS S1 (main-d’œuvre propre) et S2 (travailleurs de la chaîne de valeur) encadrent ces exigences dans le cadre CSRD.
Pilier de gouvernance (G)
Le volet gouvernance rend compte des structures de direction et de contrôle, des politiques d’éthique des affaires, des dispositifs de lutte contre la corruption et contre les conflits d’intérêts, de la politique fiscale et de la rémunération des dirigeants. La gouvernance est le pilier qui conditionne la crédibilité de l’ensemble : une stratégie de durabilité ambitieuse portée par une gouvernance défaillante sera jugée peu crédible par les investisseurs et les parties prenantes.
Entreprises concernées : qui est obligé de publier ?
En France, le cadre historique du reporting extra-financier est la Déclaration de Performance Extra-Financière (DPEF), transposition de la directive NFRD. La DPEF concerne environ 3 800 entreprises en France [2] : les sociétés cotées, les établissements de crédit et les compagnies d’assurance dépassant certains seuils (500 salariés et 20 M€ de total bilan ou 40 M€ de chiffre d’affaires).
Avec la CSRD, le périmètre s’élargit considérablement. Le calendrier d’entrée en vigueur, modifié par la directive Omnibus de décembre 2025, se structure en plusieurs vagues :
- Les grandes entreprises qui avaient déjà une obligation NFRD ont publié leur premier rapport CSRD sur l’exercice fiscal concerné, en 2025.
- Les autres grandes entreprises (plus de 1 000 salariés après l’Omnibus) doivent s’y conformer à partir de l’exercice fiscal suivant.
- Les PME cotées bénéficient d’un calendrier décalé et pourront appliquer le standard VSME simplifié.
La directive Omnibus a relevé le seuil d’assujettissement direct à 1 000 salariés, mais n’a pas modifié les obligations indirectes : toute entreprise qui fait partie de la chaîne de valeur d’un grand groupe assujetti est exposée à des demandes de données ESG de la part de ses donneurs d’ordres [5]. Le standard VSME, développé par l’EFRAG, apporte un cadre de réponse adapté pour les PME confrontées à ces exigences indirectes.
Du reporting extra-financier à la CSRD : l’évolution réglementaire
La trajectoire réglementaire du reporting extra-financier en Europe s’est considérablement accélérée au cours des dernières années.
La directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive), en vigueur depuis 2018, a posé les premiers jalons d’un reporting structuré pour les grandes entreprises européennes, sans pour autant imposer de standards communs ni d’audit obligatoire. Les rapports NFRD manquaient souvent de comparabilité et de fiabilité, ce qui a motivé sa révision.
La directive CSRD (2022/2464), adoptée en 2022, représente une rupture qualitative : elle impose des standards de reporting uniformes (les ESRS), un audit obligatoire par un organisme tiers indépendant, un format numérique structuré (iXBRL) et une logique de double matérialité. En novembre 2025, l’EFRAG a publié les ESRS amendés, réduisant de 61 % le nombre de points de données obligatoires par rapport à la version initiale, tout en supprimant l’ensemble des indicateurs volontaires [5]. Ces ESRS amendés entreront en application à partir du premier exercice suivant leur adoption officielle, avec la possibilité d’une application anticipée.
Le défi de la conformité reste réel : seulement 31 % des entreprises concernées par les premières obligations de reporting se sont révélées pleinement conformes à l’issue du premier exercice [4]. La préparation (analyse de double matérialité, mise en place des collectes de données, formation des équipes, choix des outils) requiert en moyenne 12 à 18 mois avant la première publication.
Reporting extra-financier dans le secteur audiovisuel et événementiel
Le secteur audiovisuel et de l’événementiel est directement concerné par le reporting extra-financier à plusieurs titres : en tant qu’entreprises assujetties directement pour les groupes médias et les opérateurs d’envergure, et en tant que fournisseurs soumis aux exigences indirectes de la chaîne de valeur pour les maisons de production et les prestataires techniques.
Les groupes médias et audiovisuels directement assujettis
Les grandes chaînes de télévision, groupes de production et plateformes de streaming dépassant les seuils CSRD doivent produire un rapport de durabilité complet selon les ESRS. Pour eux, le volet environnemental est structurant : les émissions GES de leurs activités propres (Scope 1 et 2) et de leur chaîne de valeur (Scope 3) représentent un volume significatif. Selon Xilam RSE, l’impact moyen d’une heure de programme toutes typologies confondues atteint 16 tonnes de CO₂ équivalent [6], ce qui donne une mesure de l’enjeu pour un groupe gérant plusieurs centaines de productions annuelles. La convergence entre données financières et données carbone offre une voie d’automatisation de la collecte à partir des exports comptables, particulièrement pertinente pour les groupes multi-productions.
L’étude de cas Banijay illustre cette réalité : le groupe a automatisé le bilan carbone de l’ensemble de ses labels de production via GreenPro, réduisant drastiquement le temps de collecte et garantissant la cohérence des données à l’échelle du groupe pour son reporting CSRD.
Les maisons de production et prestataires : les exigences indirectes
Pour les maisons de production et les prestataires techniques qui ne dépassent pas les seuils d’assujettissement direct, les exigences extra-financières arrivent principalement par la chaîne de valeur. Leurs donneurs d’ordres (diffuseurs, annonceurs, organisateurs d’événements soumis à la CSRD) leur demandent des données ESG pour alimenter leur propre reporting Scope 3. Par ailleurs, l’éco-conditionnalité du CNC impose le dépôt d’un bilan carbone pour accéder aux aides publiques : c’est une forme de reporting extra-financier sectoriel, obligatoire pour tout producteur accédant aux financements publics [7].
Pour les organisateurs d’événements, les sponsors et collectivités conditionnent de plus en plus leur soutien à la présentation d’un bilan de durabilité documenté. Le reporting extra-financier d’événement couvre les émissions carbone, la gestion des déchets, la politique d’achats responsables et les indicateurs sociaux liés aux équipes et aux prestataires.
Aller plus loin avec TheGreenshot
Pour les productions audiovisuelles et les événements soumis aux exigences de reporting extra-financier, la collecte de données carbone constitue souvent le premier chantier à structurer. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte via la lecture OCR des factures fournisseurs et des bons de commande, générant des bilans conformes ESRS E1, GHG Protocol et Albert sans saisie manuelle. Les équipes disposent de tableaux de bord en temps réel pour piloter leurs indicateurs environnementaux production par production. Pour les groupes médias soumis directement à la CSRD, GreenPro centralise les données de l’ensemble du parc de productions dans un tableau de bord agrégé prêt pour l’audit tiers indépendant. En savoir plus sur GreenPro.
Conclusion
Le reporting extra-financier est passé du statut de contrainte réglementaire périphérique à celui d’outil central de la gouvernance durable des entreprises. Porté par la dynamique CSRD, qui élargit le périmètre des assujettis, renforce les exigences de contenu et impose un audit indépendant, il oblige les organisations à structurer durablement leurs processus de collecte de données ESG et à intégrer la performance extra-financière dans leur pilotage stratégique. La simplification apportée par les ESRS amendés de novembre 2025 (réduction de 61 % des points de données obligatoires) ne remet pas en cause cette dynamique de fond : elle la rend plus accessible, notamment pour les PME et les ETI. Dans le secteur audiovisuel et événementiel, les exigences sectorielles du CNC, les demandes des donneurs d’ordres et les attentes des sponsors font du reporting extra-financier une réalité opérationnelle immédiate, bien avant que les seuils légaux ne s’appliquent.
FAQ
Qu’est-ce que le reporting extra-financier ?
Quelle est la différence entre le reporting extra-financier et la CSRD ?
Quelles entreprises sont soumises au reporting extra-financier en France ?
Qu’est-ce que la double matérialité dans le reporting extra-financier ?
Le reporting extra-financier est-il obligatoire pour une maison de production audiovisuelle ?
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