Normes ESRS : liste complète et obligations de reporting

Les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) constituent le socle technique de la directive CSRD. Elles définissent quelles informations les entreprises doivent publier sur leurs enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Normes ESRS : liste complète et obligations de reporting

Les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) constituent le socle technique de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). Elles définissent précisément quelles informations les entreprises doivent publier, selon quelle structure et à quelle fréquence, pour répondre aux exigences du reporting de durabilité européen [1]. Composées de 12 normes couvrant les dimensions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), les ESRS constituent aujourd’hui le référentiel le plus complet et le plus contraignant en matière de transparence extra-financière pour les entreprises européennes. Cet article présente la liste complète des normes ESRS, leurs champs d’application et les évolutions réglementaires récentes.

Que sont les normes ESRS ? Définition et cadre juridique

Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) sont des standards européens de reporting sur la durabilité, élaborés par l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) sur mandat de la Commission européenne. Ils constituent le volet technique de la directive CSRD, qui définit l’obligation de reporting. Si la CSRD pose le cadre légal, les ESRS en précisent le contenu exact : indicateurs à mesurer, informations qualitatives à divulguer, principes de structuration du rapport [2].

Les 12 normes ESRS ont été adoptées par acte délégué de la Commission européenne et sont entrées en vigueur pour les premières entreprises concernées (plus de 500 salariés, déjà soumises à la NFRD) dès l’exercice 2024. La relation entre CSRD et ESRS est celle d’un cadre législatif et de ses méthodes d’application : indissociables et complémentaires.

Un principe fondamental structure l’approche ESRS : la double matérialité. Avant de déterminer quelles normes thématiques s’appliquent, chaque entreprise doit conduire une analyse de matérialité double, qui évalue à la fois l’impact de l’entreprise sur les enjeux de durabilité (matérialité d’impact) et l’impact des enjeux de durabilité sur la situation financière de l’entreprise (matérialité financière). Seules les normes jugées matérielles au terme de cette analyse sont obligatoires [1].

Les deux normes générales : ESRS 1 et ESRS 2

Les deux premières normes ESRS ont un caractère transversal : elles s’appliquent à toutes les entreprises concernées, quels que soient les résultats de l’analyse de double matérialité [3].

ESRS 1 : Exigences générales

L’ESRS 1 n’impose pas directement des obligations de divulgation, mais fixe les principes et règles qui régissent l’ensemble du reporting CSRD. Elle définit les concepts clés (double matérialité, chaîne de valeur, parties prenantes), les conventions de rédaction et de présentation, les principes comptables appliqués aux données de durabilité et les règles de transition pour les premières années de mise en application.

ESRS 2 : Informations générales obligatoires

L’ESRS 2 impose des divulgations générales qui constituent le socle de tout rapport de durabilité CSRD. Quatre domaines sont couverts : la gouvernance (structures de supervision, responsabilités en matière de durabilité), la stratégie (modèle d’affaires, parties prenantes, chaine de valeur, risques et opportunités matériels), la gestion des impacts (politiques, actions, objectifs) et les métriques et cibles générales. L’ESRS 2 est la seule norme thématique obligatoire pour toutes les entreprises soumises à la CSRD, indépendamment de l’analyse de matérialité.

Les normes environnementales ESRS E1 à E5

Les cinq normes environnementales couvrent l’ensemble des enjeux écologiques identifiés comme prioritaires par le Green Deal européen [4].

ESRS E1 : Changement climatique

L’ESRS E1 est la norme environnementale la plus attendue. Elle couvre les émissions de GES (scopes 1, 2 et 3 selon la méthodologie GHG Protocol), la résilience de la stratégie d’entreprise face aux scénarios climatiques et le plan de transition vers une économie décarbonée. Les entreprises doivent publier des objectifs de réduction alignés sur les scénarios de l’Accord de Paris et démontrer la cohérence de leurs investissements avec cette trajectoire. Le guide complet sur l’ESRS E1 détaille les indicateurs requis et la méthode de mise en conformité.

ESRS E2 : Pollution

L’ESRS E2 porte sur les émissions de polluants dans l’air, l’eau et le sol, ainsi que sur les substances préoccupantes. Les entreprises doivent identifier les polluants rejetés, les postes les plus émetteurs et les mesures de réduction mises en place. Un objectif de zéro pollution, cohérent avec le plan d’action européen, doit être documenté.

ESRS E3 : Ressources aquatiques et marines

L’ESRS E3 couvre la consommation et la gestion de l’eau, les impacts sur les écosystèmes marins et aquatiques, et la dépendance de l’entreprise aux ressources en eau. Elle s’applique principalement aux secteurs à forte consommation hydrique ou présents dans des zones de stress hydrique.

ESRS E4 : Biodiversité et écosystèmes

L’ESRS E4 impose d’évaluer les impacts et dépendances de l’entreprise vis-à-vis de la biodiversité et des services écosystémiques. Elle s’aligne sur le Cadre mondial Kunming-Montréal pour la biodiversité et exige une cartographie des sites et activités à fort impact sur les écosystèmes.

ESRS E5 : Utilisation des ressources et économie circulaire

L’ESRS E5 couvre la gestion des ressources (matières premières, eau, emballages), la génération de déchets et les pratiques d’économie circulaire (réparation, réutilisation, recyclage). Elle vise à mesurer et réduire la dépendance aux ressources vierges et à documenter les flux de matières sur l’ensemble du cycle de vie des produits.

Les normes sociales ESRS S1 à S4

Les quatre normes sociales couvrent les parties prenantes humaines affectées par les activités de l’entreprise [3].

ESRS S1 : Effectifs de l’entreprise

L’ESRS S1 est la norme sociale la plus détaillée. Elle couvre les conditions de travail (contrats, horaires, rémunération, congés), l’égalité des chances (parité, diversité, lutte contre les discriminations), la sécurité et la santé au travail, le dialogue social et la formation. Les entreprises doivent publier des données désagrégées par catégorie de travailleurs, y compris les non-salariés dont les activités sont contrôlées par l’organisation.

ESRS S2 : Travailleurs de la chaîne de valeur

L’ESRS S2 étend les exigences sociales aux travailleurs présents dans la chaîne d’approvisionnement et chez les sous-traitants. Elle impose d’identifier les risques d’impacts négatifs sur leurs droits fondamentaux et les mesures de vigilance mises en place.

ESRS S3 : Communautés affectées

L’ESRS S3 porte sur les impacts des activités de l’entreprise sur les communautés riveraines ou affectées par les sites de production et d’extraction. Elle inclut les droits des populations autochtones, l’accès aux ressources naturelles et les mécanismes de consultation.

ESRS S4 : Consommateurs et utilisateurs finaux

L’ESRS S4 couvre les impacts des produits et services sur les consommateurs : sécurité des produits, vie privée, accès à l’information, pratiques commerciales responsables. Elle s’applique particulièrement aux entreprises dont les produits ont un impact direct sur la santé, la sécurité ou les droits des utilisateurs.

La norme de gouvernance ESRS G1

L’ESRS G1 évalue la conduite des affaires et les pratiques de gouvernance de l’entreprise. Elle couvre la culture d’entreprise et l’éthique des affaires, les politiques anti-corruption et anti-blanchiment, la gestion des relations fournisseurs (paiements, conditions contractuelles), la prévention et la gestion des conflits d’intérêts et les mécanismes de protection des lanceurs d’alerte [2]. Cette norme est souvent jugée moins complexe que les normes environnementales et sociales, mais elle impose une documentation rigoureuse des processus internes de gouvernance.

Simplification et évolutions récentes des ESRS

Le cadre ESRS a connu des évolutions significatives depuis son adoption initiale, dans le sens d’une simplification pour faciliter la mise en conformité des entreprises [5].

En juillet 2025, la Commission européenne a publié un ajustement temporaire des ESRS (le « quick fix »), applicable aux rapports établis sur les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2026. Cet ajustement réduit le nombre de points de données obligatoires et précise les conditions d’application du principe de proportionnalité pour les entreprises de taille intermédiaire.

En novembre 2025, l’EFRAG a publié une version simplifiée des ESRS réduisant d’environ 61 % le nombre de points de données obligatoires par rapport à la version initiale, passant d’environ 1 100 à 300 points. Cette simplification vise à rendre le reporting CSRD plus accessible sans en réduire la substance. Ces évolutions s’inscrivent dans le cadre de l’Omnibus CSRD qui réforme le périmètre d’application de la directive. Le calendrier CSRD détaille les échéances par vague d’entreprises.

ESRS et secteur audiovisuel et événementiel : obligations et enjeux spécifiques

Pour les entreprises du secteur audiovisuel et événementiel, les normes ESRS créent des obligations nouvelles qui touchent à la fois à l’empreinte environnementale des productions et à la gestion de leurs ressources humaines spécifiques.

Productions audiovisuelles et grands groupes médias

Les grands groupes audiovisuels (chaînes, studios, groupes de production) dépassant les seuils CSRD sont soumis à l’ensemble du cadre ESRS. L’ESRS E1 est la plus impactante : elle impose un bilan GES complet (scopes 1, 2, 3) pour chaque entité. Or, dans le secteur audiovisuel, le scope 3 représente la quasi-totalité des émissions, avec des postes complexes à mesurer : déplacements des équipes et artistes, achats de biens et services de tournage, sous-traitance post-production.

L’ESRS S1 présente également une complexité sectorielle forte. Le recours massif aux intermittents du spectacle, aux techniciens en CDD d’usage et aux prestataires indépendants oblige à documenter les conditions de travail d’une main-d’oeuvre à la structure contractuelle très hétérogène. Les données de parité, de formation et de sécurité doivent couvrir l’ensemble de ces travailleurs, y compris ceux dont l’emploi est contrôlé mais qui ne sont pas salariés permanents.

Événementiel : matérialité E1, E5 et S1

Pour les organisateurs d’événements (festivals, concerts, événements corporate), les normes les plus susceptibles d’être matérielles sont l’ESRS E1 (émissions carbone des événements), l’ESRS E5 (gestion des déchets, consommation de matériaux pour les décors et infrastructures scéniques) et l’ESRS S1 (conditions de travail des équipes techniques, souvent en emploi précaire ou en prestation). Le reporting extra-financier adapté aux contraintes de l’événementiel nécessite des outils capables de consolider des données d’activité très dispersées sur de courtes périodes.

La formation des équipes à la directive CSRD et aux normes ESRS constitue un prérequis pour garantir la qualité des données collectées et la robustesse du rapport de durabilité.

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Conclusion

Les 12 normes ESRS forment un cadre de reporting complet qui couvre l’ensemble des enjeux ESG pertinents pour les entreprises européennes. Leur mise en oeuvre repose sur une analyse de double matérialité rigoureuse, qui permet d’identifier les normes obligatoires pour chaque organisation selon ses activités et sa chaîne de valeur. Pour le secteur audiovisuel et événementiel, les normes E1 (climat), S1 (effectifs) et E5 (ressources et déchets) sont généralement les plus matérielles. Les simplifications récentes apportées par le « quick fix » et la version révisée des ESRS allègent la charge documentaire sans réduire les exigences de fond. L’anticipation de ces obligations et la structuration d’un système de collecte de données robuste restent les facteurs déterminants pour une mise en conformité réussie.

FAQ

Combien y a-t-il de normes ESRS ?

Il existe 12 normes ESRS au total : 2 normes générales (ESRS 1 et ESRS 2), 5 normes environnementales (ESRS E1 à E5), 4 normes sociales (ESRS S1 à S4) et 1 norme de gouvernance (ESRS G1). Les deux normes générales sont obligatoires pour toutes les entreprises soumises à la CSRD. Les 10 normes thématiques sont obligatoires uniquement si l’analyse de double matérialité les identifie comme matérielles pour l’organisation.

Quelle est la différence entre CSRD et ESRS ?

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est la directive européenne qui crée l’obligation légale de reporting de durabilité et définit les entreprises concernées. Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) sont les standards techniques qui précisent le contenu exact de ce reporting : indicateurs à mesurer, informations qualitatives à divulguer et structure du rapport. La CSRD est le cadre législatif, les ESRS sont la méthode d’application.

Qu’est-ce que la double matérialité dans les ESRS ?

La double matérialité est le principe qui impose d’évaluer les enjeux de durabilité sous deux angles : l’impact de l’entreprise sur les enjeux environnementaux et sociaux (matérialité d’impact) et l’impact de ces enjeux sur la situation financière de l’entreprise (matérialité financière). Une norme ESRS thématique est obligatoire uniquement si au moins l’un de ces deux angles est jugé matériel à l’issue de l’analyse.

Quelle est la norme ESRS la plus importante ?

L’ESRS E1 (Changement climatique) est généralement considérée comme la norme la plus structurante. Elle impose la publication d’un bilan GES complet (scopes 1, 2 et 3), d’un plan de transition climatique aligné sur l’Accord de Paris et d’indicateurs de résilience climatique. L’ESRS 2 (Informations générales) est la seule norme obligatoire pour toutes les entreprises sans condition de matérialité.

Les normes ESRS ont-elles été simplifiées ?

Oui. En juillet 2025, un ajustement temporaire (quick fix) a réduit le nombre de points de données obligatoires. En novembre 2025, l’EFRAG a publié une version révisée des ESRS réduisant d’environ 61 % le nombre de points de données obligatoires par rapport à la version initiale, passant d’environ 1 100 à 300 points. Ces simplifications s’appliquent aux rapports établis sur les exercices ouverts à partir du 1er janvier 2026.

Aller plus loin avec TheGreenshot

Répondre aux exigences de l’ESRS E1 implique de disposer d’un système de collecte et de consolidation des données GES adapté aux spécificités du secteur audiovisuel et événementiel. GreenPro, développé par TheGreenshot, automatise cette collecte : scan OCR des factures fournisseurs, consolidation des postes de scope 3 significatifs, tableaux de bord temps réel conformes au GHG Protocol et à la norme ESRS E1. Pour les normes sociales (ESRS S1), les équipes de TheGreenshot accompagnent également la structuration des données RH relatives aux effectifs intermittents et aux prestataires. De la collecte des données à la publication du rapport de durabilité, TheGreenshot propose un accompagnement adapté aux contraintes opérationnelles du secteur. Une démonstration personnalisée de GreenPro est disponible sur demande.

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