L’email est devenu l’outil de communication professionnelle dominant dans la quasi-totalité des organisations. Perçu comme immatériel, il est rarement associé à une empreinte environnementale dans les discussions sur la transition numérique responsable. Pourtant, l’empreinte carbone d’un email est bien réelle : derrière chaque message envoyé se cachent des terminaux, des réseaux, des datacenters et une consommation énergétique continue. Cet article présente les chiffres clés, les mécanismes d’impact et les bonnes pratiques pour réduire concrètement l’empreinte carbone des usages email en entreprise.
Ce que pèse réellement un email en CO₂
L’empreinte carbone du numérique se décline à plusieurs niveaux, et l’email en constitue une composante significative. Les ordres de grandeur communément établis distinguent trois catégories de messages :
| Type d’email | Empreinte carbone moyenne |
|---|---|
| Email simple (texte, sans pièce jointe) | ~4 g CO₂e |
| Email avec pièce jointe légère (1 Mo) | ~19 g CO₂e |
| Email avec pièce jointe lourde ou multiples destinataires | 35 à 50 g CO₂e |
| Spam (reçu, non ouvert) | ~0,3 g CO₂e |
Ces valeurs intègrent l’ensemble du cycle de vie du message : l’énergie consommée par l’expéditeur pour rédiger et envoyer, le transit dans les réseaux de télécommunication, le stockage dans les serveurs des datacenters, et la lecture par le ou les destinataires [1]. L’impact augmente mécaniquement avec le nombre de destinataires en copie, car chaque copie génère une transmission et un stockage supplémentaires.
Ces chiffres peuvent paraître anecdotiques à l’échelle d’un seul message. Ils deviennent significatifs rapportés aux volumes réels échangés dans une organisation.
D’où vient l’empreinte carbone d’un email ?
L’empreinte carbone numérique se répartit entre trois grandes sources d’impact, qui s’appliquent directement à l’usage des emails :
- Les terminaux utilisateurs (ordinateurs, smartphones, tablettes) représentent environ 30 % des émissions liées au numérique [2]. La fabrication de ces équipements pèse particulièrement lourd : selon l’étude ADEME-Arcep sur l’empreinte environnementale du numérique, la phase de fabrication représente environ 85 % de l’impact carbone d’un équipement numérique, contre seulement 15 % pour l’usage [3]. Prolonger la durée de vie de ses équipements est donc le levier d’impact le plus puissant.
- Les réseaux de télécommunication (fibre, 4G/5G, Wi-Fi) représentent environ 40 % des émissions [2]. Les connexions mobiles (4G, 5G) consomment significativement plus d’énergie par octet transféré que les connexions filaires. Une pièce jointe lourde transmise via réseau mobile a un impact bien supérieur à la même pièce jointe transmise en Wi-Fi.
- Les datacenters qui hébergent les serveurs de messagerie représentent environ 30 % [2]. Les emails stockés (y compris les archives de plusieurs années conservées sur les serveurs de l’entreprise) contribuent à l’empreinte carbone de façon permanente, même sans utilisation active. Un email de 1 Mo stocké pendant un an consomme de l’énergie chaque jour sur les serveurs qui l’hébergent [4].
À l’échelle mondiale, le numérique représente environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, une part appelée à croître avec l’intensification des usages [2]. Plus de 375 milliards d’emails sont échangés chaque jour dans le monde, dont une fraction significative est constituée de spams ou de messages jamais lus [1].
L’impact cumulé à l’échelle d’une entreprise
La mise en perspective à l’échelle d’une organisation révèle un impact concret et mesurable. Dans une entreprise de 100 salariés, les échanges d’emails quotidiens (en tenant compte des volumes entrants et sortants) génèrent une empreinte carbone annuelle équivalente à une dizaine d’allers-retours transatlantiques [5].
Dans le secteur audiovisuel et événementiel, les échanges de fichiers lourds (rushs, montages, plans de scène, fichiers techniques) amplifient significativement cet impact. Une production audiovisuelle génère quotidiennement des centaines d’échanges de pièces jointes volumineuses entre équipes techniques, prestataires et clients. Comptabiliser et réduire cet impact constitue une démarche cohérente avec une stratégie d’éco-production audiovisuelle sérieuse.
Les habitudes organisationnelles contribuent également à l’impact : les pratiques de « répondre à tous » systématique, les chaînes de forwarding longues, les newsletters internes à large diffusion et les archives emails conservées indéfiniment sur les serveurs allourdissent l’empreinte sans apporter de valeur proportionnelle. Comprendre les mécanismes d’impact permet d’agir sur les leviers les plus efficaces.
Les bonnes pratiques pour réduire l’empreinte carbone de ses emails
Réduire l’empreinte carbone liée aux emails ne nécessite pas d’investissements majeurs. Les pratiques les plus efficaces relèvent d’habitudes individuelles et de décisions organisationnelles simples.
Alléger les envois
La pratique la plus impactante consiste à remplacer les pièces jointes par des liens vers des espaces de stockage partagés (cloud sécurisé, plateforme de partage de fichiers). Le fichier n’est transmis qu’une seule fois dans le réseau et stocké en un seul endroit, quelle que soit la taille de la liste de diffusion [5]. Pour les fichiers de petite taille, compresser les pièces jointes avant envoi réduit le volume transmis et stocké.
Réduire le nombre de destinataires
Chaque destinataire supplémentaire en copie génère une transmission réseau et un stockage serveur additionnels. La discipline dans l’utilisation des champs « CC » et « CCI » est un levier d’impact immédiat. L’ADEME recommande de se poser systématiquement la question de la pertinence de chaque destinataire avant envoi [5].
Nettoyer les boîtes mail et les archives
Les emails stockés dans les serveurs (qu’ils soient lus ou non) consomment de l’énergie en continu. Une campagne annuelle de nettoyage des boîtes mail (suppression des newsletters non lues, vidage des spams et de la corbeille, archivage local des emails anciens) réduit l’empreinte stockage [6]. Se désabonner des newsletters jamais lues est particulièrement efficace : celles-ci s’accumulent quotidiennement dans les serveurs de milliers d’entreprises abonnées.
Préférer les outils de messagerie instantanée pour les échanges courts
Remplacer les échanges d’emails courts (« Oui », « Reçu », « Merci ») par une messagerie instantanée interne permet de réduire le nombre de messages traités par les serveurs de messagerie, qui sont généralement plus énergivores que les plateformes de chat optimisées pour les échanges rapides.
Optimiser la gestion des équipements
Étant donné que la fabrication des équipements représente la grande majorité de l’empreinte carbone numérique, prolonger la durée de vie des terminaux est le levier le plus impactant. Le refus de l’obsolescence programmée et l’adoption de politiques d’achat privilégiant le matériel reconditionné réduisent significativement l’empreinte globale des usages numériques, dont les emails ne sont qu’une composante.
Former et sensibiliser les équipes
La mise en place de bonnes pratiques durable requiert une sensibilisation des collaborateurs. Des ateliers courts de numérique responsable, intégrés au plan de formation annuel de l’entreprise, permettent de diffuser ces comportements à l’ensemble de l’organisation. Les résultats sont d’autant plus significatifs que les volumes d’échanges sont importants, ce qui est systématiquement le cas dans les équipes de production audiovisuelle et événementielle [7].
Intégrer les emails dans son bilan carbone (scope 3)
Pour les entreprises engagées dans une démarche de bilan carbone conforme à la méthode Bilan Carbone® ou au GHG Protocol, les émissions liées aux usages numériques (dont les emails) se classent en scope 3, catégorie « autres émissions indirectes ».
Plus précisément, ces émissions relèvent de la catégorie scope 3.7 (déplacements domicile-travail et usages numériques professionnels) ou scope 3.1 (biens et services achetés, notamment pour les services de messagerie hébergée). La méthode de calcul s’appuie sur les facteurs d’émission disponibles dans la Base Empreinte de l’ADEME, qui propose des coefficients par type d’usage numérique.
Intégrer les émissions liées aux emails dans le périmètre scope 3 d’un bilan GES permet de disposer d’une image complète de l’empreinte numérique de l’organisation et d’identifier les leviers de réduction les plus pertinents. Pour les productions audiovisuelles cherchant à documenter leur impact numérique dans le cadre d’une certification éco-production, cette intégration constitue une démarche de différenciation valorisable auprès des diffuseurs et des annonceurs.
Conclusion
L’empreinte carbone d’un email est réelle, quantifiable et cumulativement significative à l’échelle d’une organisation. Si elle reste modeste comparée aux émissions liées aux déplacements ou à la consommation énergétique des bâtiments, elle s’inscrit dans une démarche de sobriété numérique globale qui participe à la réduction de l’empreinte carbone totale de l’entreprise. Les bonnes pratiques à adopter (alléger les envois, réduire les destinataires, nettoyer les archives, prolonger la durée de vie des équipements) sont simples, peu coûteuses et peuvent être déployées rapidement dans n’importe quelle organisation. Intégrées dans une culture d’entreprise plus large orientée vers la durabilité, elles contribuent à la crédibilité de la démarche RSE et à la réduction mesurable des émissions de scope 3.
FAQ, Empreinte carbone d’un email
Combien de CO₂ émet un email en moyenne ?
Quelle est la principale source d’empreinte carbone d’un email ?
Comment réduire concrètement l’empreinte carbone de ses emails ?
L’empreinte carbone des emails doit-elle figurer dans le bilan GES d’une entreprise ?
Un spam a-t-il une empreinte carbone ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Mesurer l’empreinte carbone des usages numériques (dont les emails) est une étape clé pour construire un bilan GES complet et crédible. GreenPro, la solution de TheGreenshot, permet aux équipes de production audiovisuelle de centraliser l’ensemble de leurs données d’émissions : consommations énergétiques, déplacements, achats de matériaux et usages numériques. La collecte automatisée via scan de factures et connecteurs comptables réduit la charge de saisie et garantit des données auditables. Pour les organisations souhaitant documenter leur impact numérique dans le cadre d’une démarche RSE ou d’une certification éco-production, GreenPro propose une approche structurée et adaptée aux contraintes du terrain. Prendre rendez-vous avec un consultant TheGreenshot permet d’identifier rapidement les postes d’émissions prioritaires à piloter.
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