- La CSRD après la directive Omnibus : le cadre et les seuils
- Qui est concerné dans le secteur culturel
- Ce que la directive exige concrètement
- L’effet de ruissellement sur les structures non assujetties
- Comment se préparer : la feuille de route en cinq étapes
- Ce que la CSRD change pour les productions et les événements
- Conclusion
- FAQ
La CSRD dans le secteur culturel suscite autant d’inquiétude que de confusion : qui est réellement concerné parmi les groupes de médias, les producteurs, les festivals et les institutions ? La directive européenne sur le reporting de durabilité (CSRD, directive 2022/2464) a été profondément remaniée par le paquet Omnibus, qui a relevé les seuils d’assujettissement aux entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net [1]. Si la plupart des structures culturelles sortent du périmètre direct, l’effet de chaîne de valeur les rattrape : les diffuseurs et grands donneurs d’ordre assujettis réclament désormais des données environnementales à leurs producteurs et prestataires. Cet article clarifie qui est concerné, ce que la directive exige et comment le secteur culturel peut se préparer méthodiquement.
La CSRD après la directive Omnibus : le cadre et les nouveaux seuils
La CSRD impose aux grandes entreprises européennes la publication d’un rapport de durabilité intégré au rapport de gestion, structuré selon les normes européennes ESRS et vérifié par un auditeur indépendant [2]. Le paquet législatif Omnibus, publié au Journal officiel de l’Union européenne, a simplifié le dispositif en profondeur : seules les entreprises dépassant simultanément 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net restent assujetties, ce qui réduit d’environ 80 % le nombre d’entreprises concernées [3]. Les normes ESRS révisées allègent également la charge déclarative, le nombre de points de données passant d’environ 1 100 à quelque 300 [4]. Le détail de ces allègements est analysé dans l’article consacré à la directive Omnibus et ses nouveaux seuils.
Qui est concerné dans le secteur culturel par la CSRD
Le secteur culturel recouvre des réalités très différentes au regard de la directive. Trois cercles se distinguent.
Premier cercle : les grands groupes assujettis directement
Les groupes de médias et de divertissement dépassant les seuils (chaînes de télévision nationales, plateformes, majors de la musique et du cinéma, grands groupes d’édition, leaders mondiaux de l’événementiel) doivent publier un rapport de durabilité complet, audité, couvrant l’ensemble de leurs activités et de leur chaîne de valeur [5].
Deuxième cercle : les filiales et structures intégrées
Les filiales de production, de distribution ou d’exploitation appartenant à un groupe assujetti participent au reporting consolidé de leur maison mère. Une société de production de taille modeste, détenue par un grand groupe, doit ainsi remonter des données environnementales et sociales structurées, même si elle ne franchit elle-même aucun seuil.
Troisième cercle : les structures indépendantes touchées par ricochet
Producteurs indépendants, festivals, salles de spectacle, prestataires techniques et agences ne sont pas assujettis directement. Ils sont en revanche sollicités par leurs clients et financeurs assujettis, qui ont besoin de données fiables pour alimenter leur propre reporting, en particulier sur les émissions de la chaîne de sous-traitance. Le groupe de travail des diffuseurs animé par Ecoprod documente précisément cette montée des attentes vis-à-vis des producteurs [6].
Ce que la directive exige concrètement des entreprises assujetties
Le rapport de durabilité CSRD repose sur le principe de double matérialité : l’entreprise analyse à la fois l’impact de ses activités sur l’environnement et la société, et l’impact des enjeux de durabilité sur son modèle économique [2]. Les informations publiées suivent les normes ESRS, qui couvrent l’environnement, le social et la gouvernance.
Pour un groupe culturel ou audiovisuel, la norme climatique ESRS E1 est généralement la plus structurante : elle exige la mesure et la publication des émissions de gaz à effet de serre des scopes 1, 2 et 3, c’est-à-dire incluant l’empreinte des productions, des contenus achetés et des événements sous-traités. Or le scope 3 concentre l’essentiel des émissions d’un diffuseur ou d’un groupe de spectacle, comme l’explique le guide sur les scopes 1, 2 et 3. La difficulté majeure réside dans la collecte : chaque production mobilise des dizaines de prestataires, rarement équipés de systèmes de reporting formalisés. Le calendrier d’application par vagues d’entreprises et les échéances de publication sont détaillés dans le calendrier CSRD.
L’effet de ruissellement sur les structures culturelles non assujetties
La sortie du périmètre direct ne signifie pas l’absence d’obligations de fait. Trois mécanismes maintiennent la pression sur les structures culturelles de taille intermédiaire.
D’abord, la demande des donneurs d’ordre : chaînes, plateformes et collectivités intègrent des clauses environnementales dans leurs contrats et appels d’offres, et demandent des bilans carbone par projet. Ensuite, le standard volontaire VSME, conçu par l’EFRAG pour les PME non assujetties, s’impose progressivement comme le format de réponse de référence : la directive plafonne d’ailleurs ce que les grands donneurs d’ordre peuvent exiger de leurs fournisseurs de moins de 1 000 salariés au contenu de ce référentiel [4]. Enfin, les dispositifs sectoriels français (éco-conditionnalité des aides du CNC, Prime RSE+, Label Ecoprod) installent une culture de la donnée environnementale qui prépare le terrain à ces demandes [7].
| Profil de structure culturelle | Statut CSRD | Obligation pratique |
|---|---|---|
| Groupe média ou divertissement > 1 000 salariés et > 450 M€ de CA | Assujetti direct | Rapport de durabilité ESRS complet, audité |
| Filiale de production d’un groupe assujetti | Intégré au reporting consolidé | Remontée de données structurées vers la maison mère |
| Producteur indépendant, festival, salle, prestataire | Non assujetti | Réponses aux demandes clients, format VSME recommandé, bilans carbone par projet |
| Structure aidée par le CNC | Hors CSRD | Bilan carbone obligatoire au titre de l’éco-conditionnalité |
Comment se préparer : la feuille de route en cinq étapes
Que la structure soit assujettie, intégrée à un groupe ou simplement exposée aux demandes de ses clients, la préparation suit la même logique progressive.
1. Cartographier les obligations réelles
Identifier le statut exact de la structure (assujettie, consolidée, fournisseur) et recenser les demandes existantes des financeurs, diffuseurs et donneurs d’ordre. Cette analyse évite de surdimensionner le chantier.
2. Mesurer l’empreinte carbone par projet
Le bilan carbone par production ou par événement est la brique de base de toute réponse, qu’elle soit destinée au CNC, à un diffuseur ou à un rapport consolidé. La méthode est détaillée dans le guide du bilan carbone d’un tournage.
3. Structurer la collecte de données
Centraliser les factures, feuilles de service, données de transport et d’énergie dans un outil unique évite la ressaisie et fiabilise les agrégations. Les critères de choix d’une solution sont présentés dans le comparatif des logiciels CSRD.
4. Former les équipes
Directeurs de production, administrateurs et chargés de production doivent comprendre les notions de scopes, de double matérialité et de facteurs d’émission pour produire des données exploitables. Des parcours dédiés existent, comme le décrit l’article sur la formation CSRD.
5. Anticiper la consolidation
Publier chaque saison un bilan consolidé de la structure (toutes productions et tous événements confondus) permet de répondre en quelques jours aux questionnaires des donneurs d’ordre, au lieu de reconstituer les données dans l’urgence.
Ce que la CSRD change pour les productions audiovisuelles et les événements
Le secteur audiovisuel et événementiel est en première ligne de l’effet de ruissellement, car il fonctionne presque entièrement en chaîne de sous-traitance : un diffuseur assujetti achète des programmes à des producteurs, qui mobilisent eux-mêmes des prestataires techniques, des studios, des loueurs et des traiteurs.
Pour les producteurs de cinéma et d’audiovisuel
Concrètement, un producteur indépendant livrant une série à une chaîne nationale se voit demander un bilan carbone conforme à une méthodologie homologuée, des données de transport et d’énergie détaillées et, de plus en plus, des preuves de bonnes pratiques (réemploi des décors, restauration durable, énergie de plateau sans diesel). Ces demandes rejoignent les obligations existantes de l’éco-conditionnalité du CNC, qui impose déjà un bilan carbone pour les œuvres aidées [8]. Les producteurs qui outillent leur collecte dès la préparation transforment cette contrainte en avantage commercial face aux diffuseurs.
Pour les organisateurs d’événements
Festivals, salles et événements corporate retrouvent la même mécanique : les sponsors et entreprises clientes assujetties à la CSRD intègrent l’empreinte de leurs événements dans leur scope 3 et exigent des organisateurs des données sur l’énergie du site, la mobilité du public, la restauration et les déchets. Un organisateur capable de fournir un bilan structuré par poste devient un partenaire privilégié des grands comptes, tandis que l’absence de données devient un critère d’exclusion dans les appels d’offres.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.
Conclusion
La CSRD dans le secteur culturel se joue moins sur l’assujettissement direct, désormais réservé aux très grands groupes, que sur la diffusion des exigences de reporting le long de la chaîne de valeur. Les producteurs, festivals et prestataires qui structurent dès maintenant leur mesure carbone, leur collecte de données et la formation de leurs équipes répondront sans friction aux demandes croissantes des diffuseurs, sponsors et financeurs. Ceux qui attendent s’exposent à des reconstitutions de données coûteuses et à un désavantage concurrentiel dans les appels d’offres. La trajectoire réglementaire européenne et les dispositifs sectoriels français convergent vers un même horizon : faire de la donnée environnementale fiable un standard professionnel du secteur culturel.
FAQ
Quelles entreprises culturelles sont directement concernées par la CSRD ?
Un producteur indépendant doit-il produire un rapport CSRD ?
Qu’est-ce que le standard VSME et à qui s’adresse-t-il ?
Quel est le lien entre la CSRD et les obligations du CNC ?
Par où commencer pour préparer une structure culturelle à la CSRD ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Pour les structures culturelles, le vrai défi de la CSRD n’est pas la rédaction du rapport mais la fiabilité des données qui l’alimentent : émissions par production, par événement, par poste, consolidées à l’échelle de la société. GreenPro, l’outil développé par TheGreenshot, répond précisément à ce besoin : la collecte est automatisée grâce au scan des factures par OCR, les données de tournage et d’événement remontent en temps réel dans des tableaux de bord par poste d’émission, et des insights générés par l’intelligence artificielle aident à prioriser les actions de réduction. Les bilans produits sont conformes aux référentiels Albert, GHG Protocol et CSRD, ce qui permet de répondre aussi bien au CNC qu’aux diffuseurs assujettis. Une démonstration personnalisée permet d’évaluer l’outil sur un cas réel de production ou d’événement.
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