- Le GHG Protocol et la logique des scopes d’émissions GES
- Scope 1 : les émissions directes
- Scope 2 : les émissions indirectes de l’énergie
- Scope 3 : les autres émissions indirectes
- Mesurer et réduire les scopes 1, 2 et 3 : méthode
- Scopes 1, 2 et 3 dans le secteur audiovisuel et événementiel
- Conclusion
- FAQ
Les scopes 1, 2 et 3 constituent le cadre de référence mondial pour mesurer les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’une organisation. Définis par le GHG Protocol, ces trois périmètres permettent de cartographier l’ensemble des émissions : des combustions internes (scope 1) à l’énergie achetée (scope 2), jusqu’aux émissions induites par toute la chaîne de valeur (scope 3). Avec l’entrée en vigueur de la directive CSRD et de la norme ESRS E1, la maîtrise des scopes 1, 2 et 3 est désormais une obligation légale pour les grandes entreprises européennes [1]. Cet article présente les définitions, exemples concrets et méthodes de calcul pour chaque scope, ainsi que les bonnes pratiques pour engager une stratégie de réduction efficace.
Le GHG Protocol et la logique des scopes d’émissions GES
Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est le référentiel comptable le plus utilisé au monde pour mesurer et gérer les émissions de GES. Développé conjointement par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), il a posé les bases de la catégorisation en scopes entre 1998 et 2011 [2]. Cette architecture en trois périmètres répond à un impératif pratique : distinguer les émissions sous contrôle direct de l’organisation de celles, souvent majoritaires, issues de sa chaîne de valeur.
La logique des scopes permet d’éviter les doubles comptages entre entreprises tout en garantissant une couverture exhaustive. Chaque tonne de CO₂ équivalent émise se retrouve dans l’un des trois scopes, selon l’origine de l’activité qui la génère. Ce principe de non-chevauchement est fondamental pour la robustesse des bilans GES agrégés à l’échelle d’un secteur ou d’une économie nationale.
Avec la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), la norme ESRS E1 impose aux entreprises concernées de publier un bilan GES complet couvrant les trois scopes [1]. La méthodologie GHG Protocol constitue la base reconnue pour répondre à cette obligation, aux côtés du référentiel ADEME/BEGES utilisé en France.
Scope 1 : les émissions directes
Le scope 1 regroupe l’ensemble des émissions de GES générées directement par des sources appartenant à l’organisation ou placées sous son contrôle opérationnel [3]. Il s’agit des émissions les plus directement maîtrisables, car elles correspondent à des activités entièrement sous la responsabilité de l’organisation.
Les principales sources du scope 1
Les émissions directes comprennent notamment la combustion de carburant dans les chaudières, fours et équipements fixes (gaz naturel, fioul, charbon), le carburant consommé par la flotte de véhicules appartenant à l’entreprise, les procédés industriels émetteurs de GES (cimenteries, aciéries, raffinage) et les fuites de gaz frigorigènes dans les systèmes de climatisation et réfrigération.
Pour les entreprises de services ou les organisations de taille intermédiaire, le scope 1 représente généralement la fraction la plus limitée du bilan carbone total. La méthode de calcul des émissions directes de scope 1 repose sur des données de consommation facilement accessibles : relevés de compteurs, factures de carburant, registres des gaz frigorigènes. Les facteurs d’émission associés sont bien documentés dans la Base Carbone de l’ADEME.
Scope 2 : les émissions indirectes de l’énergie
Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie achetée par l’organisation : électricité, chaleur, vapeur ou froid produits hors site par un fournisseur tiers [3]. Même si l’organisation ne produit pas ces formes d’énergie directement, elle est responsable des émissions générées lors de leur production.
Méthodes de calcul du scope 2
Le GHG Protocol distingue deux approches de calcul pour le scope 2. La méthode location-based utilise les facteurs d’émission moyens du réseau électrique national. Pour la France, l’électricité étant majoritairement d’origine nucléaire, ce facteur est parmi les plus bas d’Europe. La méthode market-based tient compte des contrats d’achat d’énergie renouvelable (garanties d’origine, PPA) et reflète les choix énergétiques réels de l’organisation.
La directive CSRD et la norme ESRS E1 exigent que les entreprises publient leurs émissions de scope 2 selon les deux méthodes lorsque cela est pertinent. La mesure des émissions de scope 2 offre un levier d’action accessible : le passage à des contrats d’électricité verte certifiée permet de réduire significativement ce périmètre, à condition que les garanties d’origine soient conformes aux standards reconnus (RE100, CertifHy).
Scope 3 : les autres émissions indirectes
Le scope 3 représente l’ensemble des émissions indirectes qui ne relèvent ni du scope 1 ni du scope 2. Il couvre toute la chaîne de valeur de l’organisation : émissions en amont (fournisseurs, achats, transport de matières premières) et émissions en aval (utilisation et fin de vie des produits, transport des clients) [4]. Pour la grande majorité des organisations, le scope 3 représente entre 70 % et 90 % du total des émissions [3].
Les 15 catégories du scope 3
Le GHG Protocol structure le scope 3 en 15 catégories réparties entre émissions en amont et en aval [2]. Les émissions en amont (upstream) comprennent les biens et services achetés, les immobilisations, les activités liées aux carburants et à l’énergie, le transport des achats, les déchets générés dans les opérations, les déplacements professionnels, les navettes domicile-travail et les actifs loués en amont. Les émissions en aval (downstream) incluent le transport des produits vendus, le traitement des produits intermédiaires, l’utilisation des produits vendus, le traitement en fin de vie, les actifs loués en aval, les franchises et les investissements.
Les émissions GES de scope 3 sont les plus complexes à mesurer, car elles impliquent de solliciter des données auprès de tiers extérieurs à l’organisation. C’est pourtant sur ce périmètre que se concentrent les potentiels de réduction les plus importants. La priorité réglementaire (CSRD/ESRS E1) porte sur l’identification des catégories significatives pour l’activité de l’organisation et la fourniture de données vérifiables pour ces catégories.
Mesurer et réduire les scopes 1, 2 et 3 : méthode
La mise en place d’un bilan carbone couvrant les trois scopes suit une démarche structurée. Il est d’abord nécessaire de définir le périmètre organisationnel (entités juridiques incluses, approche par contrôle opérationnel ou par participation en capital) et le périmètre opérationnel (catégories de scope 3 retenues).
La collecte des données d’activité constitue souvent le principal défi opérationnel. Pour les scopes 1 et 2, les données proviennent des factures d’énergie et des relevés de consommation. Pour le scope 3, elles impliquent de croiser les achats avec des facteurs d’émission sectoriels issus de bases de données reconnues : Base Carbone ADEME, Ecoinvent ou les données sectorielles publiées par le GHG Protocol [2].
Une fois le bilan établi, les organisations peuvent définir des trajectoires de réduction compatibles avec l’Accord de Paris. L’initiative Science Based Targets (SBTi) propose un cadre reconnu pour valider ces trajectoires. La décarbonation repose sur une combinaison d’actions : efficacité énergétique sur les scopes 1 et 2, électrification des usages, et engagement de la chaîne d’approvisionnement sur le scope 3.
Scopes 1, 2 et 3 dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités
La structure des émissions GES d’une production audiovisuelle ou d’un événement présente des spécificités importantes par rapport à d’autres secteurs. Le poids du scope 3 est particulièrement élevé, ce qui oriente les leviers d’action vers la chaîne d’approvisionnement et la mobilité des équipes.
Répartition typique dans la production audiovisuelle
Pour une production filmique ou une série, le scope 1 couvre le carburant des véhicules de production et les groupes électrogènes sur plateau. Le scope 2 inclut l’électricité des studios et des salles de post-production. Le scope 3 est de loin le plus significatif : il comprend les achats de biens et services (décors, costumes, matériel technique loué), les déplacements des équipes et des artistes, l’hébergement, le catering et la sous-traitance post-production [5].
Selon les données Ecoprod publiées au premier trimestre 2025, les principales sources d’émissions sur un plateau sont les transports (27,5 %), les achats de biens et services (24,6 %) et l’alimentation (10,8 %) [6]. Ces trois postes relèvent exclusivement du scope 3, confirmant que c’est sur ce périmètre que se concentrent les principaux leviers de réduction. Une heure de contenu audiovisuel produite en France génère en moyenne 16 tonnes de CO₂ équivalent, soit davantage que l’empreinte annuelle d’un citoyen français [7].
Spécificités événementielles
Pour les événements (concerts, festivals, événements corporate), la structure est similaire. Le scope 1 couvre les générateurs diesel et les véhicules logistiques. Le scope 2 inclut l’électricité des salles. Le scope 3 est dominé par la mobilité du public et des équipes, l’alimentation sur site, le montage et démontage des infrastructures scéniques et la gestion des déchets. Le CNC impose désormais un bilan carbone complet couvrant les trois scopes pour toute demande d’aide aux productions, ce qui oblige les producteurs à développer une méthodologie rigoureuse de collecte et de consolidation des données d’émissions.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro
Conclusion
Les scopes 1, 2 et 3 sont devenus le langage universel de la comptabilité carbone. Leur maîtrise permet non seulement de répondre aux obligations réglementaires imposées par la CSRD et la norme ESRS E1, mais aussi d’identifier avec précision les postes les plus émissifs et les leviers d’action les plus efficaces. Pour les organisations du secteur audiovisuel et événementiel, cette démarche est d’autant plus stratégique que le scope 3 représente la quasi-totalité de l’empreinte carbone et que les référentiels sectoriels (CNC, Albert, Ecoprod) s’appuient sur cette structuration pour leurs exigences de reporting. La réduction des émissions GES passe par une mesure rigoureuse, un reporting transparent et des plans d’action priorisés sur les catégories les plus significatives. Ces trois étapes constituent le socle de toute stratégie carbone crédible et alignée avec les objectifs climatiques internationaux.
FAQ
Quelle est la différence entre les scopes 1, 2 et 3 ?
Quel scope représente la plus grande part des émissions d’une entreprise ?
Le scope 3 est-il obligatoire dans le reporting CSRD ?
Comment calculer ses émissions de scope 3 ?
Les scopes d’émissions s’appliquent-ils aux productions audiovisuelles ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Mesurer les scopes 1, 2 et 3 d’une production audiovisuelle ou d’un événement requiert une méthodologie rigoureuse et des outils adaptés aux spécificités du secteur. GreenPro, développé par TheGreenshot, automatise la collecte des données d’émissions sur l’ensemble des trois périmètres : scan OCR des factures fournisseurs, consolidation automatique des postes scope 3 (transport, achats, sous-traitance), tableaux de bord temps réel conformes au GHG Protocol, à la méthodologie CNC et à la norme ESRS E1. Les équipes de TheGreenshot accompagnent les maisons de production et les organisateurs d’événements pour structurer leur démarche bilan carbone, de la collecte des données à la publication du rapport de durabilité. Pour en savoir plus sur GreenPro et découvrir comment il s’adapte aux contraintes d’un plateau ou d’un festival, une démonstration personnalisée est disponible sur demande.
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