Comptabilité carbone : définition, méthodes et mise en oeuvre

La comptabilité carbone désigne l'ensemble des méthodes et outils permettant à une organisation de mesurer, piloter et réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Elle constitue le socle de toute stratégie climatique sérieuse et répond à des obligations réglementaires croissantes.
Comptabilité carbone : définition, méthodes et mise en oeuvre

La comptabilité carbone désigne l’ensemble des méthodes et outils permettant à une organisation de mesurer, piloter et réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Elle constitue le socle de toute stratégie climatique sérieuse et répond à des obligations réglementaires croissantes issues de la directive CSRD et du droit français. Cet article présente la définition précise de la comptabilité carbone, les trois grandes approches de collecte de données, les deux référentiels qui encadrent la démarche à l’échelle française et internationale, ainsi que les modalités concrètes de mise en oeuvre, notamment dans les secteurs de l’audiovisuel et de l’événementiel.

Qu’est-ce que la comptabilité carbone ? Définition et périmètre

La comptabilité carbone est la discipline qui consiste à identifier, mesurer et agréger les émissions de gaz à effet de serre d’une organisation selon des périmètres définis [1]. Elle s’inspire des mécanismes de la comptabilité financière classique : comme cette dernière mesure les flux de valeur monétaire, la comptabilité carbone mesure les flux d’émissions de GES exprimées en tonnes d’équivalent CO₂ (tCO₂e).

Le terme recouvre un spectre plus large que le seul bilan carbone. Il inclut :

  • Le bilan carbone organisationnel (mesure annuelle des émissions de l’entreprise dans son ensemble)
  • Le bilan carbone de projet ou de produit (mesure des émissions associées à une production, un service ou un événement spécifique)
  • Le reporting extra-financier intégré aux obligations légales (BEGES, CSRD) et aux standards volontaires (Science Based Targets, CDP)
  • Le suivi continu des indicateurs carbone dans le temps, permettant de piloter les actions de réduction

La comptabilité carbone met en évidence les postes d’émissions les plus importants et les leviers les plus accessibles à décarboner. Elle constitue le point de départ de toute stratégie de transition bas-carbone crédible. Pour comprendre les bases de la mesure des émissions, le guide de TheGreenshot sur les scopes 1, 2 et 3 présente les trois périmètres d’émissions qui structurent l’inventaire.

Les trois approches de comptabilité carbone

Trois grandes approches méthodologiques existent pour collecter les données d’un inventaire GES. Chacune correspond à un niveau différent de précision et de complexité.

L’approche basée sur les activités

C’est l’approche la plus rigoureuse et la plus précise. Elle consiste à collecter des données physiques sur chaque activité (litres de carburant, kWh d’électricité, tonnes de matières achetées, kilomètres parcourus) et à les convertir grâce aux facteurs d’émission correspondants issus de la Base Empreinte® ADEME. Cette approche est recommandée pour les postes d’émissions les plus importants, où la précision de la mesure est déterminante pour orienter les actions de réduction.

L’approche basée sur les données des fournisseurs

Elle consiste à collecter directement auprès des fournisseurs et prestataires l’intensité carbone de leurs produits ou services. Cette approche est particulièrement pertinente pour le scope 3 amont, mais elle suppose que les fournisseurs disposent eux-mêmes d’une comptabilité carbone structurée. Elle est favorisée dans les niveaux Standard et Avancé de la méthode Bilan Carbone® V9. L’article de TheGreenshot sur le scope 3 et le bilan carbone détaille les mécanismes d’intégration des émissions fournisseurs.

L’approche basée sur les dépenses (approche monétaire)

Elle traduit les données financières (achats en euros par catégorie) en émissions de CO₂ grâce à des facteurs d’émission monétaires. C’est l’approche la plus rapide à mettre en oeuvre, notamment via le Fichier des Écritures Comptables (FEC). La méthode Bilan Carbone® V9 plafonne son utilisation selon le niveau de maturité visé (30 % au niveau Initial, 20 % au niveau Standard, 10 % au niveau Avancé) pour garantir la robustesse du bilan final. L’article TheGreenshot sur le FEC comptable et le bilan carbone illustre comment exploiter les données comptables pour accélérer la collecte.

Les deux référentiels qui structurent la comptabilité carbone

Deux normes dominent le paysage de la comptabilité carbone : la méthode Bilan Carbone® de l’ADEME et le GHG Protocol. Elles partagent une structure commune en trois scopes mais diffèrent dans leurs périmètres d’application et leurs exigences.

La méthode Bilan Carbone® ADEME (référence française)

Créée par l’ADEME dès 2004, la méthode Bilan Carbone® est développée et maintenue par l’Association pour la Transition Bas Carbone (ABC). Sa version V9, publiée début 2025, restructure la démarche en sept étapes et introduit trois niveaux de maturité : Initial, Standard et Avancé. Elle repose sur la Base Empreinte® ADEME, qui recense plus de 60 000 facteurs d’émission couvrant l’ensemble des catégories d’activités économiques. L’article de TheGreenshot sur la Base Empreinte ADEME présente en détail cette ressource et son utilisation dans le cadre d’un bilan carbone.

Le GHG Protocol (référence internationale)

Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est la norme internationale la plus répandue pour la comptabilité carbone. Développé conjointement par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) au début des années 2000, il offre un cadre standardisé permettant à des organisations de toutes tailles de mesurer et communiquer leurs émissions de façon cohérente et comparable [2].

La directive CSRD impose que les émissions de GES soient calculées et publiées conformément au GHG Protocol ou à la norme ISO 14064. En septembre 2025, un partenariat structurant a été formalisé entre l’Organisation internationale de normalisation (ISO) et le GHG Protocol, visant à harmoniser le GHG Protocol avec la norme ISO 14064 afin de créer un langage unique mondial pour la comptabilité carbone [2]. Le guide de TheGreenshot sur le GHG Protocol détaille les scopes, les catégories d’émissions et l’application pratique de ce référentiel.

Les deux normes (Bilan Carbone® et GHG Protocol) utilisent la même structure en trois scopes et des facteurs d’émission comparables. Le choix entre elles dépend principalement des obligations réglementaires applicables et du secteur d’activité. Pour les entreprises françaises soumises uniquement au BEGES, la méthode Bilan Carbone® V9 suffit. Pour les groupes soumis à la CSRD, l’alignement avec le GHG Protocol est requis.

Comptabilité carbone et obligations réglementaires

La réglementation encadrant la comptabilité carbone s’est considérablement densifiée, rendant la démarche obligatoire pour un nombre croissant d’organisations.

Le BEGES : obligation française depuis 2010

Le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) est obligatoire en France depuis 2010 pour les entreprises de plus de 500 salariés en métropole (250 dans les DOM), les collectivités de plus de 50 000 habitants et certaines personnes morales de droit public [1]. Il doit être actualisé tous les quatre ans et accompagné d’un plan de transition. Les résultats sont publiés sur la plateforme dédiée de l’ADEME.

La directive CSRD et les standards ESRS

La directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose un reporting extra-financier structuré, incluant la publication des émissions de GES selon les scopes 1, 2 et 3. Les standards ESRS (European Sustainability Reporting Standards) précisent les exigences : les scopes 1 et 2 sont obligatoires dès la première année de reporting CSRD, le scope 3 devient obligatoire à partir de la deuxième année. Suite à la loi Omnibus de décembre 2025, les seuils d’application de la CSRD ont été relevés à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires [3].

Le standard VSME pour les PME non soumises à la CSRD

Pour les PME et ETI désormais en dehors du périmètre CSRD après la révision des seuils, le standard volontaire VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs) devient la référence recommandée. Il propose un cadre simplifié permettant aux petites structures de structurer leur comptabilité carbone de façon progressive, compatible avec les attentes de leurs donneurs d’ordre soumis à la CSRD [3].

Pour approfondir les enjeux réglementaires de la décarbonation, l’article TheGreenshot sur la décarbonation d’entreprise présente les étapes et outils pour transformer les obligations de reporting en stratégie d’action concrète.

Mettre en oeuvre la comptabilité carbone dans l’audiovisuel et l’événementiel : spécificités et bonnes pratiques

Le secteur des médias, de la production audiovisuelle et de l’événementiel présente des particularités qui complexifient la mise en oeuvre d’une comptabilité carbone rigoureuse. La structure en projets successifs, la multiplicité des prestataires et l’absence fréquente de données consolidées rendent la démarche plus fragmentée que dans une entreprise industrielle.

La double comptabilité carbone en production audiovisuelle

Dans le secteur audiovisuel, la comptabilité carbone s’organise à deux niveaux distincts. Le niveau organisationnel mesure les émissions permanentes de la structure (bureaux, flotte, équipements, déplacements de l’équipe permanente). Le niveau projet mesure les émissions spécifiques à chaque production (tournage, post-production, livraison). Cette granularité est requise par les référentiels sectoriels : en France, le calculateur Carbon’Clap® d’Ecoprod pour la méthode projet, et GreenPro pour l’automatisation du reporting organisationnel. Au Royaume-Uni et à l’international, le référentiel Albert opère selon une logique similaire.

Des cas concrets illustrent l’importance de cette double approche. Banijay, l’un des plus grands groupes audiovisuels indépendants mondiaux, a mis en place avec TheGreenshot un système de reporting carbone couvrant plus de 150 labels de production. L’automatisation de la collecte de données a permis de consolider des bilans carbone cohérents à l’échelle du groupe, là où des approches manuelles auraient produit des résultats incomparables d’un label à l’autre [4].

Événementiel : la comptabilité carbone comme outil de pilotage

Pour les organisateurs d’événements, la comptabilité carbone va au-delà du simple bilan annuel. Elle doit s’adapter à la nature épisodique et variable de l’activité : chaque événement a son propre périmètre d’émissions. Les postes clés à intégrer systématiquement incluent la mobilité du public (souvent le poste le plus émetteur), l’alimentation électrique sur site, la restauration, la gestion des déchets, les déplacements des équipes techniques et artistiques, et les nuitées.

Une comptabilité carbone structurée permet aux organisateurs d’identifier, événement après événement, les postes sur lesquels des actions de réduction produisent les effets les plus mesurables. Elle facilite également la communication avec les clients et partenaires qui demandent de plus en plus fréquemment un reporting environnemental de leurs événements. Pour réduire concrètement l’empreinte carbone des événements et productions, le guide pratique de réduction de l’empreinte carbone de TheGreenshot propose des leviers opérationnels sectoriels.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements, produisant des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

La comptabilité carbone est bien plus qu’un exercice de conformité réglementaire. Elle constitue un outil de pilotage stratégique qui permet à chaque organisation d’identifier ses principaux postes d’émissions, de définir des objectifs de réduction crédibles et de suivre ses progrès dans le temps. Portée par deux référentiels complémentaires, la méthode Bilan Carbone® V9 et le GHG Protocol, renforcée par les exigences de la directive CSRD et du BEGES, la comptabilité carbone s’impose désormais comme une discipline centrale de la gouvernance des entreprises. Dans les secteurs de l’audiovisuel et de l’événementiel, où la structure en projets fragmentés rend la mesure particulièrement complexe, l’automatisation de la collecte de données et l’utilisation d’outils sectoriels spécialisés deviennent des facteurs clés de réussite.

FAQ

Quelle est la différence entre comptabilité carbone et bilan carbone ?

Le bilan carbone est un outil spécifique : il s’agit d’un inventaire ponctuel des émissions de GES d’une organisation sur une période donnée. La comptabilité carbone est un terme plus large qui désigne l’ensemble des méthodes et pratiques permettant de mesurer, piloter et réduire les émissions en continu. Elle inclut le bilan carbone organisationnel, le bilan carbone de projet ou de produit, le reporting extra-financier et le suivi des indicateurs de performance carbone dans le temps.

La comptabilité carbone est-elle obligatoire pour les entreprises ?

En France, le BEGES (Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre) est obligatoire depuis 2010 pour les entreprises de plus de 500 salariés en métropole. La directive CSRD étend ces obligations à un périmètre plus large d’entreprises en Europe, avec des seuils fixés à 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires suite à la loi Omnibus de décembre 2025. Pour les PME en dehors de ces seuils, le standard volontaire VSME constitue une référence recommandée.

Qu’est-ce que le GHG Protocol et pourquoi est-il important ?

Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est la norme internationale la plus répandue pour la comptabilité carbone. Développé par le WRI et le WBCSD, il définit les règles de classification des émissions en scopes 1, 2 et 3. Il est devenu incontournable car la directive CSRD impose que les émissions de GES soient calculées et publiées conformément au GHG Protocol ou à la norme ISO 14064. En septembre 2025, un partenariat ISO-GHG Protocol a été formalisé pour harmoniser ces deux référentiels.

Comment mettre en place une comptabilité carbone dans une entreprise ?

La mise en place d’une comptabilité carbone suit quatre phases principales : définir le périmètre organisationnel et opérationnel, choisir l’approche de collecte de données (activités, dépenses ou données fournisseurs), sélectionner le référentiel adapté (Bilan Carbone® V9 ou GHG Protocol), puis déployer un outil de collecte et de reporting. Pour les organisations du secteur audiovisuel et événementiel, des outils sectoriels spécialisés comme GreenPro ou Carbon’Clap® permettent d’adapter la démarche aux spécificités d’une activité par projets.

Qu’est-ce que le VSME en comptabilité carbone ?

Le VSME (Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs) est un standard de reporting environnemental volontaire conçu pour les PME et ETI non soumises à la directive CSRD. Il propose un cadre simplifié de comptabilité carbone, compatible avec les attentes des grands donneurs d’ordre assujettis à la CSRD. Le VSME permet aux petites structures d’engager une démarche structurée et progressive sans les contraintes du reporting CSRD complet.

Aller plus loin avec TheGreenshot

La mise en oeuvre d’une comptabilité carbone structurée suppose de disposer d’un outil capable de collecter les données de façon systématique et de produire des bilans conformes aux référentiels reconnus. GreenPro, la solution de TheGreenshot, automatise cette collecte pour les organisations du secteur audiovisuel et événementiel : lecture OCR des factures fournisseurs, connexion aux données de production, tableaux de bord temps réel et analyses IA pour identifier les postes prioritaires. Les bilans générés sont conformes au GHG Protocol, à la directive CSRD et aux référentiels sectoriels Albert et Ecoprod. Un accompagnement humain par les consultants de TheGreenshot est disponible pour cadrer la démarche, former les équipes et valider les résultats.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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