Empreinte carbone des déplacements professionnels : le guide

La mobilité professionnelle pèse entre 25 % et 50 % des émissions d'une entreprise de services. Comprendre ce poste est un levier majeur de réduction.
Empreinte carbone des déplacements professionnels : le guide

La mobilité professionnelle pèse entre 25 % et 50 % des émissions d’une entreprise de services [2]. Comprendre l’empreinte carbone des déplacements professionnels est donc un levier majeur pour toute organisation qui cherche à réduire son impact. Cet article détaille ce que recouvre ce poste d’émissions, les facteurs à connaître par mode de transport, les méthodes de mesure et les leviers d’action concrets, avec un éclairage spécifique sur les secteurs de la production audiovisuelle et de l’événementiel.

Ce que recouvre l’empreinte carbone des déplacements professionnels

L’empreinte carbone des déplacements professionnels regroupe l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre générées par les trajets effectués dans le cadre de l’activité d’une entreprise. On distingue généralement deux grandes familles : les voyages d’affaires (rendez-vous clients, salons, missions, tournages en région) et les trajets domicile-travail des collaborateurs. Dans la comptabilité carbone selon le GHG Protocol, ces émissions relèvent du scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes liées à la chaîne de valeur.

Pour les organisations de services, ces postes sont souvent prépondérants dans le bilan carbone scope 3. Un déplacement en avion pour une mission de quelques jours peut à lui seul dépasser les émissions annuelles de chauffage d’un poste de travail. Identifier précisément la part des déplacements dans l’empreinte globale constitue la première étape d’une stratégie de réduction crédible.

Les facteurs d’émission par mode de transport

Chaque mode de transport possède un facteur d’émission exprimé en kilogrammes de CO2 équivalent par passager-kilomètre. Ces valeurs, publiées par l’ADEME dans la Base Empreinte qui recense plus de 60 000 facteurs d’émission [1], permettent de convertir les kilomètres parcourus en émissions. Les écarts entre modes sont considérables.

Mode de transport Facteur d’émission (kg CO2e / passager.km) Repère
Train grande vitesse ~0,003 [5] Le mode le plus sobre
Voiture thermique (essence) ~0,218 [3] Fortement dépendant du taux d’occupation
Avion long-courrier (> 3 500 km) 0,152 [1] Hors forçage radiatif
Avion moyen-courrier (1 000 à 3 500 km) 0,187 [1] Hors forçage radiatif
Avion court-courrier (< 1 000 km) 0,258 [1] Le plus émetteur au kilomètre

Ces chiffres expliquent les écarts spectaculaires observés sur un même trajet. Voyager en train émet environ 8 fois moins qu’en voiture et 14 fois moins qu’en avion [3]. Sur une liaison intérieure comme Paris-Lyon, l’avion émet de l’ordre de 150 fois plus de CO2 que le train grande vitesse [3]. Pour l’aérien, l’ADEME recommande d’appliquer un forçage radiatif, un multiplicateur de 1,7 à 2, afin de tenir compte des traînées de condensation et des effets d’altitude [4].

Comment mesurer les émissions des déplacements

Deux grandes approches coexistent pour quantifier l’empreinte carbone des déplacements professionnels. La méthode physique s’appuie sur les distances réellement parcourues, multipliées par le facteur d’émission du mode utilisé. Elle est précise mais suppose de collecter les kilomètres, ce qui reste fastidieux à grande échelle. La méthode monétaire, elle, part des montants dépensés (billets, carburant, notes de taxi) et applique des ratios monétaires. Depuis une mise à jour récente, la Base Empreinte propose des facteurs monétaires actualisés avec une segmentation plus fine [1].

En pratique, les entreprises combinent souvent les deux. Les trajets structurants (vols, trains longue distance) sont traités en méthode physique, tandis que la masse des petits déplacements est estimée via les données de frais. Cette approche par flux financiers, adoptée par des outils comme les solutions de calcul de bilan carbone, évite les enquêtes collaborateur à répétition tout en garantissant une couverture complète du poste.

Réduire l’empreinte carbone des déplacements

La hiérarchie des leviers est claire : éviter, reporter, améliorer. Éviter le déplacement grâce à la visioconférence quand la présence physique n’apporte pas de valeur ajoutée décisive. Reporter vers un mode moins émetteur, en instaurant par exemple une politique privilégiant le train pour les trajets accessibles en quelques heures. Améliorer enfin l’existant, via le covoiturage, l’électrification de la flotte ou l’optimisation des tournées.

Une politique de voyage formalisée renforce ces leviers : plafond carbone par mission, arbitrage systématique train contre avion en dessous d’un seuil de temps, incitations au covoiturage pour les trajets domicile-travail. Ces mesures alimentent aussi la démarche globale de réduction de l’empreinte carbone de l’organisation et se traduisent souvent par des économies directes.

Déplacements dans l’audiovisuel et l’événementiel : spécificités et bonnes pratiques

Dans la production audiovisuelle, les déplacements constituent l’un des postes les plus lourds du bilan carbone. Un tournage mobilise des équipes techniques nombreuses, du matériel volumineux et des repérages en amont, parfois à l’étranger. Les allers-retours quotidiens entre les hébergements et les lieux de tournage, le transport des décors et des flight cases, la logistique des véhicules techniques : chaque phase génère des kilomètres. Les référentiels sectoriels d’éco-production (Ecoprod, CNC) placent d’ailleurs la mobilité parmi les premiers gisements de réduction, aux côtés de l’énergie des plateaux.

Dans l’événementiel, la mobilité pèse dans deux directions. D’un côté, les équipes de production, les prestataires et les techniciens qui convergent vers le site. De l’autre, la mobilité du public, souvent le premier poste d’émissions d’un festival ou d’un concert. Les organisateurs qui structurent leur démarche travaillent en priorité sur l’accès en transports en commun, les navettes mutualisées, le recours à des prestataires locaux et la réduction des nuitées grâce à une planification resserrée des équipes.

Dans les deux contextes, la difficulté n’est pas de savoir qu’il faut agir, mais de collecter des données fiables sur des dizaines de déplacements dispersés. C’est précisément là que se joue la qualité du bilan.

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Conclusion

L’empreinte carbone des déplacements professionnels représente un poste central du bilan carbone, en particulier pour les entreprises de services, les productions audiovisuelles et l’événementiel. La bonne nouvelle est que les leviers existent et sont souvent rentables : arbitrage des modes de transport, report vers le train, mutualisation, visioconférence. La clé réside dans une mesure fiable, condition d’un pilotage efficace. Avec le renforcement progressif des obligations de reporting extra-financier, maîtriser ce poste devient un enjeu à la fois environnemental, réputationnel et économique pour les années à venir.

FAQ

Dans quel scope se classent les déplacements professionnels ?

Les déplacements professionnels relèvent du scope 3, celui des émissions indirectes liées à la chaîne de valeur. Ils y forment deux catégories distinctes : les voyages d’affaires et les trajets domicile-travail des collaborateurs. Pour les entreprises de services, ces postes sont souvent prépondérants dans le bilan carbone.

Quel mode de transport émet le moins de CO2 ?

Le train grande vitesse est de loin le mode le plus sobre, avec un facteur d’émission de l’ordre de 0,003 kg CO2e par passager-kilomètre. Il émet environ 8 fois moins qu’une voiture thermique et 14 fois moins qu’un avion. Sur une liaison intérieure, le report de l’avion vers le train réduit massivement les émissions.

Comment calculer l’empreinte carbone d’un trajet ?

Le calcul consiste à multiplier la distance parcourue par le facteur d’émission du mode utilisé, publié par l’ADEME dans la Base Empreinte. Une méthode alternative part des montants dépensés et applique des ratios monétaires. Pour l’avion, il est recommandé d’ajouter un forçage radiatif compris entre 1,7 et 2.

Comment réduire les émissions liées aux déplacements ?

La démarche suit trois principes : éviter le déplacement grâce à la visioconférence, reporter vers un mode moins émetteur comme le train, et améliorer l’existant via le covoiturage ou l’électrification de la flotte. Une politique de voyage formalisée, avec arbitrage train contre avion, structure ces leviers et génère souvent des économies.

Pourquoi appliquer un forçage radiatif à l’avion ?

Le forçage radiatif tient compte des effets de l’aviation en haute altitude, notamment les traînées de condensation, qui amplifient l’impact climatique au-delà du seul CO2. L’ADEME recommande un multiplicateur de 1,7 à 2 pour refléter cet impact réel dans le calcul des émissions des vols.

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