Le bilan carbone scopes 1, 2 et 3 est devenu le standard de référence pour mesurer l’empreinte climatique d’une organisation de façon exhaustive et comparable. Fondé sur le GHG Protocol, référentiel international développé par le World Resources Institute et le World Business Council for Sustainable Development, ce découpage en trois niveaux d’émissions permet d’identifier précisément l’origine de chaque tonne de CO2 équivalent produite, depuis les sources directement contrôlées jusqu’aux émissions de toute la chaîne de valeur [1]. Cet article présente la méthode GHG Protocol, les trois scopes d’émissions, leurs enjeux de mesure respectifs et leur application concrète dans le secteur audiovisuel et événementiel.
Le GHG Protocol : le standard mondial du bilan carbone scopes 1, 2 et 3
Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est le standard international de référence pour la comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Développé conjointement par le World Resources Institute (WRI) et le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), il définit les méthodologies pour mesurer, déclarer et vérifier les émissions d’une organisation selon trois scopes distincts. La méthode Bilan Carbone® de l’ADEME, référence française, s’appuie directement sur les principes du GHG Protocol. Pour aller plus loin sur ce standard, TheGreenshot propose un guide complet du GHG Protocol.
Le GHG Protocol couvre sept gaz à effet de serre : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbures (PFC), l’hexafluorure de soufre (SF6) et le trifluorure d’azote (NF3). Toutes les émissions sont exprimées en tonnes d’équivalent CO2 (tCO2e), une unité commune permettant les comparaisons entre organisations, secteurs et années.
Le GHG Protocol est actuellement en cours de révision. Une consultation publique sur le standard Scope 2, tenue fin 2025 et début 2026, vise à améliorer la précision du reporting électrique avec l’introduction d’une correspondance horaire (hourly matching) et des contraintes régionales et temporelles pour l’utilisation des certificats d’énergie renouvelable [2]. En France, la méthode Bilan Carbone® V9, entrée en application au 1er janvier 2025, introduit trois niveaux de maturité (Initial, Standard, Avancé) et un passage de 5 à 7 étapes méthodologiques [3].
Pour un guide complet sur les scopes d’émissions, TheGreenshot propose également un guide des scopes 1, 2 et 3 et un article dédié au calcul du bilan carbone.
Scope 1 : les émissions directes de l’organisation
Le scope 1 regroupe l’ensemble des émissions directes issues de sources appartenant à l’organisation ou directement contrôlées par elle. Ces émissions proviennent de la combustion de carburants dans les chaudières, les fours et les turbines propres à l’organisation, de la flotte de véhicules d’entreprise, des procédés industriels générant des émissions de GES (chimie, ciment, sidérurgie, etc.) et des émissions fugitives (fuites de réfrigérants, de méthane, etc.) [2].
Le scope 1 est généralement le plus simple à mesurer car il porte sur des sources maîtrisées directement par l’organisation. Il représente toutefois une part variable selon les secteurs : très significatif dans l’industrie lourde ou le transport, il est souvent limité dans les activités de service, de création ou de prestation intellectuelle. Pour une organisation tertiaire type, le scope 1 se concentre principalement sur la flotte de véhicules d’entreprise et le chauffage des locaux.
Les facteurs d’émission utilisés pour convertir les consommations en tCO2e sont issus de la base ADEME (Base Empreinte®), mise à jour régulièrement. Cette base est la référence officielle en France pour les bilans carbone réglementaires.
Scope 2 : les émissions indirectes liées à l’énergie
Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à la consommation d’énergie achetée par l’organisation : électricité, chaleur, froid et vapeur. Ces émissions ne sont pas directement produites par l’organisation, mais résultent de la génération d’énergie par des tiers pour son compte [1].
Le GHG Protocol propose deux méthodes de calcul du scope 2 :
- Market-based : les émissions sont calculées à partir des contrats d’approvisionnement en énergie et des garanties d’origine (certificats d’énergie renouvelable). Cette méthode permet de valoriser les achats d’énergie verte.
- Location-based : les émissions sont calculées à partir du facteur d’émission moyen du réseau électrique national. En France, ce facteur est parmi les plus bas d’Europe grâce à la part importante du nucléaire dans le mix électrique.
La révision en cours du GHG Protocol Scope 2 vise à introduire une troisième approche, l’hourly matching, qui calcule les émissions heure par heure en corrélant la consommation d’électricité avec la production renouvelable disponible sur le réseau au même moment. Cette méthode offre une vision plus précise de la décarbonation réelle des consommations électriques [2].
Scope 3 : les émissions de la chaîne de valeur
Le scope 3 regroupe toutes les émissions indirectes qui surviennent en dehors des frontières opérationnelles de l’organisation, tout au long de sa chaîne de valeur. Il représente généralement entre 70 et 90 % des émissions totales d’une organisation [4].
Le GHG Protocol divise le scope 3 en 15 catégories, réparties entre émissions en amont et en aval :
- Amont : achats de biens et services, immobilisations, déchets générés, déplacements professionnels (avion, train, voiture de location), transport et distribution des approvisionnements, activités liées aux carburants et à l’énergie, franchise en amont.
- Aval : transport et distribution des produits vendus, transformation des produits vendus, utilisation des produits vendus, fin de vie des produits vendus, investissements, franchise en aval, déplacements domicile-travail des salariés.
La mesure du scope 3 est structurellement la plus complexe car elle requiert la collecte de données auprès de tiers : fournisseurs, prestataires, transporteurs, clients. Pour les entreprises soumises à la Déclaration de Performance Extra-Financière (DPEF), le scope 3 est obligatoire, avec des pénalités pouvant atteindre 50 000 euros, voire 100 000 euros en cas de récidive [3]. TheGreenshot propose un article dédié sur comment intégrer le scope 3 dans son bilan carbone.
Bilan carbone scopes 1, 2 et 3 dans le secteur audiovisuel et événementiel
Le secteur audiovisuel et événementiel présente une structure d’émissions particulière, dominée par le scope 3 et notamment par les postes de mobilité et de logistique. Comprendre la répartition des émissions par scope est indispensable pour définir des plans de réduction efficaces.
L’empreinte carbone de l’audiovisuel français
Selon une étude sectorielle, l’empreinte carbone scopes 1 et 2 du secteur audiovisuel en France s’élèverait à 314 825 tonnes de CO2 équivalent par an, tandis que l’empreinte complète scopes 1, 2 et 3 dépasse les 10 millions de tonnes de CO2 équivalent par an [5]. Cet écart illustre le poids considérable du scope 3 dans ce secteur. Selon Ecoprod, la logistique globale (déplacements des équipes, acheminement du matériel lourd et hébergement) représente souvent plus de la moitié des émissions totales de gaz à effet de serre d’un film [6].
TheGreenshot a décrypté en détail les scopes d’émission d’une production audiovisuelle, avec une analyse des principaux postes scope 3 : transport de matériel, déplacements d’équipes, nuitées, alimentation électrique des plateaux et chaîne de post-production.
Obligations CNC et outils certifiés
Toutes les nouvelles demandes d’aide à la production du CNC pour les oeuvres en prise de vue réelle sont désormais conditionnées à la remise d’un bilan carbone prévisionnel et d’un bilan définitif [7]. Plusieurs outils sont homologués par le CNC : Carbon’Clap et SeCO2 pour les oeuvres en prise de vue réelle, Carbulator pour les oeuvres d’animation. Ces outils calculent l’empreinte carbone d’une production selon les scopes 1, 2 et 3 spécifiques au secteur.
La Prime RSE+, entrée en vigueur récemment pour une durée de trois ans, offre une aide forfaitaire de 28 000 euros aux oeuvres de fiction adoptant des pratiques professionnelles responsables [8].
Événements : scopes et postes prioritaires
Pour un événement (festival, concert, salon, événement corporate), les émissions scope 3 dominent largement : mobilité du public (souvent plus de 60 % des émissions totales), alimentation et restauration, logistique du matériel de scène et hébergement des équipes. Les scopes 1 et 2 couvrent principalement la consommation électrique temporaire sur site et les déplacements des équipes organisatrices. Une analyse par scope permet de cibler les actions de réduction sur les postes les plus impactants.
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Conclusion
Le bilan carbone scopes 1, 2 et 3 selon la méthode GHG Protocol est aujourd’hui le cadre de référence incontournable pour mesurer l’empreinte climatique complète d’une organisation. Si le scope 1 couvre les émissions les plus directes et les plus maîtrisables, c’est le scope 3 qui représente la majeure partie des émissions et offre les plus grands leviers de réduction, notamment dans des secteurs comme l’audiovisuel et l’événementiel où la mobilité et les achats dominent le bilan.
Les évolutions en cours, comme la révision du GHG Protocol Scope 2 et la mise à jour de la méthode Bilan Carbone® V9, témoignent d’un effort continu de précision et d’adaptation aux réalités du mix énergétique et des chaînes de valeur globalisées. Pour les entreprises soumises à la CSRD ou aux obligations DPEF, la maîtrise des bilan carbone scopes 1, 2 et 3 est désormais une exigence réglementaire autant qu’un outil de pilotage stratégique de la transition climatique.
FAQ
Quelle est la différence entre les scopes 1, 2 et 3 d’un bilan carbone ?
Le scope 3 est-il obligatoire dans le bilan carbone ?
Qu’est-ce que le GHG Protocol ?
Comment réaliser un bilan carbone scopes 1, 2 et 3 ?
Quels sont les outils de bilan carbone pour le secteur audiovisuel ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Mesurer son bilan carbone scopes 1, 2 et 3 dans le secteur audiovisuel et événementiel impose de collecter des données sur des périmètres complexes : déplacements d’équipes, consommation énergétique des studios et des scènes, achats de décors et de costumes, prestataires techniques et logistique de matériel. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte grâce à la numérisation OCR des factures, des tableaux de bord temps réel et des insights IA sur les postes d’émission prioritaires. Les bilans générés sont conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. Découvrir GreenPro.
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