Bilan carbone d’une série télévisée : étapes et outils

La production d'une série télévisée génère une empreinte carbone significative. Le bilan carbone est désormais incontournable pour les équipes de fiction.

La production d’une série télévisée génère une empreinte carbone significative, et le bilan carbone série télévisée est devenu un outil incontournable pour les équipes de fiction. Transport des équipes, décors et costumes, consommation énergétique des plateaux : les sources d’émissions sont nombreuses et variées. Pour accéder aux aides du CNC, les producteurs doivent désormais mesurer et piloter cet impact avec rigueur. Cet article présente les étapes de la démarche, les outils homologués disponibles et les meilleures pratiques pour structurer une approche conforme et efficace.

Pourquoi mesurer le bilan carbone d’une série télévisée

Le secteur audiovisuel fait face à une transformation réglementaire profonde. Pour toute série télévisée sollicitant les aides du CNC, la remise d’un bilan carbone prévisionnel et d’un bilan définitif est désormais une condition d’accès aux financements [1]. Cette éco-conditionnalité s’applique à toutes les œuvres en prise de vue réelle, incluant la fiction, la série et le documentaire.

Au-delà de la conformité réglementaire, la mesure du bilan carbone offre plusieurs avantages concrets pour une production de fiction ou de film. Elle permet d’identifier les postes d’émissions les plus importants dès la phase de développement, là où les marges de manœuvre sont les plus larges. Elle permet également de piloter les décisions de production en connaissance de cause : choix des décors, mode de transport, fournisseurs, type d’alimentation électrique.

Elle ouvre aussi l’accès à des dispositifs incitatifs. La Prime RSE+ [2], une aide forfaitaire de 28 000 euros destinée aux œuvres de fiction adoptant des pratiques éco-responsables, constitue un exemple concret de ce que la démarche peut apporter financièrement.

Les grands diffuseurs et les partenaires internationaux s’appuient également sur ce bilan pour évaluer l’engagement environnemental des productions avec lesquelles ils collaborent. La démarche est ainsi devenue un argument différenciant sur un marché compétitif.

Les principales sources d’émissions d’une série télévisée

Comprendre la structure des émissions est une étape indispensable avant de lancer un calcul. Selon les données agrégées par Ecoprod sur la base des productions françaises [3], la répartition moyenne des émissions se présente comme suit :

Poste d’émission Part des émissions
Transport (équipes, figurants, matériel) 27,5 %
Achats de biens (décors, costumes, accessoires) 25 %
Alimentation (catering, restauration plateau) 11 %
Immobilisation d’équipements 9 %
Énergie (groupes électrogènes, studios, bureaux) 8 %
Autres postes 19,5 %

Cette répartition varie selon le format et le budget de la série. Pour une fiction à grand budget avec de nombreux décors naturels, le transport peut représenter une part encore plus élevée. À l’inverse, une série à huis clos tournée en studio verra le poste énergie prendre davantage de poids.

L’empreinte totale d’une série télévisée est très variable. Elle peut osciller entre moins d’une tonne de CO2 équivalent pour un court format à budget réduit et jusqu’à 190 tCO2e pour une fiction à grand spectacle [4].

La structure en scopes du GHG Protocol (scope 1 : émissions directes, scope 2 : énergie achetée, scope 3 : chaîne de valeur) s’applique pleinement à la production audiovisuelle. Le scope 3 y est particulièrement prépondérant, car la majeure partie des émissions provient des achats de biens et des déplacements.

Les étapes du bilan carbone : de la pré-production à la post-production

Le bilan carbone d’une série télévisée se structure en quatre temps correspondant aux grandes phases d’une production.

Le bilan prévisionnel (phase de développement)

La première étape intervient lors de la phase de développement et de pré-production. À partir du scénario et du budget prévisionnel, les équipes renseignent les grandes masses : nombre de jours de tournage, lieux prévus, taille de l’équipe, modes de transport envisagés, type de studios, prestataires techniques identifiés.

Ce bilan prévisionnel est l’un des documents exigés pour les demandes d’aides à la production [1]. Il sert également de point de référence pour mesurer l’écart entre les ambitions initiales et le bilan réel en fin de production.

La collecte de données (pendant le tournage)

La phase de collecte est souvent la plus chronophage. Elle implique de rassembler les données brutes : feuilles de présence, factures de carburant, relevés de consommation électrique, bons de commande décors et costumes, menus de catering.

La qualité du bilan final dépend largement de la qualité de cette collecte. Il est recommandé de désigner en amont un coordinateur éco-production chargé de centraliser ces informations tout au long du tournage, pour éviter de devoir reconstituer des données plusieurs semaines après la fin du projet.

Le calcul de l’empreinte carbone

Une fois les données collectées, un calculateur carbone homologué transforme les données brutes (litres de carburant, kWh d’électricité, nombre de repas, montants des achats) en kilos de CO2 équivalent, en appliquant les facteurs d’émission de l’ADEME ou d’autres référentiels reconnus. Les méthodes de calcul reconnues garantissent la comparabilité des données entre productions.

Pour les séries, les outils permettent de calculer l’empreinte par saison, par épisode ou par bloc de tournage, facilitant la comparaison entre différentes productions d’une même série [5].

Le bilan définitif et la remise réglementaire

À l’issue de la post-production, le bilan définitif est finalisé et soumis aux instances compétentes. Ce document compile l’ensemble des émissions réelles de la production, comparées aux prévisions initiales, et documente les actions mises en œuvre pour réduire l’empreinte. Le CNC a homologué plusieurs outils de calcul pour garantir la fiabilité et la comparabilité des données remises [6].

Les outils homologués pour calculer l’empreinte carbone d’une série télévisée

Plusieurs outils permettent de réaliser le bilan carbone d’une série télévisée avec un niveau de rigueur méthodologique reconnu par les instances du secteur.

Carbon’Clap (Ecoprod)

Développé par Ecoprod, Carbon’Clap est le calculateur de référence pour les productions françaises. Gratuit et accessible en ligne, il couvre l’ensemble des phases de production et utilise les facteurs d’émission de l’ADEME. Il est homologué par le CNC pour la remise des bilans réglementaires [5].

L’outil permet de paramétrer le projet selon le type de production (fiction, documentaire, animation, publicité) et de travailler à différentes granularités. Il propose également des moyennes sectorielles pour positionner une production par rapport aux autres du même genre.

Albert (BAFTA)

Albert est le référentiel développé par la BAFTA au Royaume-Uni. Il est largement adopté par les productions anglophones et les coproductions internationales. Le programme propose un calculateur carbone, un outil de planification éco-production et une certification reconnue par les diffuseurs britanniques et européens [7]. Pour les séries en coproduction avec des partenaires britanniques, irlandais ou scandinaves, le label Albert constitue souvent un prérequis contractuel.

Les solutions intégrées de suivi carbone

Des solutions plus intégrées permettent de connecter directement les données de production au calcul carbone, sans extraction manuelle. Les calculateurs carbone spécialisés pour l’audiovisuel représentent une évolution notable par rapport aux tableurs Excel encore largement utilisés dans le secteur. Ces outils facilitent la collecte continue des données tout au long de la production et réduisent le risque d’erreurs ou d’oublis.

Séries télévisées et productions événementielles : spécificités sectorielles

Le secteur de la production audiovisuelle présente des spécificités techniques qui rendent le calcul du bilan carbone plus complexe qu’une entreprise classique. Ces particularités exigent une approche sur mesure, tant dans la collecte des données que dans le choix des outils.

Tournages de fiction : une structure d’émissions fragmentée

Une série télévisée est rarement produite d’un seul bloc. Elle implique des équipes qui varient selon les épisodes ou les blocs de tournage, des prestataires différents selon les décors, et une organisation logistique qui évolue tout au long du projet.

Pour les productions de fiction longue, l’empreinte carbone doit prendre en compte les décors naturels (qui peuvent imposer de longs déplacements aux équipes), les décors construits (avec leur consommation de matériaux en amont) et les plateaux de tournage (alimentation électrique, climatisation, chauffage). La durée de post-production, qui peut s’étaler sur plusieurs mois, représente également un poste à ne pas négliger.

Les productions qui ont structuré leur démarche en amont rapportent systématiquement des gains sur deux postes : le transport (grâce à une meilleure anticipation des regroupements de tournage) et le catering (grâce à une politique d’approvisionnement local formalisée dès la pré-production). L’accompagnement en management vert permet d’intégrer ces dimensions dès la conception du projet.

Émissions de plateau et événements télévisés : des enjeux cumulatifs

Les émissions de flux, les émissions de plateau et les événements télévisés (cérémonies, retransmissions sportives) partagent des enjeux similaires avec la fiction : mobilisation de grandes équipes, alimentation électrique sur site, logistique de matériel.

Dans le cas des émissions hebdomadaires ou quotidiennes, le bilan carbone peut être calculé par épisode, puis extrapolé à l’ensemble de la saison. Cette approche permet d’identifier les effets cumulatifs d’un poste en apparence mineur : une amélioration du catering sur chaque jour de tournage peut représenter une réduction significative sur l’ensemble de la saison.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements. Il produit des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Le bilan carbone d’une série télévisée est une démarche incontournable, à la fois pour accéder aux financements publics et pour répondre aux attentes des diffuseurs et partenaires internationaux. Sa réalisation structurée, depuis le prévisionnel en phase de développement jusqu’au bilan définitif remis après la post-production, permet d’identifier les postes d’émissions prioritaires et de piloter les actions de réduction avec précision.

Les outils homologués disponibles, qu’il s’agisse de Carbon’Clap pour les productions françaises ou d’Albert pour les coproductions internationales, offrent des méthodologies reconnues et compatibles avec les exigences réglementaires. La structuration du secteur autour de référentiels communs, portée par Ecoprod et les instances européennes [8], va dans le sens d’une harmonisation progressive des pratiques.

Pour les producteurs souhaitant aller plus loin que la conformité réglementaire, l’intégration d’un outil de suivi carbone dès la phase de pré-production représente un levier concret pour réduire l’empreinte du bilan carbone série télévisée sans alourdir les équipes. Les évolutions réglementaires à venir, notamment l’extension des obligations à de nouveaux formats et la montée en puissance de la directive CSRD pour les groupes médias, renforceront encore l’importance de cette démarche.

FAQ

Quel outil utiliser pour calculer le bilan carbone d’une série télévisée en France ?

En France, Carbon’Clap, développé par Ecoprod et homologué par le CNC, est l’outil de référence pour calculer le bilan carbone d’une série télévisée. Il est gratuit, accessible en ligne et prend en charge toutes les phases de production. Il permet de calculer l’empreinte par saison, par épisode ou par bloc de tournage, et utilise les facteurs d’émission de l’ADEME pour garantir des résultats comparables entre productions.

Quelle est l’empreinte carbone d’une série télévisée en France ?

L’empreinte carbone d’une série télévisée varie considérablement selon son budget et son format. Selon les données d’Ecoprod, elle peut osciller entre moins d’une tonne de CO2 équivalent pour un court format à budget réduit et jusqu’à 190 tCO2e pour une fiction à grand spectacle. Les principales sources d’émissions sont le transport des équipes (27,5 %), les achats de biens comme les décors et costumes (25 %) et le catering (11 %).

Le bilan carbone est-il obligatoire pour une série télévisée financée par le CNC ?

Oui. Pour toute série télévisée sollicitant les aides à la production du CNC, la remise d’un bilan carbone prévisionnel et d’un bilan définitif est une condition d’accès aux financements. Cette éco-conditionnalité s’applique à toutes les œuvres en prise de vue réelle, incluant la fiction, la série et le documentaire. Les dossiers incomplets peuvent être considérés comme irrecevables.

Comment réduire le bilan carbone d’une série télévisée ?

Les leviers les plus efficaces portent sur le transport (regroupement des tournages par zone géographique, transports collectifs pour les équipes), le catering (approvisionnement local, réduction du gaspillage alimentaire) et les décors (matériaux de réemploi ou décors numériques). L’identification précoce de ces leviers dès la phase de développement permet d’intégrer des contraintes éco-responsables dans le budget sans surcoût significatif.

Qu’est-ce que le label Ecoprod pour les séries télévisées ?

Le label Ecoprod est une certification attribuée aux productions audiovisuelles qui démontrent un engagement concret en matière d’éco-production. Pour l’obtenir, une série télévisée doit avoir réalisé son bilan carbone via Carbon’Clap, mis en place un plan d’action environnemental et atteint un niveau minimal de pratiques éco-responsables tout au long de la production.

Aller plus loin avec TheGreenshot

La mesure du bilan carbone d’une série télévisée implique de collecter des données issues de nombreuses sources : factures fournisseurs, relevés de consommation, feuilles de présence, bons de commande. Dans un environnement de production fragmenté, cette collecte manuelle représente souvent plusieurs jours de travail. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette étape grâce au scan de factures par OCR, à des tableaux de bord en temps réel et à des bilans conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol. Les équipes de production disposent d’une vision claire de leur empreinte à chaque phase du tournage, sans saisie fastidieuse. GreenPro intègre également des indicateurs sectoriels pour se positionner par rapport aux moyennes Ecoprod et piloter les actions de réduction.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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