- L’empreinte carbone du numérique : état des lieux
- Réseaux et infrastructures : quelles émissions spécifiques ?
- Comment mesurer l’empreinte carbone de ses réseaux et infra IT ?
- Réduire l’impact carbone : les principaux leviers d’action
- Cadre réglementaire : obligations et reporting numérique responsable
- Impact numérique dans l’audiovisuel et l’événementiel
- Conclusion
- FAQ
Le numérique représente désormais 4,4 % de l’empreinte carbone nationale et génère environ 29,5 millions de tonnes équivalent CO₂ par an en France [1]. Loin de se réduire, cette empreinte croît sous l’effet de la multiplication des équipements connectés, de l’essor des usages cloud et de la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Mesurer et piloter l’impact carbone de ses réseaux et infrastructures informatiques constitue désormais un enjeu stratégique pour les entreprises — qu’il s’agisse de répondre à des obligations réglementaires, d’optimiser les coûts énergétiques ou d’intégrer la transition numérique dans une démarche RSE cohérente. Cet article présente les méthodes de quantification disponibles, la répartition des émissions entre équipements, réseaux et centres de données, ainsi que les leviers d’action les plus efficaces pour réduire l’empreinte carbone du numérique en entreprise.
L’empreinte carbone du numérique : état des lieux
L’étude actualisée ADEME-Arcep publiée début 2025 dresse un bilan précis de l’impact environnemental du numérique en France. Avec 4,4 % de l’empreinte carbone nationale, le secteur émet l’équivalent de ce que génère le trafic aérien mondial [2]. La consommation électrique du numérique atteint environ 11 % de la consommation nationale, soit près de 65 TWh par an en intégrant les centres de données localisés à l’étranger mais utilisés par des utilisateurs français.
La répartition de l’empreinte carbone entre les trois grands composants du numérique fait l’objet d’une révision significative dans les dernières données :
- Équipements des utilisateurs (terminaux, smartphones, ordinateurs, écrans) : 79 % de l’empreinte carbone, principalement due à la fabrication et à l’extraction des matières premières.
- Centres de données : leur part a fortement progressé pour atteindre 46 % selon l’extension du périmètre intégrant les data centers étrangers, en raison de la croissance des usages cloud et IA [3].
- Réseaux de télécommunication (fixes et mobiles) : 5 % de l’empreinte carbone numérique nationale.
Ces chiffres révèlent une donnée souvent contre-intuitive : l’essentiel de l’impact carbone du numérique ne réside pas dans l’utilisation quotidienne des services, mais dans la fabrication des équipements et dans l’alimentation des infrastructures hébergeant les données.
Réseaux et infrastructures : quelles émissions spécifiques ?
Les infrastructures réseau — routeurs, commutateurs, équipements de transmission, câbles sous-marins, antennes mobiles — génèrent des émissions liées à leur fabrication, à leur installation et à leur consommation énergétique continue. Sur le plan opérationnel, les réseaux mobiles de nouvelle génération (5G) consomment davantage d’énergie au niveau des stations de base que leurs prédécesseurs, même si leur efficience par octet transmis est nettement supérieure.
Les centres de données constituent le segment à la croissance la plus rapide. L’Agence Internationale de l’Énergie anticipe une multiplication par dix de la consommation électrique liée à l’IA entre 2023 et 2026, et la consommation mondiale des data centers pourrait atteindre 1 000 TWh d’ici à cette même échéance [4]. Le refroidissement des salles représente à lui seul jusqu’à 40 % de la consommation énergétique totale d’un data center, ce qui en fait un levier d’optimisation prioritaire.
Au niveau des entreprises, les principales sources d’émissions liées aux réseaux et infrastructures IT incluent : la consommation électrique des serveurs on-premise, les équipements réseau actifs (routeurs, switch, bornes Wi-Fi), les téléphones fixes et mobiles professionnels, et la part des services cloud et SaaS utilisés — dont l’empreinte relève généralement du Scope 3 au sens du GHG Protocol [5].
Comment mesurer l’empreinte carbone de ses réseaux et infra IT ?
La détection et la quantification des émissions liées aux réseaux et infrastructures numériques reposent sur plusieurs approches complémentaires. Le choix de la méthode dépend du périmètre analysé, de la précision souhaitée et des ressources disponibles.
L’analyse du cycle de vie (ACV)
L’analyse du cycle de vie est la méthode la plus complète : elle quantifie les émissions sur l’ensemble du cycle — extraction des matières premières, fabrication, transport, phase d’usage et fin de vie. Elle est recommandée pour les équipements dont la phase de fabrication domine l’empreinte (terminaux, serveurs). La Base Empreinte de l’ADEME [6] fournit des facteurs d’émission de référence pour les principaux équipements et services numériques.
La mesure de la consommation énergétique
Pour la phase d’utilisation, la méthode la plus directe consiste à mesurer la consommation électrique réelle des équipements (en kWh), puis à la convertir en CO₂ en appliquant le facteur d’émission du mix électrique du pays (pour la France : environ 40 à 56 g CO₂/kWh selon les années). Des outils de monitoring réseau et de comptage électrique permettent de collecter ces données en temps réel à l’échelle du parc informatique.
Les référentiels et outils spécialisés
Plusieurs référentiels structurent la mesure de l’impact environnemental du numérique en entreprise. L’initiative NegaOctet, portée par GreenIT.fr, propose un référentiel d’évaluation multicritère pour les services numériques. Le Bilan Carbone® de l’ADEME intègre un module numérique permettant d’agréger les données de parc, de consommation et d’usage cloud. Ces approches standardisées permettent d’obtenir des résultats comparables et auditables, compatibles avec les obligations de reporting CSRD pour les entreprises concernées.
Réduire l’impact carbone : les principaux leviers d’action
Plusieurs leviers permettent de réduire significativement l’empreinte carbone des réseaux et infrastructures IT d’une organisation.
Prolonger la durée de vie des équipements
La fabrication représente l’essentiel de l’empreinte carbone des équipements numériques. Prolonger la durée de vie du parc informatique de seulement deux ans peut réduire son empreinte carbone d’environ 40 % [7]. Le recours aux équipements reconditionnés constitue également un levier majeur, à condition de s’assurer de leur niveau de performance et de fiabilité.
Optimiser les infrastructures et réduire la surcapacité
La virtualisation des serveurs et la consolidation des infrastructures permettent de réduire le nombre de machines physiques en fonctionnement. Un taux d’utilisation des serveurs optimal (généralement supérieur à 70-80 %) limite la consommation à vide. Dans les data centers, les techniques de refroidissement à faible énergie (free cooling, couloirs froids, immersion thermique) peuvent réduire la part liée au refroidissement de 30 à 50 %.
Choisir des hébergeurs et opérateurs cloud engagés
Le choix du prestataire cloud ou d’hébergement influence directement l’empreinte carbone de la consommation numérique d’une organisation. Des indicateurs comme le PUE (Power Usage Effectiveness) ou le CUE (Carbon Usage Effectiveness) permettent d’évaluer l’efficience énergétique d’un data center. Certains opérateurs publient leurs données d’empreinte carbone par service, facilitant l’intégration dans les bilans GHG et les reportings CSRD.
Réduire les usages superflus et sensibiliser les équipes
L’éco-conception des services numériques (sites web, applications, emails) réduit les transferts de données et la sollicitation des serveurs. Des pratiques simples — extinction des équipements en veille, limitation du stockage de données obsolètes, réduction des pièces jointes volumineuses — contribuent à diminuer la consommation quotidienne. Selon une étude de Capgemini, 67 % des dirigeants affirment que l’adoption de pratiques Green IT améliore leur efficacité opérationnelle tout en réduisant les coûts [8].
Cadre réglementaire : obligations et reporting numérique responsable
En France, la loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique) pose un cadre législatif progressif pour le numérique responsable. Elle impose notamment aux grandes entreprises et aux acteurs publics de mesurer et de réduire leur empreinte numérique, avec des obligations de transparence sur la consommation énergétique de leurs systèmes d’information.
Au niveau européen, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) intègre les émissions liées au numérique dans les reportings de durabilité des entreprises concernées. Les émissions des services cloud et des équipements IT relèvent du Scope 3 (catégorie « achats de biens et services » et « biens d’équipement »), dont la mesure est désormais attendue dans les rapports de durabilité [9]. Les entreprises ayant mis en place des systèmes de collecte automatisée des données de consommation IT disposent d’un avantage significatif pour produire des rapports conformes et auditables.
Impact numérique dans l’audiovisuel et l’événementiel : spécificités et bonnes pratiques
Le secteur audiovisuel et événementiel présente une dépendance forte aux infrastructures numériques, qui se traduit par une empreinte carbone numérique souvent sous-estimée dans les bilans de production et d’événements.
Pour les productions audiovisuelles
Sur un tournage, les postes numériques générant des émissions significatives sont multiples : serveurs de rushes et de stockage (souvent allumés en continu pendant toute la durée du tournage), réseaux de communication inter-équipes, équipements de post-production (stations de montage, serveuses de rendu), et accès aux plateformes cloud pour la collaboration et la livraison des masters. La post-production représente un poste particulièrement consommateur, avec des rendus vidéo pouvant mobiliser des dizaines de serveurs pendant plusieurs jours. Des productions documentées ont mesuré que les équipements IT et numériques représentent entre 5 et 15 % de l’empreinte carbone totale d’un tournage, selon le type de production et le recours aux effets visuels. Intégrer ces postes dans le bilan carbone dès la phase de pré-production permet d’identifier les leviers d’optimisation — choix d’un prestataire cloud bas-carbone, mutualisation des serveurs de stockage, allongement de la durée de vie des équipements de post-production.
Pour les événements et le spectacle vivant
Les événements corporates, festivals et concerts mobilisent des infrastructures numériques importantes : systèmes de gestion lumière et son (consoles DMX, racks de traitement), réseaux Wi-Fi et fibre temporaires, écrans LED haute résolution, et plateformes de streaming pour les événements hybrides ou retransmis. Le streaming vidéo en particulier représente un poste d’émissions en forte croissance : diffuser un événement en haute définition vers plusieurs milliers de spectateurs génère une consommation de bande passante et une sollicitation de data centers significatives. Mesurer et compenser ces émissions numériques s’inscrit dans la même logique que la gestion carbone de la logistique ou de l’alimentation électrique sur site.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données environnementales pour les productions et événements — y compris les postes numériques (IT, cloud, streaming) — avec des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol. En savoir plus sur GreenPro
Conclusion
L’empreinte carbone du numérique est un enjeu de plus en plus central pour les organisations, alimenté par la croissance des usages cloud, de l’IA et des services en ligne. La répartition entre équipements, réseaux et centres de données évolue rapidement, avec une part croissante imputable aux data centers à mesure que les usages intensifs se développent. Mesurer cet impact — par des méthodes d’analyse du cycle de vie, de monitoring énergétique ou de calcul selon le GHG Protocol — constitue la première étape vers une stratégie de réduction efficace. Les leviers d’action sont nombreux et souvent économiquement rentables : prolongation de la durée de vie des équipements, optimisation des taux d’utilisation des serveurs, choix d’hébergeurs engagés, et éco-conception des services. À mesure que les obligations réglementaires (loi REEN, CSRD) se précisent, les entreprises et les organisations audiovisuelles et événementielles qui auront structuré leur mesure et leur pilotage de l’empreinte numérique disposeront d’un avantage décisif pour répondre aux attentes de leurs parties prenantes.
Quelle est la part du numérique dans l’empreinte carbone nationale en France ?
Comment mesurer l’empreinte carbone de son infrastructure réseau en entreprise ?
Quel est le levier le plus efficace pour réduire l’empreinte carbone numérique ?
Les données centres (data centers) représentent-ils la majorité des émissions numériques ?
Le streaming vidéo et les événements hybrides ont-ils une empreinte carbone significative ?
Mesurer l’empreinte numérique d’une production ou d’un événement nécessite de collecter des données précises sur les consommations IT, les services cloud et les équipements utilisés. GreenPro, développé par TheGreenshot pour les secteurs audiovisuel et événementiel, centralise automatiquement ces données à partir des factures et des relevés de consommation, sans saisie manuelle. La plateforme calcule les émissions de Scope 1, 2 et 3 — y compris les postes numériques — et génère des bilans conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol. Les équipes de production disposent ainsi d’un tableau de bord complet pour piloter leur impact et identifier les postes à optimiser en priorité. Une démonstration personnalisée permet de découvrir comment GreenPro s’adapte aux spécificités d’une organisation.
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.





