Environ un million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction, un rythme sans précédent dans l’histoire humaine [1]. Face à ce constat, la biodiversité s’impose comme un sujet central de la stratégie RSE des entreprises, au même titre que le climat. Longtemps reléguée au second plan, la biodiversité en entreprise relève désormais d’obligations réglementaires précises et d’attentes fortes des parties prenantes. Cet article présente les raisons de cette montée en puissance, le cadre réglementaire applicable, les étapes pour bâtir une stratégie crédible et les méthodes de mesure, avec un éclairage sur le secteur audiovisuel et événementiel.
Pourquoi la biodiversité devient un enjeu stratégique
La biodiversité désigne l’ensemble du vivant : diversité des espèces, des gènes et des écosystèmes. Son érosion menace directement les activités économiques, car la plupart des entreprises dépendent de services rendus par la nature comme la pollinisation, la régulation de l’eau, la fertilité des sols ou la stabilité climatique. Depuis le début du vingtième siècle, l’abondance moyenne des espèces locales dans la plupart des grands habitats terrestres a diminué d’au moins 20 % [2]. Cette dégradation crée des risques concrets pour les organisations : rupture d’approvisionnement, hausse des coûts, perte d’accès à des ressources, exposition juridique et réputationnelle.
Intégrer la biodiversité à la démarche RSE relève donc autant de la gestion des risques que de la responsabilité. Le cadre mondial de Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15, fixe l’objectif de protéger 30 % des terres et des mers et engage les acteurs économiques à réduire leurs impacts. Les entreprises qui anticipent cette transition sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement et renforcent leur résilience. La biodiversité rejoint ainsi les grands standards de la stratégie RSE des entreprises, aux côtés du climat et des enjeux sociaux.
Les obligations réglementaires des entreprises
La biodiversité en entreprise n’est plus une démarche purement volontaire. Plusieurs dispositifs réglementaires imposent désormais transparence et action, en particulier pour les grandes structures.
La CSRD et la norme ESRS E4
La directive européenne CSRD, transposée en France par ordonnance, impose aux grandes entreprises un reporting de durabilité couvrant la biodiversité à travers la norme ESRS E4. Cette norme exige la publication des impacts, dépendances, risques et opportunités liés aux écosystèmes, selon le principe de double matérialité : évaluer à la fois l’effet de l’entreprise sur la nature et l’effet de la dégradation de la nature sur l’entreprise [3]. L’entreprise doit divulguer ses politiques, ses plans d’action, ses cibles quantifiées et sa gouvernance sur le sujet. Cette obligation s’inscrit dans le cadre plus large du reporting extra-financier lié à la CSRD.
Un assouplissement des normes ESRS a été engagé au niveau européen pour alléger la charge des premières entreprises concernées, avec une priorisation des indicateurs et un phasage du reporting [4]. Le principe reste toutefois inchangé : la biodiversité fait partie intégrante des informations à publier. Les entreprises soumises à la norme CSRD et à son calendrier de conformité doivent donc structurer leur approche.
La stratégie nationale biodiversité 2030
Au niveau français, la stratégie nationale biodiversité 2030 fixe une quarantaine de mesures pour enrayer l’érosion du vivant. Plusieurs d’entre elles ciblent directement les entreprises : accompagnement à la transparence et au reporting, diagnostic des impacts pour les PME, et extension de la méthodologie ACT de l’ADEME à la biodiversité pour aider à bâtir des plans de transition [5]. Des dispositifs comme Entreprises Engagées pour la Nature, portés par l’Office français de la biodiversité, permettent aux organisations de formaliser des engagements volontaires structurés [6].
Construire une stratégie biodiversité en entreprise
Une stratégie biodiversité crédible ne se limite pas à une déclaration d’intention. Elle suit une démarche structurée, comparable à celle d’un plan climat, et s’appuie sur des référentiels reconnus.
S’appuyer sur les cadres SBTN et TNFD
Deux cadres méthodologiques structurent aujourd’hui l’action des entreprises. Le Science Based Targets Network propose une trajectoire en cinq étapes : évaluer ses impacts, établir des priorités, fixer des objectifs, agir et suivre les résultats [7]. La Taskforce on Nature-related Financial Disclosures, de son côté, aide à comprendre, analyser et structurer le reporting sur la nature. Les deux approches sont complémentaires : la TNFD sert à structurer la transparence, le SBTN à piloter la trajectoire de performance [8].
Appliquer la séquence éviter, réduire, compenser
Toute stratégie biodiversité repose sur une hiérarchie d’actions : éviter les impacts à la source, réduire ceux qui subsistent, puis compenser en dernier recours le résidu inévitable. Cette séquence prime sur toute logique de compensation directe, car aucune restauration ne remplace un écosystème détruit. Concrètement, l’entreprise cartographie ses activités les plus impactantes, revoit ses approvisionnements, limite l’artificialisation des sols et réduit les pollutions. Un accompagnement par des consultants spécialisés aide à hiérarchiser ces leviers selon la matérialité réelle des enjeux.
| Étape | Objectif | Exemples d’actions |
|---|---|---|
| Évaluer | Identifier impacts et dépendances | Cartographie des sites et de la chaîne de valeur |
| Prioriser | Cibler les enjeux matériels | Analyse de double matérialité, zones sensibles |
| Fixer des cibles | Définir des objectifs mesurables | Réduction de l’artificialisation, des pollutions |
| Agir | Déployer un plan d’action | Éviter, réduire, restaurer, compenser |
| Suivre | Piloter et rendre compte | Indicateurs, reporting CSRD, revue annuelle |
Mesurer et piloter son empreinte biodiversité
Sans mesure, aucune stratégie biodiversité ne peut être pilotée. La difficulté tient à la nature multidimensionnelle du vivant, qui ne se résume pas à un indicateur unique comparable au carbone. Plusieurs pressions doivent être évaluées : changement d’usage des sols et des mers, surexploitation des ressources, pollutions, espèces invasives et dérèglement climatique.
Des indicateurs synthétiques existent pour approcher l’empreinte biodiversité d’une organisation, comme l’abondance moyenne des espèces rapportée aux surfaces concernées. Des outils de diagnostic ont été développés par des acteurs publics et scientifiques pour aider les entreprises, notamment les PME, à évaluer leurs pressions et identifier des leviers de réduction [9]. La mesure de la biodiversité rejoint souvent celle d’autres enjeux environnementaux comme l’eau et les pollutions, ce qui rend pertinente une approche intégrée du reporting, en lien avec les standards de reporting tels que la GRI. La fiabilité des données conditionne la crédibilité de toute la démarche.
La biodiversité dans la production audiovisuelle et l’événementiel
Le secteur audiovisuel et événementiel entretient un rapport direct avec la biodiversité, souvent sous-estimé. Tournages en milieux naturels, construction de décors, festivals en plein air et événements sur sites sensibles génèrent des pressions concrètes sur les écosystèmes. Intégrer la biodiversité à la gestion de production devient un marqueur de responsabilité pour les studios et les organisateurs.
Tournages et productions
Une production qui tourne en extérieur peut dégrader des habitats : piétinement de la végétation, dérangement de la faune, pollutions lumineuses et sonores, déchets de plateau. La séquence éviter, réduire, compenser s’applique pleinement : choisir des sites moins sensibles, encadrer les accès, remettre en état les lieux après tournage et privilégier des décors réemployables plutôt que construits puis détruits. Les référentiels d’éco-production (Ecoprod, CNC) intègrent progressivement ces enjeux aux côtés du bilan carbone. Documenter ces pratiques alimente directement le reporting extra-financier des groupes médias concernés par la CSRD.
Événements et festivals
Les festivals et événements en plein air se tiennent fréquemment dans des espaces naturels ou périurbains. Les enjeux typiques concernent la protection des sols, la gestion des déchets, la maîtrise des nuisances pour la faune et la limitation de l’artificialisation temporaire. Une organisation responsable planifie l’implantation pour éviter les zones protégées, dimensionne les flux de public et restaure les sites après l’événement. Ces mesures, documentées et suivies, nourrissent une stratégie biodiversité crédible et vérifiable.
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Conclusion
La biodiversité s’impose désormais comme un pilier de la stratégie RSE des entreprises, porté par des obligations réglementaires précises et par la prise de conscience des dépendances économiques au vivant. De la norme ESRS E4 à la stratégie nationale biodiversité, en passant par les cadres SBTN et TNFD, les entreprises disposent d’outils pour évaluer, prioriser, agir et rendre compte. La démarche suppose une hiérarchie claire, où éviter et réduire priment sur compenser, et une mesure rigoureuse des pressions exercées. Pour les secteurs par projet comme l’audiovisuel et l’événementiel, intégrer la biodiversité à la gestion de production renforce la résilience et la crédibilité. À mesure que le cadre se structure, une stratégie biodiversité solide devient un avantage durable.
FAQ
Pourquoi la biodiversité concerne-t-elle les entreprises ?
Quelles obligations réglementaires encadrent la biodiversité en entreprise ?
Comment construire une stratégie biodiversité ?
Comment mesurer l’empreinte biodiversité d’une entreprise ?
Quel lien entre biodiversité et production audiovisuelle ?
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