Un tournage de film génère en moyenne 16 tonnes de CO2 équivalent par heure de programme produit, tous genres confondus [1]. Ramené à la durée d’un long-métrage ou d’une série télévisée, ce chiffre représente une empreinte environnementale substantielle que le secteur audiovisuel ne peut plus ignorer. Avec l’obligation introduite par le CNC de réaliser un bilan carbone pour toute production bénéficiant de ses aides, la question n’est plus de savoir si mesurer, mais comment le faire avec rigueur et efficacité. Cet article présente la méthode recommandée, les outils sectoriels disponibles et les postes d’émission à piloter en priorité pour un tournage de film.
Pourquoi mesurer le bilan carbone d’un tournage de film
La mesure de l’empreinte carbone d’un tournage répond à une double logique : réglementaire et stratégique.
Une exigence désormais réglementaire
Le CNC conditionne désormais l’accès à ses aides financières à la réalisation d’un bilan carbone pour les productions audiovisuelles et cinématographiques éligibles [2]. Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large de responsabilisation du secteur audiovisuel, porté également par les diffuseurs publics et privés qui intègrent des critères environnementaux dans leurs cahiers des charges. Les groupes médias soumis à la directive CSRD (2022/2464) doivent en outre publier des données extra-financières incluant l’impact carbone de leurs activités de production.
Un levier stratégique pour les productions
Au-delà des obligations, réaliser un bilan carbone donne aux producteurs une vision précise de leurs postes d’émission et permet d’identifier les leviers de réduction les plus efficaces. Cette démarche contribue également à la valorisation de la production auprès des partenaires, investisseurs et audiences sensibles aux enjeux environnementaux. Le Label Ecoprod, attribué à plus de 120 productions ayant pris des engagements certifiés de réduction d’impact, illustre concrètement la valeur ajoutée de cette démarche [1].
Les principaux postes d’émission d’un tournage
La structure des émissions d’un tournage de film révèle des priorités d’action claires. D’après les données consolidées de Carbon’Clap, l’outil de référence du secteur, les émissions se répartissent ainsi [1] :
| Poste d’émission | Part des émissions totales |
|---|---|
| Transport (équipes et matériel) | 27,5 % |
| Achats de biens (décors, costumes, équipements) | 25 % |
| Alimentation (catering sur plateau) | 11 % |
| Immobilisation du matériel | 9 % |
| Énergie (toutes sources) | 8 % |
| Autres postes (hébergement, déchets, etc.) | 19,5 % |
La logistique globale (déplacements des équipes, acheminement du matériel lourd et hébergement) représente souvent plus de la moitié des émissions totales de gaz à effet de serre d’un film [3]. Ce constat est amplifié par l’usage intensif du transport aérien : sur les kilomètres renseignés dans Carbon’Clap, 40 % ont été parcourus en avion, représentant 42,6 % de l’impact carbone total des transports. À l’inverse, le transport ferroviaire représente 27,5 % des distances mais ne pèse que 0,5 % de l’empreinte carbone des déplacements [1].
Les facteurs d’émission varient significativement selon les modes de transport et les types d’équipement utilisés. Un groupe électrogène thermique, fréquent sur les tournages en extérieur, émet beaucoup plus qu’une connexion au réseau électrique ou qu’un groupe électrogène hybride.
Méthodes et outils pour calculer l’empreinte carbone d’un tournage
Plusieurs outils sectoriels permettent de réaliser un bilan carbone de tournage selon des méthodologies reconnues. Le choix de l’outil dépend du type de production, de sa géographie et des référentiels exigés par les partenaires financiers.
Carbon’Clap par Ecoprod : l’outil de référence en France
Carbon’Clap est le calculateur de référence pour les productions audiovisuelles, cinématographiques et publicitaires françaises. Développé par Ecoprod avec les facteurs d’émission de la Base Empreinte® de l’ADEME, il couvre l’ensemble des postes d’un tournage : transport des équipes et du matériel, énergie sur les plateaux, achats de décors et de costumes, catering, déchets et nuitées. La méthodologie de Carbon’Clap est approuvée par le CNC et l’UDM [4]. La plateforme permet également d’évaluer le score Label Ecoprod et de monitorer la stratégie environnementale de la société de production sur plusieurs projets.
Albert : le référentiel pour les productions internationales
Pour les productions à dimension internationale ou coproduites avec des partenaires britanniques ou européens, Albert (BAFTA Albert) constitue le référentiel de certification le plus reconnu. L’outil propose un calculateur carbone couvrant toutes les phases de production, de la pré-production à la post-production, et permet aux productions certifiées de valoriser leur engagement environnemental [5]. Un système de certification à une, deux ou trois étoiles récompense les niveaux d’engagement progressifs en matière de réduction des émissions.
Les scopes 1, 2 et 3 appliqués à un tournage de film
La réalisation d’un bilan carbone structuré selon les scopes du GHG Protocol permet de cartographier l’ensemble des sources d’émissions d’un tournage avec précision.
Le scope 1 regroupe les émissions directes de la production : carburant consommé par les véhicules de tournage appartenant à la société, groupes électrogènes thermiques, générateurs mobiles. Ces émissions sont généralement les plus faciles à mesurer car elles correspondent à des consommations directement facturées.
Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à l’énergie achetée : électricité consommée dans les studios de tournage, sur les plateaux intérieurs et dans les locaux de production. L’empreinte du scope 2 varie selon le mix énergétique du territoire où se déroule le tournage.
Le scope 3 constitue souvent le périmètre le plus large et le plus impactant. Il inclut les déplacements domicile-plateau des équipes, les voyages professionnels (notamment en avion), les achats de décors et costumes, le catering, les nuitées, les prestations de sous-traitance et la gestion des déchets. Le scope 3 représente l’essentiel des émissions dans le secteur audiovisuel.
Bilan carbone de tournage dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités et bonnes pratiques
Le secteur audiovisuel présente des particularités structurelles qui influencent directement la composition de l’empreinte carbone et les leviers de réduction disponibles.
Tournages et productions Film & TV
Sur un tournage de long-métrage ou de série, les enjeux carbone se concentrent autour de quelques décisions de production à fort impact. Le choix des lieux de tournage détermine en grande partie les émissions de transport des équipes et du matériel lourd. Un tournage en région nécessite l’organisation de convois depuis Paris avec des camions de matériel, générant des émissions significatives dès la phase de transport. À l’inverse, un tournage majoritairement en studio limite les déplacements et offre un meilleur contrôle des sources d’énergie.
La chaîne de sous-traitance représente également un enjeu de scope 3 important : fabrication des décors, location du matériel de lumière et de grip, prestations de post-production externalisées. L’achat de décors neufs génère une empreinte carbone plusieurs fois supérieure à la réutilisation ou à la location de matériaux existants. Des productions accompagnées par TheGreenshot ont pu réduire leur empreinte liée aux achats de décors en intégrant des critères d’écoconception dès la phase de conception artistique et en privilégiant les filières locales de récupération.
Le référentiel Carbon’Clap, approuvé par le CNC, documente désormais plus de 10 000 bilans carbone de productions audiovisuelles, offrant une base de données sectorielle précieuse pour le benchmarking [1].
Événements et spectacles vivants
Pour les tournages en conditions live (captation de concerts, de spectacles ou d’événements sportifs), les enjeux sont différents. L’alimentation électrique sur site depuis des générateurs thermiques constitue souvent le premier poste d’émission direct, en l’absence de raccordement au réseau. La densité des équipes techniques mobilisées sur une courte période amplifie l’empreinte transport. La montée en puissance des solutions d’alimentation hybrides (groupe électrogène HVO ou batterie) offre des pistes de réduction concrètes pour ce type de tournage.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements, avec des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.
Conclusion
Le bilan carbone d’un tournage de film n’est plus une démarche optionnelle : il est devenu un prérequis réglementaire, un argument commercial et un outil de pilotage indispensable pour les productions responsables. Les données sectorielles montrent que le transport et les achats de biens concentrent la majorité des émissions, et que des leviers de réduction significatifs existent à chaque étape du processus de production. Les outils Carbon’Clap et Albert permettent de structurer cette mesure selon des méthodologies reconnues, compatibles avec les exigences du CNC et des diffuseurs. À mesure que les obligations réglementaires se renforcent, notamment avec l’extension progressive de la directive CSRD, la capacité à produire un bilan carbone fiable et documenté deviendra un facteur différenciant majeur pour les sociétés de production audiovisuelle.
FAQ
Le bilan carbone est-il obligatoire pour les tournages aidés par le CNC ?
Quels sont les principaux postes d’émission d’un tournage de film ?
Quel outil utiliser pour calculer le bilan carbone d’un tournage en France ?
Comment réduire l’empreinte carbone d’un tournage de film ?
Quelle est la différence entre Carbon’Clap et Albert pour un bilan carbone de tournage ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
La mesure du bilan carbone d’un tournage de film exige une collecte de données structurée sur l’ensemble des postes d’émission : transport des équipes, énergie sur plateau, achats de décors, catering et hébergement. GreenPro, la solution de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte en intégrant directement les factures fournisseurs via OCR et les données de déplacement des équipes. Les bilans générés sont conformes aux référentiels Carbon’Clap (Ecoprod), Albert et GHG Protocol, et alimentent des tableaux de bord en temps réel pour piloter la réduction des émissions production après production. Une démonstration personnalisée permet d’évaluer comment GreenPro s’intègre dans le flux de travail d’une société de production.
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.





