La Science Based Targets initiative (SBTi) offre aux entreprises un cadre rigoureux pour fixer des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés sur les données scientifiques du GIEC. L’ambition centrale : maintenir le réchauffement planétaire en deçà de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. L’initiative a dépassé 10 000 entreprises engagées à l’échelle mondiale [1], et les cibles carbone et net-zero validées ont connu une croissance de 40 % sur la période récente. Pour les organisations du secteur audiovisuel et événementiel, engager une trajectoire SBTi représente une démarche structurante, exigeante dans sa méthode mais reconnue par les investisseurs, les donneurs d’ordre et les régulateurs. Cet article présente ce qu’est la SBTi, comment elle fonctionne et comment les organisations peuvent s’y engager concrètement.
Qu’est-ce que la Science Based Targets initiative ?
La Science Based Targets initiative est un partenariat lancé par le CDP, le Pacte mondial des Nations Unies, le World Resources Institute (WRI) et le WWF. Son objectif est de permettre aux entreprises de fixer des cibles de décarbonation « basées sur la science », c’est-à-dire calibrées sur les trajectoires d’émissions définies par le GIEC pour limiter le réchauffement à 1,5 °C [2].
Contrairement à un engagement climatique libre ou autovalidé, les objectifs SBTi sont soumis à un processus de vérification indépendant. L’initiative publie des méthodologies sectorielles (chimie, énergie, finance, bâtiment, transport…) et un standard générique applicable à toutes les entreprises n’ayant pas encore de pathway sectoriel dédié. Le résultat : une cible de réduction chiffrée, vérifiée, et publiée dans un registre public mondial [1].
La SBTi ne se limite pas à la réduction des émissions directes (scopes 1 et 2). Elle exige des entreprises de couvrir également le scope 3 lorsqu’il représente plus de 40 % des émissions totales, ce qui est le cas pour la très grande majorité des organisations du secteur des médias, de la production et de l’événementiel. Le GHG Protocol, sur lequel s’appuie la SBTi, définit ces trois périmètres d’émissions en détail.
Les quatre étapes du processus SBTi
Le processus de validation SBTi suit quatre grandes étapes, accessibles à toute organisation, quelle que soit sa taille [3] :
Étape 1, Engagement public
L’organisation soumet à la SBTi une lettre d’engagement formelle, disponible sur la plateforme en ligne. Cet acte d’engagement est public : le nom de l’entreprise apparaît dans le registre mondial des organisations committées. À partir de cette date, l’organisation dispose de 24 mois pour soumettre ses objectifs chiffrés pour validation [5].
Étape 2, Mesure et définition des objectifs
L’organisation réalise un inventaire GES complet, couvrant les trois scopes. Sur cette base, elle définit ses objectifs de réduction à court terme (near-term) et, si elle vise le standard Net-Zero, ses objectifs à long terme. La SBTi met à disposition des outils de calcul et des guides méthodologiques sectoriels pour aider à calibrer des cibles cohérentes avec une trajectoire 1,5 °C. La maîtrise du scope 3 est souvent l’étape la plus complexe : elle requiert la collecte de données auprès des fournisseurs et partenaires de la chaîne de valeur.
Étape 3, Soumission et validation indépendante
L’organisation soumet son dossier via la plateforme SBTi, accompagné d’un inventaire GES complet, d’objectifs chiffrés par scope et de justificatifs méthodologiques. La SBTi procède à une vérification indépendante. Le délai de validation (une fois le dossier complet soumis) est typiquement d’environ un mois, avec des allers-retours possibles pour clarifications [5]. Le nouveau standard Corporate Net-Zero v2.0 introduit une différenciation selon la taille et le contexte géographique de l’entreprise, avec des exigences allégées pour les PME en économies émergentes [6].
Étape 4 (Publication et reporting annuel
Une fois les objectifs validés, l’organisation dispose de six mois pour les publier) sur son site, dans son rapport annuel ou via un communiqué. Elle s’engage ensuite à rendre compte de ses progrès chaque année. Les objectifs validés figurent dans le registre public SBTi, consultable par toute partie prenante [1].
Objectifs near-term et net-zero : les deux horizons de la SBTi
La SBTi distingue deux types d’objectifs, à articuler dans une trajectoire cohérente [4] :
Les objectifs near-term (court terme)
Ces cibles portent sur un horizon de 5 à 10 ans à compter de la soumission. Elles doivent couvrir les scopes 1 et 2, et le scope 3 lorsqu’il dépasse 40 % des émissions totales. Pour être alignées sur 1,5 °C, elles requièrent en général une réduction des émissions scopes 1 et 2 d’au moins 4,2 % par an, et une trajectoire équivalente sur le scope 3. Ces objectifs sont les plus concrets et les plus directement liés aux plans d’action opérationnels de l’organisation.
Les objectifs net-zero (long terme)
Les objectifs net-zero SBTi visent une réduction des émissions d’au minimum 90 % par rapport à l’année de référence, avec neutralisation des émissions résiduelles incompressibles par des absorptions carbone permanentes. Ce standard est plus exigeant que la simple compensation par des crédits carbone volontaires : la SBTi ne reconnaît que les absorptions à haute intégrité et ne valide pas les approches d’achat de crédits comme substitut à la réduction [6]. L’articulation entre réduction effective et absorptions résiduelles constitue un point de différence majeur entre la SBTi et d’autres cadres de neutralité carbone comme la Net Zero Initiative (Carbone 4) ou la démarche ADEME.
SBTi, GHG Protocol et CSRD : articulation réglementaire
La SBTi s’appuie sur le GHG Protocol comme référentiel de comptabilité carbone. Tout inventaire GES soumis à la SBTi doit être conforme aux standards GHG Protocol Corporate Accounting and Reporting Standard et GHG Protocol Corporate Value Chain (Scope 3) Standard.
Cette compatibilité est importante pour les entreprises soumises à la directive CSRD : l’inventaire GES développé pour les objectifs SBTi peut servir de base au reporting extra-financier réglementaire, selon les normes ESRS E1 (Changement climatique). Les deux démarches sont ainsi complémentaires, la CSRD impose la transparence, la SBTi fournit le cadre d’ambition et de validation. Les organisations qui ont déjà engagé un processus SBTi disposent d’un avantage méthodologique significatif pour répondre aux exigences CSRD.
Pour les émissions de scope 1 et scope 2, la convergence entre SBTi et CSRD est directe. La complexité principale réside dans le scope 3, qui nécessite une collecte de données fournisseurs robuste que peu d’organisations maîtrisent dès les premières années d’engagement.
SBTi dans le secteur audiovisuel et événementiel : spécificités et bonnes pratiques
Le secteur des médias, de la production audiovisuelle et de l’événementiel présente des caractéristiques qui rendent l’engagement SBTi à la fois stratégiquement pertinent et méthodologiquement exigeant. La structure en projets temporaires, la multiplicité des fournisseurs par production et la prépondérance du scope 3 (notamment les déplacements des équipes) complexifient la construction d’un inventaire GES annuel robuste.
Secteur audiovisuel : des acteurs majeurs déjà engagés
Plusieurs grands groupes de médias et de production ont engagé des objectifs validés par la SBTi, faisant de ce référentiel une norme de plus en plus adoptée dans le secteur. TheGreenshot a accompagné Banijay dans l’automatisation de son reporting carbone sur 150 labels de production, une démarche préalable indispensable à la construction d’une trajectoire SBTi crédible. L’étude de cas Banijay illustre comment un groupe de production peut industrialiser la collecte de données carbone à grande échelle, condition sine qua non d’un engagement SBTi robuste.
La principale difficulté pour les producteurs audiovisuels est la granularité du scope 3 : chaque production implique des dizaines de fournisseurs différents (décors, costumes, post-production, catering, hôtels) dont les émissions doivent être estimées ou collectées. Des outils comme Carbon’Clap (homologué CNC) et GreenPro permettent d’automatiser cette collecte production par production, en construisant progressivement la base de données nécessaire à un inventaire annuel consolidé.
Événementiel : le scope 3 comme enjeu central
Dans l’événementiel, le scope 3 représente souvent plus de 80 % du bilan carbone total d’un événement d’envergure, avec les déplacements du public et des intervenants comme postes dominants. Fixer des objectifs SBTi near-term nécessite donc d’agir en priorité sur ces leviers : promotion du rail sur les destinations accessibles, contractualisation d’objectifs de réduction avec les prestataires logistiques, localisation prioritaire des fournisseurs. Des organisateurs d’événements et de festivals ont commencé à publier des objectifs de réduction alignés sur des trajectoires scientifiques, signalant une maturation rapide du secteur sur ces enjeux.
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Conclusion
La SBTi s’est imposée comme le cadre de référence mondial pour les entreprises qui souhaitent aligner leur stratégie climatique sur les données scientifiques. Son processus en quatre étapes (engagement, définition des objectifs, validation indépendante, publication) offre une crédibilité externe que les engagements autovalidés ne peuvent apporter. Pour le secteur audiovisuel et événementiel, l’enjeu principal réside dans la maîtrise du scope 3, qui concentre l’essentiel des émissions. Les organisations qui investissent dans des systèmes de collecte de données robustes (production par production, événement par événement) se donnent les moyens de construire des trajectoires SBTi solides et défendables. Alors que la CSRD renforce les obligations de transparence et que les attentes des partenaires commerciaux et financiers se précisent, l’engagement SBTi devient un signal fort de sérieux climatique et un avantage concurrentiel réel.
FAQ
Qu’est-ce que la SBTi et pourquoi est-elle différente d’un engagement climatique classique ?
Quelles sont les étapes pour faire valider des objectifs SBTi ?
Quelle différence entre les objectifs near-term et les objectifs net-zero SBTi ?
La SBTi est-elle compatible avec les obligations CSRD ?
Comment une société de production audiovisuelle peut-elle s’engager dans la SBTi ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Avant de s’engager dans le processus SBTi, une organisation doit disposer d’un inventaire GES complet et fiable sur les trois scopes. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte pour les productions audiovisuelles et les événements : scan de factures par OCR, application automatique des facteurs d’émission de la Base Empreinte® ADEME, tableaux de bord temps réel par scope, et export de bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol. Cette base de données constitue le socle indispensable à la définition d’objectifs SBTi crédibles et défendables face à un vérificateur indépendant. Une démonstration personnalisée permet de découvrir comment l’outil s’intègre dans le workflow d’une production ou d’un événement.
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