La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises concernées de publier un rapport de durabilité détaillé, audité par un tiers indépendant, couvrant leurs impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance. Produire des données fiables, structurées selon les normes ESRS, ne s’improvise pas. Cela suppose que les équipes (bien au-delà du seul service RSE) maîtrisent les attendus de la directive, comprennent leur rôle dans la collecte de données et soient capables d’articuler leurs pratiques avec le cadre réglementaire. Cet article présente les fonctions à mobiliser, les compétences à développer et les étapes concrètes pour bâtir un plan de formation CSRD efficace.
Ce que la directive CSRD exige réellement
La CSRD est une directive européenne adoptée en novembre 2022 qui refonde en profondeur les obligations de reporting extra-financier des entreprises. Elle remplace la NFRD (Non-Financial Reporting Directive) et étend considérablement le périmètre des entités concernées, le niveau de détail attendu et les exigences de vérification.
Le cœur de la directive repose sur les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards), développées par l’EFRAG. Ces standards définissent les informations à publier selon une logique de double matérialité : l’entreprise doit analyser à la fois en quoi ses activités impactent l’environnement et la société (matérialité d’impact), et en quoi les enjeux ESG exposent sa performance financière à des risques et opportunités (matérialité financière).
Les données à collecter couvrent cinq domaines environnementaux (changement climatique, pollution, eau, biodiversité, économie circulaire), quatre domaines sociaux et trois domaines de gouvernance. Le rapport de durabilité doit être intégré au rapport de gestion annuel et fait l’objet d’une vérification par un commissaire aux comptes ou un organisme tiers indépendant [1].
Avec la révision apportée par la directive Omnibus, les ESRS simplifiées réduisent le nombre de points de données obligatoires d’environ 1 100 à approximativement 300 [2]. La complexité reste néanmoins réelle pour des équipes qui n’ont jamais produit ce type de reporting.
Qui est concerné après la révision Omnibus ?
La directive Omnibus, entrée en vigueur en mars 2026, a substantiellement modifié le périmètre initial de la CSRD. Les nouveaux seuils d’assujettissement portent désormais sur les entreprises qui réunissent simultanément deux conditions : employer plus de 1 000 salariés et dépasser 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net annuel [3].
Cette révision retire environ 80 % des entreprises initialement visées du champ d’application obligatoire [4]. Les entreprises qui restent dans le périmètre devront publier leur premier rapport de durabilité conforme aux nouvelles ESRS simplifiées pour les exercices financiers débutant au 1er janvier 2027.
Pour les entreprises exclues du périmètre obligatoire, la démarche de préparation reste stratégiquement pertinente : les grands donneurs d’ordre soumis à la CSRD répercutent leurs exigences de transparence sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, y compris les prestataires et fournisseurs de taille plus modeste. Se préparer à répondre à ces demandes constitue un avantage concurrentiel réel.
Le calendrier de mise en œuvre impose également un travail préparatoire dès maintenant. Les étapes clés, diagnostic de maturité ESG, cartographie des données disponibles, mise en place de la gouvernance du projet CSRD, sélection des outils, et formation des équipes, requièrent du temps pour être menées correctement [5].
Quelles fonctions doivent être mobilisées en interne ?
Une des erreurs les plus fréquentes consiste à cantonner la formation CSRD aux équipes RSE ou développement durable. La directive implique en réalité une transformation transversale de l’organisation, car les données attendues proviennent de multiples fonctions [6].
Voici les principales fonctions concernées :
- Direction générale et conseil d’administration : pilotage stratégique du projet CSRD, validation des engagements et des politiques de durabilité publiés dans le rapport. La gouvernance est elle-même un domaine d’information ESRS (ESRS G1).
- Finance et comptabilité : collecte et validation des données financières liées aux risques climatiques, aux actifs exposés, aux capex et opex consacrés à la transition. Le lien entre rapport financier et rapport de durabilité est structurel.
- Ressources humaines : production des indicateurs sociaux (effectifs, diversité, conditions de travail, formation, santé et sécurité). Les normes ESRS S1 et S3 couvrent spécifiquement la main-d’œuvre propre et les parties prenantes affectées.
- Achats et supply chain : traçabilité des fournisseurs, évaluation des risques ESG dans la chaîne de valeur amont, donnée critique pour la double matérialité financière.
- Juridique et conformité : veille réglementaire, articulation entre obligations CSRD et autres cadres (taxonomie UE, CS3D, réglementation nationale), coordination avec les vérificateurs.
- Équipes RSE et développement durable : pilotage du projet, coordination de la collecte de données, rédaction du rapport, lien avec les parties prenantes externes.
Former l’ensemble de ces fonctions à un niveau de compréhension suffisant (sans nécessairement en faire des experts ESRS) est l’enjeu central d’une démarche de formation CSRD réussie. Pour les studios de production et entreprises du secteur audiovisuel, cette logique transversale est d’autant plus pertinente que les données environnementales (émissions, déchets, eau, biodiversité) se construisent sur les pratiques de terrain de chaque département.
Les fondamentaux d’un programme de formation CSRD
Un programme de formation CSRD efficace s’articule généralement autour de quatre niveaux de compétences, adaptés aux différents publics de l’entreprise.
Niveau 1 : sensibilisation générale
Ce premier niveau s’adresse à l’ensemble des collaborateurs. L’objectif n’est pas la maîtrise technique des ESRS, mais la compréhension des enjeux : pourquoi l’entreprise se lance dans ce projet, en quoi cela concerne chaque fonction, et ce que le rapport de durabilité va changer dans les pratiques quotidiennes. Ce socle de sensibilisation est indispensable pour obtenir l’adhésion interne et la coopération lors des phases de collecte de données.
Niveau 2 : formation méthodologique
Ce niveau cible les référents RSE, finance, RH et achats. Il couvre la logique des ESRS (structure des normes, distinction entre informations obligatoires et volontaires, notion de matérialité), la méthode de double matérialité (cartographie des enjeux, consultation des parties prenantes, matrice d’évaluation) et les formats de collecte de données attendus. Des organismes comme l’AFNOR Compétences, l’EFRAG ou Cegos proposent des formations certifiées couvrant ces fondamentaux [7].
Niveau 3 : expertise sectorielle et technique
Ce niveau s’adresse aux pilotes du projet CSRD et aux experts amenés à rédiger le rapport. Il nécessite une compréhension fine des normes ESRS par thématique (E1 changement climatique, E5 économie circulaire, S1 main-d’œuvre, G1 conduite des affaires), ainsi que la maîtrise des méthodes de mesure propres à chaque domaine (bilan GHG pour le carbone, analyse des polluants, indicateurs de diversité, etc.).
Niveau 4 : gouvernance et audit
Ce niveau concerne les responsables conformité, les directeurs financiers et les membres du conseil d’administration. Il porte sur la gouvernance du reporting, la coordination avec les vérificateurs indépendants, les risques de non-conformité et l’articulation avec la stratégie financière de l’entreprise. La vérification du rapport de durabilité par un tiers est obligatoire selon la directive, ce qui exige une préparation rigoureuse des données et des processus [1].
Construire son plan de formation CSRD étape par étape
La mise en place d’un plan de formation CSRD suit une logique de projet structuré. Voici les principales étapes à respecter.
Étape 1 : diagnostic de maturité ESG
Avant de former, il faut mesurer. Un diagnostic de maturité ESG évalue les données déjà collectées, les lacunes existantes, les processus en place et le niveau de connaissance actuel des équipes sur les enjeux de durabilité. Ce diagnostic permet de cibler les formations sur les réels besoins plutôt que de déployer un programme générique. Il identifie également les « quick wins » : indicateurs déjà disponibles qui pourront alimenter le premier rapport sans effort supplémentaire.
Étape 2 : définir la gouvernance du projet
Le projet CSRD nécessite un pilote clairement identifié, souvent un Directeur RSE ou un Chief Sustainability Officer, appuyé par un comité de pilotage réunissant finance, juridique et opérations. La gouvernance définit les responsabilités de collecte par domaine ESRS, les circuits de validation des données et les interfaces avec le vérificateur. Cette structure de gouvernance est elle-même une information à publier dans le rapport de durabilité.
Étape 3 : prioriser les formations par fonction et niveau d’urgence
Toutes les équipes n’ont pas besoin du même niveau de formation au même moment. La priorisation tient compte du calendrier réglementaire (exercice de référence pour le premier rapport), de la criticité des données à collecter par fonction et de la disponibilité des collaborateurs. Une approche en vagues (sensibilisation générale d’abord, formation technique des référents ensuite, expertise avancée pour les pilotes) permet de déployer le programme sans saturer les agendas.
Étape 4 : sélectionner les formats et prestataires adaptés
Le marché de la formation CSRD s’est considérablement développé. Les formats disponibles incluent des sessions en présentiel (demi-journée à plusieurs jours), des parcours e-learning modulaires, des ateliers pratiques (application sur les données réelles de l’entreprise) et des accompagnements conseil. La sélection des prestataires doit prendre en compte leur connaissance des normes ESRS, leur capacité à adapter le contenu aux spécificités sectorielles et la reconnaissance de leurs certifications [8].
Étape 5 : évaluer et ajuster en continu
Les ESRS simplifiées sont encore en cours d’adoption officielle, et la Commission européenne continuera de préciser certains points d’application. Le plan de formation doit donc être conçu comme un processus itératif, avec des sessions de mise à jour régulières pour intégrer les évolutions réglementaires et les retours d’expérience issus des premières collectes de données.
Outiller les équipes pour ancrer les compétences dans la durée
La formation est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Pour que les compétences CSRD se traduisent en données fiables et auditables, les équipes ont besoin d’outils adaptés à la collecte, à la consolidation et au suivi des indicateurs.
Les plateformes de reporting extra-financier permettent de centraliser les données par norme ESRS, d’automatiser certaines collectes (notamment via des connecteurs avec les outils de comptabilité ou de paie), de suivre l’avancement de la collecte et de préparer la documentation pour le vérificateur. L’outil GreenPro de TheGreenshot propose notamment une approche automatisée de la collecte de données carbone, avec scan de factures par OCR et tableaux de bord temps réel, une brique essentielle pour alimenter le volet E1 (changement climatique) des rapports ESRS.
Les ressources institutionnelles constituent également un appui précieux pour les équipes en cours de montée en compétences : les documents de guidance de l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group), les fiches pratiques de l’ADEME sur les méthodes de mesure environnementale, les ressources pédagogiques du Ministère de la Transition Écologique. Ces ressources sont accessibles gratuitement et régulièrement mises à jour.
Enfin, l’intégration des compétences CSRD dans les processus RH existants (objectifs individuels, entretiens annuels, plans de développement) garantit que la montée en compétences sur les enjeux de durabilité n’est pas traitée comme un projet ponctuel mais comme un axe de développement professionnel à part entière. Le choix d’un logiciel RSE adapté est souvent le catalyseur qui permet de passer du mode « collecte manuelle » au mode « données structurées et auditables ».
Pour approfondir les fondamentaux du cadre réglementaire, la lecture des articles publiés sur le reporting extra-financier et sur la double matérialité permet de consolider la compréhension des normes ESRS avant d’entrer dans la phase de formation technique.
Conclusion
La formation CSRD n’est pas un simple investissement de mise en conformité : c’est un levier stratégique pour construire une organisation capable de produire des données ESG fiables, de dialoguer avec ses parties prenantes sur des bases solides et d’anticiper l’évolution du cadre réglementaire. Les entreprises qui abordent cette démarche comme un projet transversal (impliquant toutes les fonctions, structuré en niveaux de compétences et outillé pour la durée) disposent d’un avantage décisif pour produire un premier rapport de durabilité robuste et crédible. À l’inverse, reporter cette préparation expose à des délais dans la collecte de données et à un risque accru de non-conformité lors de la vérification par le tiers indépendant.
FAQ, Formation CSRD
Quelles entreprises sont obligées de suivre une formation CSRD ?
Combien de temps faut-il pour former une équipe à la CSRD ?
Le service RSE peut-il gérer seul la formation CSRD en interne ?
Quels sont les principaux risques d’une mauvaise préparation à la CSRD ?
Existe-t-il des aides au financement de la formation CSRD ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
La production d’un rapport de durabilité conforme aux normes ESRS repose sur la qualité des données collectées, et la fiabilité de la collecte dépend directement des outils utilisés. GreenPro, la solution de TheGreenshot, automatise la collecte des données carbone via scan OCR de factures, connecteurs comptables et tableaux de bord temps réel. Pour les équipes en cours de formation CSRD, disposer d’un outil qui structure la donnée dès sa source est un accélérateur décisif : les indicateurs ESRS E1 (changement climatique) sont produits automatiquement, sans ressaisie manuelle, dans un format directement auditable. Les consultants TheGreenshot accompagnent également les organisations dans le cadrage de leur stratégie de reporting et la formation de leurs équipes. Une démo permet d’évaluer rapidement l’adéquation de la solution aux enjeux spécifiques de l’entreprise.
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.





