Tournage écoresponsable : les bonnes pratiques en production

Le transport aérien représente 40 % des kilomètres parcourus en tournage mais concentre 42,6 % de l'impact carbone des déplacements selon les données Carbon'Clap. Réduire cet impact commence par des choix concrets dès la pré-production.
Tournage écoresponsable : les bonnes pratiques en production

Le transport aérien représente 40 % des kilomètres parcourus lors des tournages français mais concentre 42,6 % de l’impact carbone total des déplacements selon les données Carbon’Clap d’Ecoprod [1]. À l’inverse, le train couvre 27,5 % des distances pour seulement 0,5 % de l’empreinte transport. Ce contraste illustre à quel point un tournage écoresponsable repose d’abord sur des choix de mobilité. Mais les leviers ne s’arrêtent pas là : décors, énergie, alimentation, gestion des déchets constituent autant de postes sur lesquels des actions concrètes peuvent réduire l’empreinte d’une production de 20 à 40 %. Ce guide présente les bonnes pratiques par poste d’émission, les outils de mesure disponibles et le cadre réglementaire en vigueur.

Qu’est-ce qu’un tournage écoresponsable ?

Un tournage écoresponsable est une production audiovisuelle qui intègre des critères environnementaux à chaque étape de son déroulement, de la pré-production au démontage des décors. La démarche repose sur quatre principes fondamentaux :

  • Mesurer : réaliser un bilan carbone prévisionnel avant le tournage et un bilan définitif après, via des outils reconnus (Carbon’Clap, SeCO2).
  • Réduire : mettre en oeuvre des actions concrètes sur les postes les plus émetteurs, en priorité le transport et les achats.
  • Tracer : documenter les actions menées et leurs résultats pour les rendre vérifiables par des tiers (certifications, financeurs, diffuseurs).
  • Sensibiliser : impliquer l’ensemble des équipes dans la démarche, des producteurs aux techniciens de plateau.

La démarche s’applique à toutes les formes de production : films de cinéma, séries télévisées, publicités, documentaires, clips musicaux et captations d’événements. Les outils disponibles permettent d’adapter le niveau de détail de la mesure à la taille et au budget de chaque production. Pour une présentation complète des scopes d’émission spécifiques à la production audiovisuelle, l’article On décortique les scopes d’émission d’une production audiovisuelle offre un cadre de référence précis.

Obligations réglementaires : CNC et bilan carbone

Le cadre réglementaire français impose désormais des obligations précises aux productions souhaitant bénéficier des aides publiques.

L’éco-conditionnalité des aides du CNC

L’article L. 143-3 du code du cinéma et de l’image animée conditionne les aides à la production du CNC pour les oeuvres en prise de vue réelle au dépôt d’un double bilan carbone : un bilan prévisionnel avant le tournage et un bilan définitif après la fin de la production [2]. Cette obligation, issue du Plan Action ! du CNC, transforme le bilan carbone d’un outil volontaire en prérequis contractuel pour l’ensemble du secteur aidé.

La Prime RSE+ du CNC

Au-delà de l’obligation de mesure, le CNC a mis en place la Prime RSE+, une aide forfaitaire de 28 000 euros pour les productions de fiction appliquant les 26 actions obligatoires des niveaux 1 et 2 du référentiel AFNOR SPEC 2308. La conformité doit être certifiée par un organisme tiers indépendant [3]. Ce dispositif incite financièrement les sociétés de production à dépasser la simple mesure et à mettre en oeuvre des pratiques certifiables. L’article Comprendre la Prime RSE+ détaille les critères d’éligibilité et la procédure de demande.

Les obligations de formation professionnelle

La CPNEF Audiovisuel propose depuis quelques années un Certificat de Compétences Professionnelles (CCP) « Déployer une démarche écoresponsable dans sa pratique professionnelle, au sein de la production audiovisuelle et cinéma ». Cette certification professionnelle reconnaît les compétences des référents éco-production et contribue à structurer le métier au sein des équipes de tournage.

Les postes d’émission prioritaires d’un tournage

Les données Carbon’Clap agrégées sur des milliers de productions françaises établissent la hiérarchie suivante des postes d’émission [4] :

Poste Part moyenne Levier principal
Transport 27,5 % Remplacement de l’avion par le train, mutualisation des véhicules
Achats de biens (décors, costumes) 25 % Location, réemploi, matériaux durables
Alimentation 11 % Menus végétariens, circuits courts, zéro emballage
Matériel (immobilisation) 9 % Mutualisation du matériel technique
Énergie 8 % Remplacement des groupes diesel, éclairage LED
Hébergements et autres 19,5 % Hôtels certifiés, limitation des nuitées hors région

La hiérarchie varie selon le type de production. Pour une production cinématographique avec de nombreux décors naturels, le transport peut dépasser 35 à 40 % du total. Pour une publicité audiovisuelle nécessitant des constructions de décors importants, les achats domineront.

Bonnes pratiques : transport et déplacements

Le transport est le premier levier d’action pour tout tournage écoresponsable. Les bonnes pratiques les plus efficaces sont :

Réduire l’avion au strict minimum

Les données Carbon’Clap montrent que 40 % des kilomètres de tournage parcourus en avion génèrent 42,6 % de l’impact carbone total des transports [1]. La substitution systématique de l’avion par le train pour les trajets de moins de 5 heures (règle du référentiel AFNOR SPEC 2308 et du Label Ecoprod) est la mesure à plus fort impact. Pour les tournages internationaux inévitables, regrouper les allers-retours de l’équipe technique permet de limiter le nombre de vols.

Mutualiser les déplacements de l’équipe

La mise en place de navettes collectives entre les hôtels et les lieux de tournage, la constitution de covoiturages organisés et l’utilisation de véhicules électriques ou hybrides pour les déplacements locaux permettent de réduire l’empreinte transport de 20 à 30 % sur certaines productions. Ces mesures nécessitent une coordination renforcée dès la phase de préparation.

Optimiser les repérages et les réunions

Les repérages, qui impliquent souvent de nombreux déplacements de l’équipe de réalisation et de la production, représentent un poste d’émissions sous-estimé. L’utilisation de visites virtuelles, de réunions en visioconférence pour les premières étapes, et la rationalisation des déplacements physiques permettent de réduire l’empreinte de cette phase préparatoire.

Bonnes pratiques : énergie et équipements techniques

L’alimentation électrique des plateaux de tournage extérieurs repose souvent sur des groupes électrogènes diesel, premier poste d’émissions sur la catégorie énergie.

Alternatives aux groupes électrogènes diesel

Plusieurs solutions de remplacement sont disponibles selon la puissance requise : groupes électrogènes fonctionnant à l’HVO (huile végétale hydrotraitée), batteries mobiles haute capacité pour les plateaux à faible consommation, raccordement au réseau électrique local (solution idéale pour les studios permanents et les décors intérieurs dans des bâtiments raccordés). Les groupes électrogènes HVO peuvent réduire les émissions directes de la combustion de 60 à 90 % par rapport au diesel standard.

L’éclairage LED : un standard de fait

Le passage à l’éclairage LED full spectrum représente une réduction de consommation électrique de 50 à 80 % par rapport à l’éclairage tungstène traditionnel, tout en réduisant la chaleur dégagée sur le plateau. Cette transition est désormais largement adoptée par la profession, notamment pour les productions souhaitant obtenir le Label Ecoprod.

Mutualisation du matériel technique

L’immobilisation du matériel (caméras, éclairage, son, véhicules de régie) représente 9 % de l’empreinte moyenne d’une production. La location plutôt que l’achat, et la coordination avec d’autres productions pour partager des équipements sur les mêmes zones géographiques, permettent de diluer cet impact.

Bonnes pratiques : décors, costumes et alimentation

Décors : l’économie circulaire en plateau

Les achats de décors et costumes représentent le deuxième poste d’émission d’une production audiovisuelle (25 % en moyenne). Les leviers de réduction incluent : privilégier la location aux achats de nouveaux matériaux, réutiliser des décors d’autres productions stockés dans des entrepôts spécialisés, concevoir des décors modulaires réutilisables, et organiser le don ou la vente des décors à des associations, des écoles ou des autres productions à la fin du tournage. Certaines productions intègrent désormais un gestionnaire de matériaux circulaires à leur équipe.

Costumes : sobriété et réemploi

La direction des costumes peut adopter des pratiques de réemploi en s’appuyant sur les stocks de costumiers professionnels plutôt qu’en fabriquant ou achetant de nouveaux vêtements, en privilégiant les matières durables et les teintures écologiques pour les nouvelles créations, et en organisant le don des costumes à des associations ou à des étudiants en école de mode après usage.

Catering : manger autrement sur le plateau

L’alimentation représente 11 % de l’empreinte d’une production. Les actions les plus efficaces combinent : augmenter la proportion de repas végétariens ou végétaliens dans les menus, s’approvisionner auprès de producteurs locaux pour réduire l’empreinte du transport alimentaire, éliminer les emballages à usage unique (vaisselle réutilisable ou compostable), et intégrer les pertes alimentaires dans le bilan pour mesurer et réduire le gaspillage. Les productions ayant mis en oeuvre ces mesures rapportent des réductions de l’empreinte alimentation de 30 à 50 % selon leur point de départ.

Application concrète pour les productions et événements

La mise en oeuvre d’un tournage écoresponsable présente des spécificités selon que la production est de fiction ou qu’elle couvre un événement en direct.

Films et séries : organiser la démarche dès la pré-production

Pour les productions de fiction, la désignation d’un référent éco-production en début de pré-production est la première mesure structurante. Ce référent, qui peut être un membre de l’équipe de régie formé à la démarche, pilote la collecte des données de bilan carbone, coordonne les actions avec les différents départements (transport, décoration, costumes, catering) et assure le suivi des indicateurs tout au long de la production. Les productions travaillant avec un outil de suivi automatisé comme GreenPro réduisent significativement la charge administrative du référent, qui peut ainsi se concentrer sur l’animation des équipes plutôt que sur la saisie manuelle des données.

Événements filmés et captations live

Pour les tournages d’événements (concerts, compétitions sportives, cérémonies), les enjeux écoresponsables se superposent à ceux de l’événement lui-même. La captation audiovisuelle en direct mobilise des équipements lourds (cars de régie, systèmes multi-caméras, groupes électrogènes de secours) et des équipes techniques qui se déplacent souvent à l’échelle nationale ou internationale. Deux leviers se distinguent particulièrement : la mutualisation des ressources techniques entre diffuseurs présents au même événement (réduction de l’empreinte matériel de 25 à 40 %) et la substitution des groupes diesel par des solutions d’alimentation alternatives pour les équipements de diffusion. Pour les productions longue durée incluant des tournages d’événements récurrents, le suivi continu de l’empreinte carbone par GreenPro permet d’identifier en temps réel les dérives et de corriger le tir en cours de production.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Adopter les pratiques d’un tournage écoresponsable est aujourd’hui à la fois une obligation réglementaire partielle et une démarche de fond qui touche l’ensemble de la chaîne de valeur audiovisuelle. Les leviers existent, ils sont bien documentés par Ecoprod et le CNC, et leur efficacité est prouvée par les retours d’expérience de centaines de productions. Le transport reste le premier poste à traiter, avec un potentiel de réduction rapide et significatif par la simple substitution de l’avion par le train. Les postes décors, alimentation et énergie offrent des gains importants à moyen terme, avec des effets positifs sur les budgets de production en plus des bénéfices environnementaux. L’extension progressive des obligations CNC à l’ensemble des oeuvres aidées, et l’anticipation des exigences de la directive CSRD pour les groupes audiovisuels, devraient accélérer l’adoption de ces pratiques dans les années à venir.

FAQ

Quelles sont les premières étapes pour rendre un tournage écoresponsable ?

La première étape est de désigner un référent éco-production au sein de l’équipe dès la pré-production. Ensuite, il s’agit de réaliser un bilan carbone prévisionnel via Carbon’Clap ou SeCO2 pour identifier les postes prioritaires, puis de définir un plan d’actions concret sur les postes les plus émetteurs (en priorité le transport). La mise en place d’indicateurs de suivi et la sensibilisation des équipes complètent la démarche initiale.

Combien coûte la mise en place d’une démarche de tournage écoresponsable ?

Les coûts directs d’une démarche éco-production comprennent essentiellement le temps dédié au référent éco-production, l’abonnement aux outils de mesure carbone et, le cas échéant, le coût d’une certification (Label Ecoprod ou référentiel AFNOR). Ces coûts sont souvent compensés par les économies réalisées sur le transport, l’énergie et les achats. La Prime RSE+ du CNC (28 000 euros) permet de financer une partie de la démarche pour les productions éligibles.

Quel outil utiliser pour mesurer l’empreinte carbone d’un tournage ?

En France, Carbon’Clap (développé par Ecoprod) est le calculateur de référence pour les productions cinématographiques, télévisuelles et publicitaires. SeCO2 (développé par Secoya) est le second outil reconnu. Ces deux outils sont acceptés par le CNC pour satisfaire à l’obligation d’éco-conditionnalité. Pour les coproductions internationales, le calculateur Albert (Royaume-Uni) est la référence. Des solutions comme GreenPro permettent d’automatiser la collecte de données pour un suivi en temps réel.

Le bilan carbone d’un tournage est-il obligatoire en France ?

Oui, pour les productions bénéficiant des aides du CNC. L’article L. 143-3 du code du cinéma et de l’image animée conditionne les aides à la production au dépôt d’un bilan carbone prévisionnel avant le tournage et d’un bilan définitif après la fin de la production. Cette obligation concerne initialement les oeuvres en prise de vue réelle et s’est progressivement étendue à d’autres formats. Les productions ne bénéficiant pas des aides CNC ne sont pas soumises à cette obligation, mais peuvent choisir de réaliser un bilan carbone dans le cadre d’une démarche volontaire ou en réponse aux exigences de diffuseurs ou de partenaires.

Quels sont les postes d’émission sur lesquels agir en priorité pour un tournage écoresponsable ?

Le transport est systématiquement le premier poste à adresser : remplacer l’avion par le train pour les trajets courts, mutualiser les véhicules d’équipe, et optimiser les repérages. Les achats (décors, costumes) constituent le deuxième poste prioritaire, avec des leviers basés sur le réemploi et la location. L’alimentation (catering responsable, menus végétariens) et l’énergie (alternatives aux groupes diesel, éclairage LED) complètent les leviers d’action prioritaires.

Aller plus loin avec TheGreenshot

Piloter un tournage écoresponsable de manière rigoureuse suppose un système de collecte et de suivi des données carbone qui fonctionne en temps réel, sans alourdir la charge de travail des équipes de production. GreenPro, l’outil de TheGreenshot conçu pour les productions et événements audiovisuels, automatise l’import des données depuis les fournisseurs, calcule les émissions par scope et par poste, et génère des bilans conformes aux exigences du CNC, du Label Ecoprod et de la directive CSRD. Les consultants de TheGreenshot accompagnent les productions dans la mise en place de la démarche, de la désignation du référent éco-production jusqu’à la remise du bilan définitif certifiable.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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