L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) a été signé officiellement le 17 janvier 2026 à Asunción, après plus de 25 ans de négociations [1]. Son application provisoire est prévue à compter du 1er mai 2026 [2]. Pour les entreprises européennes, cet accord représente à la fois une opportunité commerciale considérable et un défi environnemental sans précédent : il remet en question la cohérence entre les politiques commerciales de l’UE et ses engagements climatiques. Cet article analyse les enjeux du Mercosur pour les organisations européennes, du point de vue environnemental, réglementaire et stratégique.
Qu’est-ce que l’accord UE-Mercosur : contexte et calendrier
Le Mercosur (Mercado Común del Sur) regroupe quatre pays d’Amérique du Sud : le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Ensemble, ils représentent un marché de plus de 280 millions de consommateurs et constituent l’une des plus grandes zones agricoles de la planète.
Un accord négocié sur plus de deux décennies
Les premières discussions entre l’UE et le Mercosur remontent à la fin des années 1990. L’accord a été finalisé politiquement une première fois en 2019, avant d’être bloqué par les préoccupations environnementales de plusieurs États membres, dont la France. Un instrument additionnel sur le développement durable a été négocié, aboutissant à la signature définitive en janvier 2026 [3].
Un accord d’une portée commerciale considérable
L’accord prévoit la suppression des droits de douane sur 91 % des exportations européennes vers le Mercosur, permettant aux entreprises européennes d’économiser plus de 4 milliards d’euros par an [1]. Pour les secteurs industriels européens (automobile, machines, produits pharmaceutiques, vins et spiritueux), c’est un accès privilégié à un marché en forte croissance.
Les enjeux environnementaux au cœur du débat
Le principal grief environnemental adressé à l’accord Mercosur concerne le risque d’accélération de la déforestation en Amazonie et dans d’autres biomes sud-américains, comme le Cerrado brésilien.
Le risque de déforestation liée aux importations agricoles
Les projections indiquent une hausse des importations de bœuf brésilien de l’ordre de 63,7 % [4] à mesure que les droits de douane seront levés. Or, l’élevage bovin est la principale cause directe de déforestation en Amazonie. Des études indépendantes estiment qu’une hausse de 2 à 3 % de la production de viande bovine résultant de l’accord pourrait accélérer la déforestation annuelle de l’ordre de 5 % pendant les six premières années d’application [5].
Ces projections soulèvent une question de cohérence directe avec les politiques climatiques européennes : l’UE, qui s’est engagée à réduire ses émissions de GES de 55 % d’ici à 2030 dans le cadre du Green Deal, risque d’externaliser une partie de son empreinte environnementale vers l’Amérique du Sud via ses importations. Pour les entreprises soumises à la CSRD et au GHG Protocol, les émissions induites par ces chaînes d’approvisionnement sont comptabilisées dans le scope 3 et devront être documentées.
La biodiversité menacée au-delà de l’Amazonie
L’Amazonie n’est pas le seul écosystème concerné. Le Cerrado, la plus vaste savane tropicale du monde, est une zone de mega-biodiversité qui abrite plus de 5 % des espèces mondiales. Il est également sous forte pression agricole, notamment liée à la production de soja — dont le Brésil est le premier exportateur mondial et dont l’UE est un importateur majeur pour l’alimentation animale [6].
La question des normes sanitaires et environnementales
Les producteurs agricoles européens et les organisations environnementales soulignent l’asymétrie de normes entre les deux zones : les produits importés du Mercosur sont soumis à des standards phytosanitaires et environnementaux moins exigeants que ceux appliqués en Europe, notamment en matière d’usage de pesticides. L’accord introduit un mécanisme de rééquilibrage permettant aux parties lésées de soumettre leurs différends environnementaux à l’arbitrage [7], mais son efficacité réelle reste à prouver.
Ce que l’accord change pour les entreprises européennes
Pour les entreprises européennes, l’accord Mercosur modifie concrètement plusieurs dimensions de leur activité — des opportunités commerciales aux obligations de traçabilité environnementale.
Opportunités commerciales pour les exportateurs européens
Les secteurs industriels européens sont les grands bénéficiaires attendus de cet accord. La suppression des barrières tarifaires facilite l’accès à un marché de 280 millions de consommateurs pour les machines-outils, les équipements électriques, les véhicules, les produits pharmaceutiques et les biens de consommation européens. Les PME exportatrices, qui supportent disproportionnellement les coûts douaniers, bénéficient également de cette libéralisation.
Nouvelles obligations de traçabilité environnementale
Pour les entreprises qui s’approvisionnent en produits agricoles ou en matières premières d’Amérique du Sud, l’accord coïncide avec l’entrée en vigueur du règlement européen sur la déforestation (EUDR). Ce règlement exigera que les produits comme le soja, la viande bovine, le café, le cacao, le bois ou le caoutchouc importés en Europe proviennent de zones exemptes de déforestation postérieure à une date de référence. La traçabilité des chaînes d’approvisionnement devient ainsi une exigence légale, et non plus seulement un engagement volontaire.
Implications pour le reporting CSRD et le scope 3
Les entreprises soumises à la directive CSRD doivent documenter leurs émissions de scope 3, qui incluent les émissions induites par les achats de matières premières. Des approvisionnements en soja ou en viande bovine provenant de zones déforestées alourdissent mécaniquement le bilan carbone scope 3 de l’entreprise et pourraient exposer celle-ci à des risques de non-conformité dans le rapport RSE. La rigueur dans l’inventaire des émissions des fournisseurs devient donc un enjeu compétitif et réglementaire.
Risques de réputation et pression des parties prenantes
Au-delà des obligations légales, les entreprises font face à une pression croissante de leurs parties prenantes — investisseurs, clients, ONG — sur la cohérence de leurs engagements environnementaux avec leurs pratiques d’approvisionnement. S’approvisionner auprès de fournisseurs liés à la déforestation, même indirectement, expose à des risques réputationnels significatifs. Les référentiels ISO environnementaux (ISO 14001, ISO 14064) fournissent un cadre pour gérer ces risques de manière systématique.
Le cadre réglementaire environnemental de l’accord
L’accord UE-Mercosur intègre un chapitre dédié au développement durable, qui comprend des engagements en matière de lutte contre la déforestation, de respect de l’Accord de Paris et de mise en œuvre des conventions de l’Organisation internationale du travail.
Le mécanisme de rééquilibrage environnemental
L’instrument additionnel signé en décembre 2024 introduit un mécanisme de rééquilibrage permettant aux parties de suspendre des préférences tarifaires si l’autre partie adopte des mesures environnementales incompatibles avec les engagements de l’accord. Ce mécanisme répond notamment aux inquiétudes latino-américaines concernant les effets des réglementations européennes (EUDR, CSRD) sur leurs exportations [8].
La tension entre libre-échange et droit de l’environnement
Une question juridique fondamentale traverse l’accord : la compatibilité entre les obligations de libre-échange et le droit européen de l’environnement. Les avocats spécialisés et les organisations environnementales soulignent que certaines clauses pourraient être utilisées pour contester des réglementations environnementales européennes devant des tribunaux d’arbitrage, créant un risque de « gel réglementaire » qui découragerait l’adoption de normes plus ambitieuses. Cette tension est directement liée aux enjeux de l’ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui vise précisément à éviter les distorsions liées aux différences de prix du carbone entre régions.
Mercosur et secteurs audiovisuel et événementiel
Si l’accord Mercosur concerne en premier lieu les secteurs agricoles et industriels, ses implications environnementales touchent aussi, de manière indirecte, les secteurs audiovisuel et événementiel — à travers leurs chaînes d’approvisionnement et leurs obligations de reporting scope 3.
Impacts indirects pour le secteur audiovisuel
Les productions audiovisuelles s’approvisionnent auprès de nombreux prestataires dont les chaînes d’approvisionnement incluent des matières premières d’Amérique du Sud : papeterie, matériaux de décors, alimentation sur les plateaux, textiles. Avec l’entrée en vigueur de l’EUDR et le renforcement des exigences CSRD, les producteurs qui documentent leur bilan carbone scope 3 devront tracer l’origine de ces approvisionnements. Par ailleurs, les groupes médias soumis à la CSRD doivent intégrer les risques physiques liés au changement climatique dans leurs reportings — notamment les risques de déforestation qui affectent leurs fournisseurs. Ecoprod et les référentiels Albert évoluent en ce sens, en intégrant progressivement les émissions de scope 3 dans leurs méthodologies.
Impacts pour le secteur événementiel
Les organisateurs d’événements sont également concernés par les exigences de traçabilité sur les produits alimentaires et les matériaux utilisés lors de leurs productions. Un festival ou un événement corporate qui s’engage dans une démarche de bilan carbone doit documenter ses achats alimentaires et les émissions associées — y compris l’origine des produits. La pression réglementaire liée à l’accord Mercosur et à l’EUDR renforce la nécessité de disposer d’un système de collecte et de traçabilité des données d’achats robuste.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements — bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro
L’accord UE-Mercosur renforce les obligations de traçabilité environnementale pour toutes les entreprises qui s’approvisionnent auprès de fournisseurs dont les chaînes remontent à l’Amérique du Sud. GreenPro, la plateforme de TheGreenshot, intègre nativement la gestion des émissions scope 3 liées aux achats, permettant aux productions audiovisuelles et aux organisateurs d’événements de documenter l’empreinte carbone de leurs approvisionnements. Grâce à la collecte automatisée, aux scans de factures par OCR et aux tableaux de bord conformes CSRD et GHG Protocol, les équipes RSE peuvent répondre aux exigences réglementaires croissantes sans alourdir leurs processus opérationnels. Les consultants de TheGreenshot accompagnent chaque structure dans l’identification des postes scope 3 prioritaires et la construction d’une stratégie de réduction adaptée à ses contraintes sectorielles.
Conclusion
L’accord UE-Mercosur marque un tournant dans les relations commerciales entre l’Europe et l’Amérique du Sud, avec des implications environnementales qui dépassent largement les seuls secteurs agricoles. Pour les entreprises européennes, il impose une vigilance accrue sur la traçabilité des chaînes d’approvisionnement, la cohérence entre stratégie commerciale et engagements climatiques, et la conformité aux réglementations environnementales qui s’accumulent — EUDR, CSRD, taxonomie européenne. Le risque de déforestation lié à l’accord soulève une question de fond sur la compatibilité entre libre-échange et ambitions climatiques, qui ne sera tranchée que par la mise en œuvre effective des mécanismes de surveillance et d’arbitrage prévus. Les entreprises qui anticipent dès maintenant ces enjeux — en structurant leur management environnemental et en renforçant la traçabilité de leurs achats — seront mieux positionnées pour naviguer dans ce nouveau paysage réglementaire et réputationnel.
FAQ
Quand l’accord UE-Mercosur entre-t-il en vigueur ?
Quels sont les principaux risques environnementaux de l’accord Mercosur ?
Qu’est-ce que le règlement EUDR et comment s’applique-t-il dans ce contexte ?
Quels bénéfices commerciaux l’accord Mercosur apporte-t-il aux entreprises européennes ?
Comment l’accord Mercosur affecte-t-il les obligations CSRD des entreprises ?
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.





