Les émissions de GES 3 (ou scope 3) constituent la part la plus complexe et, dans la grande majorité des cas, la plus volumineuse du bilan carbone d’une organisation. Selon le GHG Protocol [1], elles englobent l’ensemble des émissions indirectes générées tout au long de la chaîne de valeur de l’entreprise, en amont et en aval de ses propres activités. Pour la majorité des organisations, ces émissions représentent plus de 70 % de leur empreinte carbone totale [4], ce qui en fait le levier climatique le plus stratégique à actionner. Cet article présente la définition des émissions de GES 3, leurs 15 catégories, les méthodes de calcul et les obligations réglementaires en vigueur.
Définition et périmètre du GES 3
Le terme GES 3, ou scope 3, désigne la troisième catégorie d’émissions de gaz à effet de serre telle que définie par le GHG Protocol. À la différence des émissions de scope 1 (directes, générées par les équipements et véhicules de l’entreprise) et des émissions de scope 2 (indirectes, liées à l’énergie achetée), le scope 3 regroupe toutes les autres émissions indirectes qui se produisent en dehors du contrôle direct de l’organisation.
Ces émissions couvrent un périmètre extrêmement large : achats de biens et services, déplacements professionnels des collaborateurs, fret en amont et en aval, déchets générés, utilisation des produits par les clients, et investissements financiers. En d’autres termes, le GES 3 capture l’empreinte carbone complète d’une entreprise au-delà de ses propres murs.
La distinction entre activités upstream (en amont) et downstream (en aval) est centrale dans l’analyse du scope 3 [1]. Les émissions upstream concernent tout ce qui précède la prise en main des biens et services par l’entreprise (fabrication des matières premières, transport entrant, etc.), tandis que les émissions downstream englobent ce qui se passe après que l’organisation a livré ses produits (utilisation par le client, fin de vie des produits, transport sortant).
Les 15 catégories du scope 3 selon le GHG Protocol
Le GHG Protocol identifie précisément 15 catégories d’émissions de scope 3, réparties entre activités amont (8 catégories) et activités aval (7 catégories) [1]. Chaque entreprise doit analyser ces catégories pour identifier les postes les plus significatifs au regard de son modèle économique.
Catégories amont (upstream)
| Catégorie | Description |
|---|---|
| 1. Biens et services achetés | Émissions liées à la fabrication des produits et services acquis par l’entreprise |
| 2. Biens d’équipement | Émissions liées à la fabrication des équipements et infrastructures utilisés |
| 3. Activités liées à l’énergie | Émissions amont de la production d’énergie achetée, non incluses dans le scope 2 |
| 4. Transport et distribution amont | Émissions du transport des achats vers les locaux de l’entreprise |
| 5. Déchets générés | Émissions du traitement et de l’élimination des déchets produits par l’activité |
| 6. Déplacements professionnels | Émissions des voyages d’affaires (avion, train, voiture de location) |
| 7. Mobilité domicile-travail | Émissions des trajets quotidiens des collaborateurs |
| 8. Actifs loués en amont | Émissions des biens loués par l’entreprise (bureaux, véhicules, etc.) |
Catégories aval (downstream)
| Catégorie | Description |
|---|---|
| 9. Transport et distribution aval | Émissions du transport des produits vendus vers les clients finaux |
| 10. Traitement des produits vendus | Émissions liées à la transformation de produits intermédiaires par les acheteurs |
| 11. Utilisation des produits vendus | Émissions générées lors de l’utilisation des produits par le client final |
| 12. Fin de vie des produits vendus | Émissions du traitement en fin de vie (recyclage, incinération, mise en décharge) |
| 13. Actifs loués en aval | Émissions des biens que l’entreprise loue à d’autres organisations |
| 14. Franchises | Émissions des opérations de franchisés |
| 15. Investissements | Émissions des projets et entreprises dans lesquels l’organisation investit |
Cette architecture en 15 catégories permet aux entreprises d’identifier précisément leurs principaux postes d’émission et de prioriser leurs actions de réduction. La méthode Bilan Carbone® s’appuie sur une approche comparable, structurée autour des postes les plus significatifs pour chaque type d’organisation.
Pourquoi le scope 3 domine-t-il l’empreinte carbone ?
Une des données les plus déterminantes de la comptabilité carbone est que le scope 3 représente en moyenne entre 70 % et 90 % de l’empreinte carbone totale d’une entreprise [4]. Cette proportion s’explique par le fait que les émissions les plus importantes ne se trouvent généralement pas dans les activités directes de l’organisation, mais bien dans sa chaîne d’approvisionnement, dans les comportements de ses clients et dans ses investissements.
Dans certains secteurs, cette asymétrie est encore plus marquée. Une entreprise de restauration collective peut ainsi constater que la majorité de son empreinte provient des produits alimentaires achetés (notamment les protéines animales), une fraction seulement provenant de ses cuisines et équipements. Pour une société financière, les émissions liées aux investissements (catégorie 15) peuvent représenter l’essentiel de son bilan GES.
Cette réalité rend le scope 3 à la fois incontournable et difficile à appréhender. Les données proviennent de fournisseurs, de prestataires logistiques, de clients finaux et d’intermédiaires sur lesquels l’entreprise n’a pas de contrôle direct. La collecte de ces informations requiert un travail de terrain conséquent, une collaboration étroite avec les parties prenantes et des outils adaptés de centralisation des données [5].
Comment calculer ses émissions de GES 3
Le calcul des émissions de scope 3 suit une logique commune à l’ensemble du GHG Protocol : multiplier une donnée d’activité par un facteur d’émission. La donnée d’activité peut être une quantité d’achats en euros ou en tonnes, une distance parcourue, un volume de déchets produits ou encore une consommation énergétique. Le facteur d’émission traduit cette activité en quantité de CO2 équivalent (CO2e).
En France, les facteurs d’émission sont principalement issus de la Base Empreinte® de l’ADEME [7], une base de données publique et régulièrement mise à jour qui couvre plusieurs milliers de produits, services, modes de transport et sources d’énergie. Pour les catégories où les facteurs standards ne suffisent pas, les entreprises peuvent recourir à des données primaires collectées directement auprès de leurs fournisseurs.
La méthode Bilan Carbone® V9, introduite début 2025 par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC), structure le calcul en sept étapes méthodologiques et introduit trois niveaux de maturité (Initial, Standard, Avancé), adaptés à toutes les tailles d’entreprises. Elle intègre une phase dédiée à la mobilisation des parties prenantes, particulièrement utile pour engager les fournisseurs dans la collecte de données de scope 3.
Les étapes clés pour un calcul rigoureux du GES 3 sont les suivantes : identifier les 15 catégories pertinentes pour son modèle économique, collecter les données d’activité correspondantes, sélectionner les facteurs d’émission appropriés, calculer les émissions par catégorie, puis les agréger pour obtenir une vision complète. La stratégie de décarbonation peut ensuite être construite sur la base de cette cartographie précise [8].
Réglementation : CSRD et directive Omnibus
Le reporting du scope 3 est désormais encadré par des obligations réglementaires croissantes en Europe. La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) impose aux entreprises concernées de publier des données sur leurs émissions de scopes 1, 2 et 3, conformément aux normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards), notamment l’ESRS E1 sur le changement climatique [4].
La directive Omnibus, adoptée par le Parlement européen fin 2025, a profondément remanié le périmètre d’application en relevant les seuils d’obligation : seules les entreprises de plus de 1 000 salariés dont le chiffre d’affaires dépasse 450 millions d’euros sont désormais concernées. Pour les PME et ETI qui sortent du champ d’obligation légale, le standard volontaire VSME (Voluntary SME Reporting Standard) devient la référence recommandée.
Parallèlement, le GHG Protocol fait l’objet d’une révision majeure de ses standards, avec notamment une mise à jour des règles concernant le scope 2 et des travaux en cours sur une meilleure prise en compte de la temporalité des émissions. Ces évolutions renforceront la précision et la comparabilité des bilans GES 3 entre entreprises et secteurs.
GES 3 dans l’audiovisuel et l’événementiel : spécificités et bonnes pratiques
Dans le secteur de la production audiovisuelle et de l’événementiel, le scope 3 prend une dimension particulièrement critique. L’analyse des scopes d’émissions d’une production audiovisuelle révèle que les postes amont et aval dominent largement le bilan carbone global d’un projet.
Dans les productions cinéma et audiovisuelles
Pour une production cinéma ou audiovisuelle, les émissions de scope 3 couvrent notamment les achats de matériaux de construction de décors (catégorie 1), le transport des équipes et du matériel lourd (catégories 4 et 6), les déchets de production (catégorie 5), et la diffusion et distribution de l’oeuvre finale (catégorie 9). Selon les données publiées par Ecoprod [2], une heure de contenu audiovisuel émet en moyenne 16 tonnes de CO2e, et le transport représente le premier poste d’émissions (27,5 %), suivi par les achats de biens (25 %).
Ces deux postes sont précisément des catégories de scope 3 : le transport des équipes et du matériel (catégories 4 et 6) et les achats de biens et services (catégorie 1). Maîtriser le GES 3 d’une production audiovisuelle revient donc en grande partie à optimiser la logistique et à sélectionner des fournisseurs à plus faible empreinte. Le calculateur Carbon’Clap d’Ecoprod, homologué par le CNC, permet de mesurer ces émissions selon la méthodologie GHG Protocol [3].
Dans l’événementiel
Pour les événements (festivals, concerts, événements corporate), le scope 3 intègre des postes spécifiques : la mobilité du public, les prestataires de sonorisation et d’éclairage (catégorie 1), l’alimentation électrique sur site via groupes électrogènes (catégorie 3), et la gestion des déchets générés (catégorie 5). Un dispositif de transport mutualisé de décors par fret ferroviaire, expérimenté en Île-de-France, a permis d’éviter 50 000 km de route et d’économiser 19 tCO2e sur une saison, illustrant l’impact concret d’une optimisation des catégories logistiques du scope 3.
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Conclusion
Les émissions de GES 3 représentent pour la plupart des organisations la part dominante de leur bilan carbone et, par conséquent, le levier d’action climatique le plus stratégique. Comprendre leur périmètre, maîtriser leurs 15 catégories et savoir les mesurer correctement est devenu une compétence essentielle, aussi bien pour répondre aux obligations réglementaires (CSRD, reporting ESRS) que pour piloter une stratégie de décarbonation crédible. Dans le secteur audiovisuel et événementiel, où le scope 3 est particulièrement prégnant, les outils sectoriels comme Carbon’Clap et les plateformes intégrées de suivi carbone permettent de structurer cette démarche avec précision. À mesure que les standards internationaux continuent d’évoluer, les entreprises qui auront investi tôt dans la maîtrise de leur scope 3 seront les mieux positionnées pour démontrer leur performance climatique.
FAQ
Quelle est la différence entre scope 1, scope 2 et GES 3 ?
Le scope 3 est-il obligatoire dans le bilan carbone ?
Comment calculer les émissions de GES 3 d’une entreprise ?
Quelles sont les catégories de scope 3 les plus importantes pour une entreprise ?
Le GES 3 est-il pris en compte dans le reporting CSRD ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
La maîtrise du scope 3 commence par une collecte de données structurée et fiable. GreenPro, la plateforme de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte pour les productions audiovisuelles et les événements : scan de factures par OCR, tableaux de bord temps réel, et bilans conformes aux standards GHG Protocol, Albert et CSRD. Les équipes n’ont pas besoin de saisir manuellement les données fournisseurs : GreenPro centralise et calcule automatiquement les émissions par poste, y compris les catégories de scope 3 les plus complexes. Une approche pensée pour les contraintes opérationnelles du terrain, qui permet de passer du suivi ponctuel au pilotage carbone continu.
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