Le numérique représente environ 2,5 % de l’empreinte carbone de la France, soit près de 17,2 millions de tonnes de CO2e, et cette empreinte pourrait tripler à l’horizon des prochaines décennies sans action correctrice [2]. Face à cette trajectoire, l’éco-conception numérique s’impose comme un levier structurant pour les entreprises. Elle consiste à concevoir des services numériques (sites, applications, logiciels) qui consomment moins de ressources tout en restant performants. Ce guide pratique présente ce que recouvre l’éco-conception numérique, le cadre de référence qui l’encadre en France et les étapes concrètes pour engager une démarche au sein d’une organisation.
Éco-conception numérique : définition et enjeux
L’éco-conception numérique désigne l’ensemble des pratiques visant à réduire l’empreinte environnementale d’un service numérique tout au long de son cycle de vie, de sa conception à son exploitation. L’objectif est double : diminuer la consommation de ressources informatiques et énergétiques, et limiter la contribution à l’obsolescence des équipements [4].
Le principal enjeu réside dans la fabrication des terminaux. L’étude ADEME-Arcep attribue près de 78 % des émissions de gaz à effet de serre du numérique français à la production des équipements utilisateurs, une étape gourmande en métaux et souvent réalisée dans des pays au mix électrique carboné [2]. Un service lourd, qui exige des appareils puissants et pousse au renouvellement anticipé, aggrave donc indirectement cette empreinte. À l’inverse, un service sobre reste utilisable sur des terminaux anciens et allonge leur durée de vie.
L’éco-conception numérique s’inscrit ainsi dans une logique de sobriété qui dépasse la seule optimisation technique. Elle rejoint les problématiques d’empreinte carbone des réseaux et infrastructures et de pollution des data centers, deux postes que la conception des services influence directement.
Le RGESN, cadre de référence pour les entreprises
En France, l’éco-conception numérique dispose d’un référentiel dédié : le Référentiel général d’écoconception de services numériques (RGESN). Copiloté par la Direction interministérielle du numérique, le Ministère de la Transition écologique, l’ADEME et l’Institut du Numérique Responsable, il propose un cadre méthodologique commun et vérifiable [1].
Le référentiel s’organise autour de 78 critères formulés sous forme de questions, chacun vérifiable, générique et intemporel. Ces critères couvrent l’ensemble du cycle de vie d’un service : stratégie, spécifications, architecture, conception graphique (UX/UI), contenus, hébergement et algorithmes. Enrichi dans sa deuxième version, le RGESN s’adresse à tous les métiers du numérique souhaitant réduire l’empreinte de leurs sites web, applications, API, logiciels ou services d’intelligence artificielle [3].
| Domaine du RGESN | Exemple de bonne pratique | Bénéfice environnemental |
|---|---|---|
| Stratégie | Définir des objectifs de réduction d’impact mesurables | Ancre la sobriété dès le cadrage du projet |
| Spécifications | Garantir la compatibilité avec des terminaux anciens | Allonge la durée de vie des équipements |
| Architecture | Limiter les requêtes et le poids des données transférées | Réduit la charge réseau et serveur |
| Conception (UX/UI) | Simplifier les parcours et éviter les fonctions inutiles | Diminue la consommation de ressources |
| Contenus | Compresser les images et vidéos, limiter l’autoplay | Réduit le volume de données |
| Hébergement | Choisir un hébergeur au mix énergétique bas carbone | Baisse les émissions d’exploitation |
Mettre en œuvre une démarche d’éco-conception numérique
Engager une démarche d’éco-conception numérique suppose une approche progressive et outillée. Plusieurs étapes structurent le déploiement au sein d’une entreprise.
Mesurer avant d’agir
La première étape consiste à établir un état des lieux de l’empreinte des services existants : poids des pages, nombre de requêtes, consommation énergétique estimée, compatibilité avec les terminaux anciens. Cette mesure fournit une base de référence et permet de prioriser les actions. Elle s’articule naturellement avec un bilan carbone selon le GHG Protocol, où le numérique relève souvent du scope 3.
Appliquer les critères et prioriser
À partir des 78 critères du RGESN, l’entreprise sélectionne les leviers les plus pertinents au regard de son état des lieux. Les gains rapides concernent souvent les contenus (compression des médias, suppression de l’autoplay) et l’architecture (réduction des requêtes). Les chantiers plus structurants portent sur la stratégie et les spécifications, en intégrant la sobriété dès le cahier des charges des nouveaux projets.
Documenter et améliorer en continu
Le RGESN prévoit une déclaration d’écoconception, qui formalise les critères respectés et ceux restant à traiter. Cette démarche s’inscrit dans une amélioration continue, où chaque nouvelle version du service intègre des exigences de sobriété renforcées. Les facteurs d’émission de la Base Empreinte de l’ADEME permettent de convertir ces optimisations en gains carbone chiffrés.
Éco-conception numérique dans l’audiovisuel et l’événementiel
Le secteur audiovisuel et événementiel produit et diffuse des contenus numériques particulièrement lourds : vidéos haute définition, plateformes de diffusion, sites d’événements riches en médias. L’éco-conception numérique y trouve un terrain d’application concret, où les gains peuvent être significatifs.
Sites et plateformes de production
Les sites de productions, les portails de diffusion et les plateformes de partage de rushes concentrent des volumes de données élevés. Compresser les médias, proposer des résolutions adaptées, limiter la lecture automatique et alléger les pages réduit directement la charge réseau et serveur. Ces principes prolongent la démarche d’éco-production audiovisuelle sur le volet numérique, souvent négligé au profit des postes plus visibles comme les transports ou l’énergie de plateau.
Événements et diffusion en ligne
Pour un événement retransmis en direct, l’éco-conception s’applique à la billetterie en ligne, au site dédié et au dispositif de diffusion. Dimensionner la qualité de streaming au format réellement consommé et concevoir un site léger, utilisable sur des terminaux modestes, évite de surcharger l’infrastructure lors des pics de fréquentation. Deux pratiques ressortent : privilégier des formats d’image optimisés et éviter les animations coûteuses en ressources sur les pages à fort trafic.
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Conclusion
L’éco-conception numérique offre aux entreprises un levier concret pour réduire une empreinte appelée à croître fortement si rien n’est fait. En s’appuyant sur le RGESN et ses 78 critères, les organisations disposent d’un cadre clair pour concevoir des services plus sobres, prolonger la durée de vie des terminaux et documenter leurs progrès. Pour l’audiovisuel et l’événementiel, l’éco-conception numérique complète les démarches d’éco-production sur un poste souvent sous-estimé. À mesure que la réglementation sur l’empreinte environnementale du numérique se renforce, intégrer l’éco-conception numérique dès la conception des services devient un avantage de conformité autant qu’un choix responsable.
FAQ
Qu’est-ce que l’éco-conception numérique ?
Qu’est-ce que le RGESN et à qui s’adresse-t-il ?
Pourquoi l’éco-conception numérique est-elle importante pour les entreprises ?
Comment démarrer une démarche d’éco-conception numérique ?
L’éco-conception numérique concerne-t-elle le secteur audiovisuel ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
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