Les trajets domicile-travail pèsent lourd dans l’empreinte carbone des entreprises, et la voiture individuelle y reste largement majoritaire. Le forfait mobilité durable offre aux employeurs un levier concret pour inverser cette tendance : il permet de prendre en charge, de manière facultative et défiscalisée, les frais de déplacement des salariés qui se rendent au travail à vélo, en covoiturage ou via d’autres modes alternatifs [1]. Ce guide détaille le cadre légal, les modes éligibles, les plafonds d’exonération et les étapes de mise en place, avec un éclairage spécifique pour les productions audiovisuelles et les organisateurs d’événements.
Forfait mobilité durable : définition et cadre légal
Le forfait mobilité durable est un dispositif qui autorise les employeurs du secteur privé à participer aux frais de déplacement domicile-travail effectués par leurs salariés avec des modes alternatifs à la voiture thermique individuelle [1]. Issu de la loi d’orientation des mobilités, il a remplacé les anciennes indemnités kilométriques vélo en élargissant fortement le périmètre des transports concernés.
Le caractère facultatif du dispositif constitue son trait principal : aucune entreprise n’est tenue de le verser. En revanche, dès lors qu’un employeur décide de l’instaurer, l’ensemble des salariés remplissant les conditions doit pouvoir en bénéficier, sans discrimination [2]. Le forfait s’adresse aux salariés en contrat de travail, mais aussi, selon les modalités retenues, aux stagiaires et aux agents en télétravail partiel dont les jours de présence justifient un déplacement.
Le sujet de la mobilité domicile-travail fait désormais partie des thèmes obligatoires des négociations annuelles dans les structures de plus de cinquante salariés [2]. Même sans obligation de résultat, l’employeur doit donc aborder la question avec les représentants du personnel. Pour les entreprises engagées dans une démarche de stratégie environnementale structurée, le forfait s’inscrit naturellement dans une politique de réduction des émissions liées aux trajets.
Les modes de déplacement éligibles
Le périmètre du forfait mobilité durable couvre une large gamme de transports propres. Sont éligibles les véhicules à énergie musculaire ou électrique, le covoiturage et les services de mobilité partagée [3]. Concrètement, cela recouvre plusieurs familles de déplacements.
Le vélo, qu’il soit mécanique ou à assistance électrique, figure au premier rang des modes pris en charge. Le covoiturage est reconnu, que le salarié soit conducteur ou passager. Les engins de déplacement personnel comme les trottinettes électriques, les monoroues ou les gyropodes entrent également dans le champ, en propriété, en location ou en libre-service [3]. Les abonnements aux services de location de vélos et l’autopartage de véhicules à faibles émissions complètent la liste.
La question des justificatifs revient fréquemment. Pour un vélo personnel, une attestation sur l’honneur du salarié déclarant l’usage régulier pour ses trajets suffit le plus souvent, l’employeur pouvant compléter par une facture d’achat ou d’entretien [3]. Pour le covoiturage, l’attestation émise par la plateforme sert de référence ; à défaut, une attestation co-signée entre conducteur et passager est admise. Les justificatifs doivent être conservés au moins trois ans en cas de contrôle.
| Mode de déplacement | Éligibilité | Justificatif type |
|---|---|---|
| Vélo mécanique ou électrique | Oui | Attestation sur l’honneur |
| Covoiturage (conducteur ou passager) | Oui | Attestation de plateforme |
| Trottinette, monoroue, gyropode | Oui | Historique de trajets ou facture de location |
| Services de mobilité partagée | Oui | Justificatif d’abonnement |
| Voiture thermique individuelle | Non | Hors dispositif |
Plafonds d’exonération et avantages pour l’employeur
L’attrait financier du forfait mobilité durable repose sur son régime social et fiscal avantageux. Lorsque le forfait constitue le seul dispositif de mobilité versé, le plafond d’exonération de cotisations sociales atteint 600 € par an et par salarié [4]. Le montant versé dans cette limite est exclu de l’assiette des cotisations sociales et de l’impôt sur le revenu.
En cas de cumul avec la prise en charge obligatoire de l’abonnement aux transports en commun ou à un service public de location de vélos, le plafond d’exonération grimpe à 900 € par an et par salarié [4]. Ce cumul permet aux employeurs de combiner soutien aux transports collectifs et encouragement des modes actifs, sans perdre le bénéfice de la défiscalisation.
Au-delà de l’économie de charges, le forfait représente un argument d’attractivité et de fidélisation. Il valorise une politique de ressources humaines responsable, améliore le pouvoir d’achat des salariés sans alourdir la masse salariale chargée, et contribue directement aux objectifs de réduction de l’empreinte carbone de l’entreprise. Le forfait peut être versé directement sur le bulletin de paie ou sous forme de titres-mobilité dédiés [5].
Mettre en place le forfait dans l’entreprise
La mise en place du forfait mobilité durable suit deux voies juridiques. La première passe par un accord d’entreprise, inter-entreprise ou de branche, négocié avec les organisations syndicales [6]. La seconde, à défaut d’accord, repose sur une décision unilatérale de l’employeur prise après consultation du comité social et économique lorsqu’il existe.
Le contenu de l’accord ou de la décision fixe les paramètres opérationnels : montant alloué, modes couverts, modalités de preuve et calendrier de versement. Chaque entreprise détermine librement le montant maximal dans la limite des plafonds d’exonération, ainsi que la temporalité du remboursement, mensuelle ou annuelle. Une procédure claire de collecte et d’archivage des justificatifs sécurise le dispositif face à un éventuel contrôle.
La réussite du forfait dépend largement de sa communication interne. Un dispositif méconnu reste sous-utilisé. Présenter le forfait lors de l’arrivée des nouveaux salariés, l’intégrer au processus de paie et d’administration RH et rappeler régulièrement ses conditions favorisent l’adhésion. Les entreprises qui suivent leurs indicateurs de mobilité peuvent mesurer l’effet du forfait sur la répartition modale et sur les émissions évitées.
Le forfait mobilité durable dans l’audiovisuel et l’événementiel
Dans le secteur de l’audiovisuel et de l’événementiel, la mobilité des équipes constitue un poste d’émissions majeur. Les déplacements domicile-plateau, les trajets entre lieux de tournage et l’acheminement des équipes relèvent du scope 3, qui concentre l’essentiel de l’empreinte carbone des productions [7]. Agir sur ces trajets représente donc un levier réel de réduction.
Productions et tournages
Sur une production, les équipes techniques et artistiques convergent quotidiennement vers des plateaux souvent situés en zone urbaine dense. Encourager le vélo, le covoiturage entre membres d’un même département ou l’usage des transports partagés pour rejoindre le lieu de tournage réduit la dépendance à la voiture individuelle. Le forfait mobilité durable offre un cadre incitatif simple à articuler avec les feuilles de service et la démarche d’éco-production. Privilégier des lieux accessibles en transports en commun et structurer le covoiturage des techniciens amplifie l’effet du dispositif.
Événements et productions live
Pour les festivals, concerts et événements corporate, la mobilité des équipes de montage, de régie et de prestataires locaux pose les mêmes enjeux. Un forfait mobilité durable, combiné à une logistique pensée autour des sites desservis par les transports collectifs, limite les trajets individuels des intermittents et des prestataires. L’intégration de ce dispositif dans une stratégie globale de mesure carbone permet de quantifier les émissions évitées et d’alimenter le bilan carbone de la production.
Le suivi reste la condition d’une démarche crédible. Sans données fiables sur les modes de déplacement réellement utilisés, l’impact du forfait demeure difficile à valoriser dans un reporting environnemental.
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Conclusion
Le forfait mobilité durable réunit un triple bénéfice : il allège les charges grâce à un régime d’exonération avantageux, il renforce l’attractivité employeur et il agit concrètement sur les émissions liées aux trajets domicile-travail. Sa mise en place reste accessible, par accord ou par décision unilatérale, à condition de soigner la communication interne et le suivi des justificatifs. Pour les acteurs de l’audiovisuel et de l’événementiel, où la mobilité concentre une part importante de l’empreinte carbone, le forfait mobilité durable s’impose comme une brique cohérente d’une stratégie de production responsable, dont l’effet gagne à être mesuré dans un bilan carbone rigoureux.
FAQ
Le forfait mobilité durable est-il obligatoire pour les employeurs ?
Quel est le plafond d’exonération du forfait mobilité durable ?
Quels modes de transport ouvrent droit au forfait ?
Comment justifier l’usage d’un mode éligible ?
Comment mettre en place le forfait dans une entreprise ?
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