Scénographie durable pour les événements et spectacles

La scénographie représente un poste d'émission carbone sous-estimé dans l'événementiel et la production audiovisuelle. Matériaux, réemploi, éco-conception : les pratiques d'une scénographie durable.
Scénographie durable pour les événements et spectacles

La scénographie durable émerge comme un enjeu central de la transition écologique dans le spectacle vivant et l’événementiel. Construits pour une seule utilisation, démontés et souvent détruits à l’issue de l’événement, les décors, structures et équipements scéniques représentent un poste d’émission carbone disproportionné par rapport à leur durée de vie réelle. Le Ministère de la Culture a inscrit la question de la scénographie durable dans sa feuille de route de transition écologique du secteur culturel, reconnaissant la nécessité de repenser les modes de conception et de production des décors [1]. Cet article explore les matériaux, les pratiques de réemploi et les approches d’éco-conception qui permettent de réduire l’empreinte d’un événement ou d’un spectacle sans contraindre la créativité.

La scénographie : un poste carbone sous-estimé

Dans la comptabilisation des émissions d’une production audiovisuelle ou d’un événement, la scénographie et les décors sont fréquemment sous-évalués. Le bilan carbone d’une production publicitaire illustre bien ce phénomène : les décors construits spécifiquement pour un tournage, puis détruits à l’issue de celui-ci, génèrent une empreinte matériaux considérable sur un temps d’utilisation très court [2].

L’empreinte de la scénographie se répartit entre plusieurs postes : fabrication des matériaux (extraction, transformation, transport), consommation énergétique des équipements scéniques (éclairage, effets spéciaux, systèmes motorisés), logistique de transport des structures (camions et semi-remorques pour les tournées) et fin de vie des matériaux (déchets de construction, déchets électroniques, bois traité). Chacun de ces postes peut être significativement réduit grâce à une approche structurée dès la phase de conception [3].

La prise de conscience du secteur se traduit par la multiplication des initiatives. La charte Eco-Spectacle fédère les acteurs du spectacle vivant engagés dans une démarche de réduction de l’impact environnemental, incluant des critères spécifiques sur la scénographie et les décors [4].

Les matériaux d’une scénographie durable

Le choix des matériaux est le premier levier d’une scénographie durable. Les alternatives aux matériaux conventionnels se sont considérablement développées, offrant des options robustes et créatives sans compromettre la qualité visuelle.

Le bois certifié PEFC ou FSC s’est imposé comme la référence pour les structures de scénographie temporaire. Gestion durable des forêts, bonne résistance mécanique pour les structures de festivals et événements, et recyclabilité en fin de vie : le bois labellisé répond aux exigences des cahiers des charges des organisateurs les plus engagés [5]. Les structures bois démontables, conçues pour être remontées plusieurs fois, constituent une évolution majeure par rapport aux constructions traditionnelles en bois aggloméré cloué.

Les panneaux alvéolaires en carton ont émergé comme une alternative légère et entièrement recyclable pour les structures temporaires et les supports de communication. Ultra-légers, ils réduisent les coûts de transport et la consommation de carburant lors de la tournée, tout en offrant des possibilités de finition comparables au bois.

L’éclairage LED s’est imposé comme la norme en scénographie durable. Consommant jusqu’à 80 % d’énergie en moins que les sources halogènes traditionnelles, les équipements LED présentent également une durée de vie plus longue, réduisant la fréquence des remplacements et les déchets électroniques associés [6].

La végétation vivante en location constitue une tendance croissante pour les événements cherchant un impact visuel naturel sans les émissions liées à la fabrication de faux végétaux synthétiques. Les prestataires proposent des formules de location avec reprise après l’événement, garantissant la pérennité des plantes.

Réemploi et économie circulaire dans la scénographie

Le réemploi est le principal levier de réduction de l’empreinte carbone d’une scénographie. Un élément de décor réutilisé cinq fois divise son empreinte par cinq par utilisation, un avantage considérable sur le plan environnemental et économique.

Des ressourceries culturelles spécialisées se développent pour faciliter ces pratiques. La Ressourcerie Culturelle référence les éléments de décors disponibles à la réutilisation, met en contact les producteurs avec des structures artisanales capables de donner une nouvelle vie aux matériaux, et propose un accompagnement pour les projets ambitieux [7]. Ce type de structure permet d’atteindre des taux de réemploi très élevés : certains projets ont démontré que plus de 95 % des matériaux d’une scénographie pouvaient provenir du réemploi.

Le cas du musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne illustre les possibilités de l’économie circulaire appliquée à la scénographie : une même commande de bois a servi à la scénographie de treize expositions successives, avant d’être valorisée en matières premières [8]. Ce modèle, transposable aux événements et aux productions audiovisuelles, montre que la performance environnementale et la maîtrise des coûts peuvent aller de pair.

Côté plateformes numériques, des outils de mise en relation entre producteurs et prestataires de réemploi émergent, inspirés des bourses d’échange existant dans d’autres secteurs. Le Ministère de la Culture accompagne le développement de ces filières dans le cadre de sa politique d’éco-production [9].

Éco-conception : intégrer la durabilité dès la conception

L’éco-conception d’une scénographie durable repose sur un principe simple : anticiper en amont la fin de vie de chaque élément pour maximiser sa réutilisabilité et minimiser les déchets à la démontage.

Modularité et démontabilité : privilégier des systèmes d’assemblage sans colle ni vissage irréversible, qui permettent un démontage propre et une réutilisation des composants. Les structures modulaires, basées sur des éléments standards reproductibles, offrent une flexibilité créative tout en facilitant le réemploi [10].

Traçabilité des matériaux : constituer un inventaire détaillé de chaque élément de scénographie avec ses dimensions, matériaux et caractéristiques, afin de faciliter sa réutilisation lors d’un prochain projet. Certains producteurs maintiennent un « carnet de scénographie » qui suit la vie de chaque élément fabricué.

Scénographie numérique complémentaire : le recours aux outils de mapping vidéo, aux décors LED et à la réalité augmentée permet de créer des effets visuels spectaculaires sans fabriquer de structures physiques, réduisant significativement l’empreinte matériaux. Cette approche hybride, combinant physique et numérique, ouvre de nouvelles perspectives pour les productions soucieuses de leur impact.

Un tournage écoresponsable intègre systématiquement ces critères dans les briefs adressés aux scénographes et décorateurs, en incluant l’empreinte carbone prévisionnelle des décors parmi les critères d’évaluation des propositions [11].

Scénographie durable dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités et bonnes pratiques

La production audiovisuelle et l’événementiel professionnel présentent des spécificités qui rendent la scénographie durable à la fois plus complexe et plus impactante que dans d’autres secteurs.

Dans le secteur audiovisuel (cinéma, fiction, publicité), les décors sont construits sur mesure pour répondre à des besoins précis de mise en scène, ce qui rend le réemploi plus complexe que dans l’événementiel. Cependant, des pratiques émergent : mutualisation des décors entre productions d’un même studio, partenariats avec des résidences d’artistes ou des théâtres pour la reprise des éléments après tournage, recours à des prestataires de location de décors modulaires plutôt qu’à la construction neuve. Les référentiels Ecoprod et Albert intègrent désormais les décors comme poste à mesurer dans le bilan carbone des productions [12].

Dans l’événementiel live (festivals, conférences, événements corporate), la pression économique et la répétabilité des événements facilitent davantage la mise en place de démarches de réemploi. Des agences événementielles pionnières proposent des catalogues de structures réutilisables en location, et plusieurs festivals ont mis en place des partenariats durables avec des prestataires de scénographie engagés dans la réduction des déchets. La scénographie peut ainsi devenir un élément de communication en soi : afficher des matériaux d’origine locale, des structures en bois certifié ou des décors issus du réemploi renforce la crédibilité environnementale de l’événement auprès des participants.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

La scénographie durable pour les événements et spectacles n’est plus une contrainte créative mais une nouvelle grammaire de conception qui stimule l’innovation. Le choix des matériaux, l’anticipation du réemploi et l’intégration des outils numériques permettent de réduire considérablement l’empreinte carbone de ce poste souvent négligé dans les bilans environnementaux. Le soutien croissant des pouvoirs publics, la multiplication des ressourceries culturelles spécialisées et le développement des référentiels sectoriels créent un cadre favorable à la généralisation de ces pratiques. Pour les producteurs et organisateurs, intégrer la scénographie durable dans leurs critères de sélection des prestataires constitue aujourd’hui un signal fort de leur engagement environnemental, en cohérence avec les exigences réglementaires et les attentes des parties prenantes.

FAQ

Qu’est-ce que la scénographie durable ?

La scénographie durable désigne une approche de conception des décors, structures et équipements scéniques qui intègre des critères environnementaux : choix de matériaux certifiés ou recyclés, conception modulaire facilitant le démontage et le réemploi, recours à l’éclairage LED à faible consommation, et anticipation de la fin de vie de chaque élément pour maximiser sa réutilisabilité. Elle s’applique aussi bien aux productions audiovisuelles qu’aux événements et spectacles vivants.

Quels matériaux utiliser pour une scénographie écoresponsable ?

Les matériaux privilégiés pour une scénographie écoresponsable sont le bois certifié PEFC ou FSC (structures robustes et recyclables), les panneaux alvéolaires en carton (légers et entièrement recyclables), les équipements LED à faible consommation énergétique, et la végétation vivante en location. Le choix des matériaux doit également intégrer leur origine locale pour réduire l’empreinte transport et leur fin de vie pour faciliter le recyclage ou le réemploi.

Comment favoriser le réemploi des décors après un événement ?

Le réemploi des décors s’organise dès la phase de conception : structures modulaires démontables sans colle ni fixations irréversibles, inventaire détaillé des éléments fabriqués, et mise en relation avec des ressourceries culturelles spécialisées ou des théâtres partenaires. Des plateformes numériques de mise en relation permettent aux producteurs de proposer leurs décors à d’autres productions ou de trouver des éléments disponibles à la réutilisation.

La scénographie est-elle intégrée dans le bilan carbone d’une production ?

Oui. Les référentiels de mesure carbone du secteur audiovisuel, notamment Ecoprod et Albert, intègrent les décors et la scénographie comme poste à mesurer dans le bilan carbone des productions. L’empreinte couvre la fabrication des matériaux, le transport des structures, la consommation énergétique des équipements scéniques et la gestion des déchets en fin de production. Des outils spécialisés permettent d’automatiser cette collecte.

Existe-t-il des référentiels ou chartes pour la scénographie durable ?

Plusieurs référentiels encadrent la scénographie durable en France. La charte Eco-Spectacle regroupe les acteurs du spectacle vivant engagés dans la réduction de leur impact environnemental. Le Ministère de la Culture a publié des guides spécifiques sur l’éco-production et le réemploi dans les décors et la scénographie. Les référentiels Ecoprod et Albert intègrent également des critères de mesure pour les décors dans les productions audiovisuelles.

Aller plus loin avec TheGreenshot

La scénographie représente souvent un poste invisible dans les bilans carbone des productions et événements, faute d’outils adaptés à la collecte des données matériaux. GreenPro, la plateforme de TheGreenshot, inclut les décors et équipements scéniques dans le périmètre du bilan carbone, en intégrant les données des prestataires de scénographie directement dans le tableau de bord. Les équipes production disposent ainsi d’une vision complète de leur empreinte, poste par poste, avec la capacité de comparer plusieurs scénarios (achat neuf versus location, matériaux conventionnels versus certifiés) avant de finaliser les choix créatifs. Les bilans sont conformes aux référentiels Albert, Ecoprod et GHG Protocol, facilitant le reporting vers les diffuseurs et les financeurs exigeant ce niveau de traçabilité.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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