- Comprendre le scope 1 dans le bilan carbone 2026
- Les principales sources d’émissions du scope 1
- Exemples concrets d’émissions scope 1 en entreprise
- Pourquoi mesurer les émissions scope 1 en 2026
- Méthodes de calcul des émissions scope 1
- Outils numériques pour automatiser le calcul scope 1
- Réduire les émissions scope 1 : leviers d’action
- Accompagnement et aides pour la décarbonation scope 1
- Conclusion
- FAQs
Les émissions de carbone de scope 1 sont les seules que l’entreprise maîtrise totalement. Saviez-vous que bien que les scopes 1 et 2 soient obligatoires pour réaliser un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES), ils ne représentent généralement que 10% à 20% du total des émissions d’une organisation ? Le scope 1 englobe spécifiquement les émissions directes provenant des sources contrôlées par une entité.
Ces émissions directes sont relativement faciles à quantifier, car elles proviennent de foyers internes que l’entité peut surveiller et mesurer. Cependant, lorsqu’on considère l’ensemble du bilan carbone incluant le scope 1, le scope 2 et le scope 3, il faut noter que le scope 3 représente souvent entre 70% et 95% de l’empreinte carbone totale d’une entreprise, voire plus de 60% des émissions de gaz à effet de serre selon certaines sources. C’est pourquoi comprendre et agir sur le scope 1 constitue une première étape essentielle, mais non suffisante, dans la stratégie globale de décarbonation d’une entreprise.
En investissant dans des technologies décarbonées et dans l’efficacité énergétique pour réduire les émissions de scope 1, l’entreprise diminue non seulement son impact environnemental, mais optimise également son budget énergétique. Ce guide pratique offre toutes les clés pour comprendre, mesurer et réduire efficacement les émissions directes de votre organisation en 2026.
Comprendre le scope 1 dans le bilan carbone 2026
Définition des émissions directes selon le GHG Protocol
Dans le cadre du Protocole des gaz à effet de serre (GHG Protocol), développé conjointement par le World Resources Institute et le World Business Council for Sustainable Development, le scope 1 désigne l’ensemble des émissions directes de gaz à effet de serre provenant de sources détenues ou contrôlées par une organisation [1]. Ces émissions sont générées sur place par les activités propres à l’entreprise.
Le périmètre du scope 1 englobe cinq sous-catégories d’émissions directes clairement identifiées :
- Combustion stationnaire : émissions issues des installations fixes comme les chaudières industrielles, fours, et centrales thermiques qui brûlent des combustibles fossiles sur site [2]
- Combustion mobile : émissions provenant de la flotte de véhicules possédés par l’entreprise (voitures, camions, navires, avions, etc.) [3]
- Procédés industriels hors énergie : émissions résultant des processus de fabrication et de transformation (fermentation dans l’industrie alimentaire, production de bioéthanol) [3]
- Émissions fugitives : fuites accidentelles ou intentionnelles de gaz, notamment des systèmes de réfrigération et de climatisation [3]
- Émissions issues de la biomasse (sols et forêts) [3]
Différence entre scope 1, scope 2 et scope 3
La distinction fondamentale entre les trois scopes repose sur deux critères essentiels : la propriété des émissions et le degré de contrôle exercé sur les niveaux d’émissions à chaque étape [4].
Le scope 1 comprend exclusivement les émissions directes générées sur site par des sources appartenant à l’organisation ou sous son contrôle direct. En revanche, le scope 2 couvre les émissions indirectes associées à l’achat d’électricité, de vapeur, de chaleur ou de refroidissement [1]. Bien que ces émissions se produisent physiquement dans les installations qui les génèrent, elles sont comptabilisées dans l’inventaire des GES d’une organisation car elles résultent de sa consommation d’énergie [1].
Par ailleurs, le scope 3 englobe toutes les autres émissions indirectes survenant dans la chaîne de valeur d’une entreprise [4]. L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) précise que ces émissions sont « le résultat d’activités provenant d’actifs qui ne sont pas possédés ou contrôlés par l’organisation déclarante, mais que l’organisation impacte indirectement dans sa chaîne de valeur » [5].
Alors que les scopes 1 et 2 concernent principalement les opérations et la consommation d’énergie détenues et contrôlées par l’équipe de direction de l’entreprise, le scope 3 inclut les émissions dont l’entreprise est responsable mais qui se produisent en dehors de ses murs et sont contrôlées par d’autres parties [3].
Pourquoi le scope 1 est central dans le bilan carbone
Bien que les scopes 1 et 2 ne représentent généralement que 10% à 20% des émissions totales d’une organisation [2], le scope 1 demeure central dans le bilan carbone pour plusieurs raisons fondamentales.
Premièrement, les émissions du scope 1 relèvent du contrôle direct de l’entreprise, contrairement au scope 3, qui nécessite d’influencer des fournisseurs, des clients ou des partenaires [2]. Cette maîtrise directe permet aux organisations de prendre des mesures immédiates pour réduire leur impact environnemental par des améliorations de processus, des mises à niveau d’équipement ou des changements de combustibles [2].
Deuxièmement, pour les industries lourdes comme le pétrole et le gaz, la chimie et la fabrication, le scope 1 ne représente pas seulement une part significative des émissions – il constitue le fondement même de leur bilan carbone [2]. Ces secteurs dépendent fortement de la combustion de combustibles fossiles dans leurs processus de production, ce qui rend leurs émissions directes particulièrement importantes.
En outre, l’élan réglementaire rend la gestion du scope 1 de plus en plus urgente. De nouvelles politiques, telles que la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité des entreprises (CSRD), la loi californienne sur la responsabilité des données climatiques des entreprises (SB 253) et les cadres mondiaux alignés sur l’ISSB, obligent les entreprises à mesurer et à divulguer publiquement leurs émissions de scope 1 [2].
Enfin, la décarbonation du scope 1 des industries lourdes peut également entraîner des réductions d’émissions du scope 3 chez d’autres organisations qui dépendent de leurs produits [2], créant ainsi un effet domino positif dans l’ensemble de l’économie.
Les principales sources d’émissions du scope 1
Pour réduire efficacement l’empreinte carbone directe d’une organisation, il faut d’abord identifier précisément d’où proviennent ces émissions. Le scope 1 comprend cinq catégories principales d’émissions que toute entreprise doit connaître et mesurer.
Combustion fixe : chaudières, fours, turbines
La combustion fixe constitue souvent la principale source d’émissions directes pour de nombreuses entreprises. Elle englobe toutes les installations stationnaires qui brûlent des combustibles fossiles sur site pour produire de l’énergie thermique, mécanique ou électrique.
Ces équipements incluent notamment :
- Les chaudières industrielles et domestiques utilisées pour le chauffage ou la production d’eau chaude
- Les fours de process dans l’industrie (verrerie, cimenterie, sidérurgie)
- Les turbines à gaz pour la production d’électricité
- Les incinérateurs et autres équipements de combustion
L’impact carbone varie considérablement selon le type de combustible utilisé. Par exemple, le gaz naturel émet environ 202 kg CO₂e/MWh, tandis que le fioul lourd peut atteindre 324 kg CO₂e/MWh.
Combustion mobile : flotte de véhicules thermiques
Cette catégorie regroupe les émissions provenant des véhicules et équipements mobiles appartenant à l’entreprise ou relevant de son contrôle opérationnel. Elle concerne principalement :
Les véhicules de fonction et de service (voitures, camionnettes, poids lourds) Les engins de chantier et de manutention (bulldozers, chargeuses, chariots élévateurs) Les équipements agricoles (tracteurs, moissonneuses) Les navires et bateaux appartenant à l’entreprise Les avions et hélicoptères détenus en propre
En France, le secteur des transports représente 31% des émissions nationales de gaz à effet de serre, ce qui souligne l’importance de cette catégorie dans le bilan carbone des organisations.
Procédés industriels hors énergie
Certains procédés industriels génèrent des émissions directes sans qu’elles soient liées à la production d’énergie. Ces émissions résultent de réactions chimiques ou physiques spécifiques à certains secteurs :
Dans l’industrie cimentière, la décarbonation du calcaire libère du CO₂ indépendamment de la combustion nécessaire au process La production d’acier émet du CO₂ lors de la réduction du minerai de fer La fabrication d’aluminium génère des perfluorocarbures (PFC) L’industrie chimique peut émettre différents gaz à effet de serre selon les process (N₂O, CH₄)
Par ailleurs, la fermentation dans l’industrie agroalimentaire et la production de bioéthanol génèrent des émissions comptabilisées dans cette catégorie.
Émissions fugitives : fluides frigorigènes
Les émissions fugitives comprennent les rejets non intentionnels ou difficilement contrôlables de gaz à effet de serre. Les principales sources sont :
Les fuites de fluides frigorigènes des systèmes de climatisation et de réfrigération, particulièrement problématiques car ces gaz (HFC, HCFC) possèdent un pouvoir de réchauffement global jusqu’à 14 800 fois supérieur au CO₂ Les fuites sur les réseaux de distribution de gaz naturel (méthane) Les émissions de méthane des mines de charbon Les rejets de méthane et d’autres gaz lors de l’extraction, du transport et de la distribution d’hydrocarbures
Une simple fuite de quelques kilogrammes de fluide frigorigène peut représenter l’équivalent de plusieurs tonnes de CO₂.
Émissions issues de la biomasse
Cette dernière catégorie concerne les émissions directes de CO₂ issues de la combustion ou de la transformation de la biomasse (matière organique d’origine végétale ou animale).
Elle inclut notamment :
- La combustion de bois pour le chauffage ou la production d’énergie
- L’utilisation de biocarburants dans les véhicules
- Les émissions des sols agricoles gérés par l’entreprise
- La méthanisation de déchets organiques
Bien que ces émissions fassent partie du cycle naturel du carbone, elles doivent néanmoins être comptabilisées dans le scope 1 selon les protocoles internationaux, et sont généralement traitées séparément dans les rapports, en raison de leur nature biogénique.
En identifiant précisément ces cinq sources d’émissions directes, les organisations peuvent élaborer des stratégies ciblées pour réduire efficacement leur empreinte carbone Scope 1 et prioriser les actions de décarbonation les plus pertinentes.
Exemples concrets d’émissions scope 1 en entreprise
Pour mieux comprendre l’application pratique des concepts théoriques du scope 1, examinons quelques exemples concrets d’émissions directes dans différents contextes professionnels. Ces illustrations permettent aux entreprises d’identifier plus facilement les sources d’émissions sur lesquelles elles peuvent agir directement.
Chauffage au gaz dans les bâtiments
Le chauffage au gaz naturel constitue l’une des principales sources d’émissions de scope 1 en entreprise. Dans un immeuble de bureaux ou sur un site industriel, la combustion de gaz fossile pour maintenir une température confortable génère des émissions directes significatives.
Par exemple, une entreprise occupant un bâtiment de 5 000 m² consomme environ 100 kWh/m²/an pour le chauffage au gaz, ce qui équivaut à 101 tonnes de CO₂e par an. Cette consommation varie considérablement selon:
- L’isolation thermique du bâtiment
- La température de consigne choisie
- La rigueur climatique de la zone géographique
- L’âge et l’efficacité des chaudières installées
Un autre exemple révélateur concerne les sites industriels qui utilisent des chaudières à gaz dans leurs processus. Une usine agroalimentaire utilisant des chaudières à gaz pour la stérilisation ou la pasteurisation peut émettre plusieurs centaines de tonnes de CO₂ par an à partir de ce seul poste.
Utilisation de groupes électrogènes
Les groupes électrogènes constituent une source d’émissions de scope 1 souvent sous-estimée. Généralement alimentés au diesel ou au fioul, ces équipements sont utilisés dans plusieurs contextes:
- En secours lors de coupures électriques
- Comme source principale d’énergie sur des sites isolés
- Pour alimenter des chantiers non raccordés au réseau
- Lors d’événements temporaires nécessitant une alimentation électrique autonome
Un groupe électrogène de 500 kVA fonctionnant 1 000 heures par an consomme environ 100 000 litres de diesel, ce qui génère près de 268 tonnes de CO₂e. Cette source d’émission devient particulièrement significative dans les régions où le réseau électrique est instable, ce qui oblige les entreprises à recourir fréquemment à ces équipements.
Par ailleurs, les entreprises du BTP et les organisateurs d’événements utilisent régulièrement ces dispositifs. À titre d’illustration, un chantier de construction moyen peut mobiliser plusieurs groupes électrogènes totalisant une puissance de 250 kVA pendant 8 mois, ce qui représente environ 134 tonnes de CO₂e.
Fuites de climatisation industrielle
Les systèmes de climatisation et de réfrigération industriels constituent une source majeure d’émissions fugitives dans le scope 1, notamment en raison des fuites de fluides frigorigènes. Ces gaz possèdent un pouvoir de réchauffement global (PRG) souvent plusieurs milliers de fois supérieur à celui du CO₂.
Prenons l’exemple d’un supermarché doté d’installations frigorifiques pour conserver les produits frais et surgelés. Un tel magasin contient en moyenne 300 kg de fluides frigorigènes. Avec un taux de fuite moyen de 10 % par an, cela représente 30 kg de gaz échappés. Si ces installations utilisent du R-404A (PRG de 3 922), les émissions associées s’élèvent à 117,7 tonnes de CO₂e par an.
De même, un entrepôt frigorifique de 10 000 m² utilisant du R-134a (PRG de 1 430) avec un taux de fuite similaire peut générer des émissions équivalentes à 85 tonnes de CO₂e uniquement en raison des fuites.
Ces émissions sont d’autant plus problématiques que:
- Elles sont souvent invisibles et difficiles à détecter
- La réglementation impose un suivi rigoureux et des contrôles d’étanchéité réguliers
- Les fluides les plus nocifs sont progressivement interdits, nécessitant des adaptations coûteuses
En conclusion, ces trois exemples illustrent parfaitement comment les activités quotidiennes des entreprises génèrent des émissions de scope 1 significatives, souvent sous-estimées dans le bilan carbone global.
Pourquoi mesurer les émissions scope 1 en 2026
En 2026, la mesure des émissions de scope 1 devient un impératif stratégique pour les entreprises françaises, dépassant le cadre d’une démarche volontaire. Plusieurs facteurs expliquent cette urgence croissante à quantifier et à maîtriser ces émissions directes.
Conformité réglementaire (BEGES, CSRD)
L’élan réglementaire rend désormais la mesure du scope 1 obligatoire pour un nombre croissant d’organisations. En France, le Bilan d’Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) impose aux entreprises de plus de 500 salariés en France métropolitaine et de 250 salariés dans les territoires d’outre-mer de publier leurs émissions directes (scopes 1 et 2) [6]. Les sanctions pour non-conformité se sont considérablement durcies, pouvant atteindre 50 000 €, voire 100 000 € en cas de récidive [1].
Par ailleurs, la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), entrée en vigueur en janvier 2024, transforme profondément les exigences en matière de reporting climatique [6]. Cette réglementation s’applique progressivement à partir de 2025 aux grandes entreprises répondant à au moins deux des trois critères suivants :
- Total bilan supérieur à 25 millions d’euros
- Chiffre d’affaires net supérieur à 50 millions d’euros
- Plus de 250 salariés en moyenne [6]
En outre, la loi DDADUE de 2025 introduit une simplification notable : les entreprises soumises à la CSRD peuvent désormais utiliser leur rapport de durabilité comme BEGES réglementaire, à condition qu’il comprenne un diagnostic des émissions de GES et un plan de transition pour leurs activités en France [6].
Aux États-Unis également, des réglementations telles que la SB 253 en Californie exigent désormais le reporting des émissions Scope 1, avec des obligations commençant précisément en 2026 [3].
Réduction de l’empreinte carbone directe
Au-delà de la conformité, mesurer les émissions de la scope 1 permet d’identifier les leviers d’action les plus efficaces pour réduire l’impact environnemental direct. En effet, la réduction des émissions de scope 1 offre une valeur ajoutée opérationnelle significative : l’optimisation de l’efficacité énergétique entraîne généralement une diminution des coûts d’exploitation [3].
De nombreuses stratégies de réduction du scope 1, telles que la modernisation des équipements ou la réduction du gaspillage de carburant, permettent non seulement de réduire les factures énergétiques, mais également d’améliorer la performance des actifs et de diminuer les coûts de maintenance [3]. Pour les entreprises soucieuses tant de durabilité que de rentabilité, cibler les émissions de scope 1 offre ainsi un retour sur investissement particulièrement intéressant.
La cartographie des émissions révèle souvent des inefficacités internes, notamment en matière de consommation d’énergie, fournissant des données concrètes pour guider les actions d’économie [1].
Avantage concurrentiel et image RSE
Réaliser un bilan carbone scope 1 en 2026 n’est plus seulement une contrainte ; c’est un signal puissant adressé aux clients et aux financeurs, montrant que l’entreprise mesure son impact et bâtit une stratégie résiliente [1]. En anticipant les attentes des donneurs d’ordre, l’entreprise sécurise sa position de partenaire privilégié au sein d’une chaîne de valeur en rapide évolution.
Des recherches du World Economic Forum démontrent que des protocoles robustes de comptabilité carbone permettent une plus grande transparence et améliorent les relations avec les parties prenantes, deux facteurs contribuant au succès commercial à long terme [7].
De plus, selon une enquête ESG menée en 2023 par BNP Paribas, 76 % des investisseurs considèrent que le changement climatique et la décarbonation sont des facteurs suffisamment importants pour influencer leur stratégie d’investissement [8]. La dimension sociale de la RSE a également le plus fort impact sur l’avantage concurrentiel des entreprises du secteur énergétique [9].
En définitive, mesurer le scope 1 en 2026 devient une question de pérennité. L’anticipation permet de gérer les risques climatiques futurs et d’assurer la viabilité du modèle économique dans une économie bas-carbone inévitable.
Méthodes de calcul des émissions scope 1
Le calcul précis des émissions de scope 1 constitue la pierre angulaire d’un bilan carbone fiable. Pour quantifier ces émissions directes, trois approches méthodologiques complémentaires s’offrent aux organisations.
Mesure directe via capteurs et compteurs
La méthode de mesure directe consiste à évaluer physiquement les émissions à leur source à l’aide d’instruments spécifiques. Cette approche utilise généralement un système de surveillance continue des émissions (CEM) qui enregistre le débit total et la concentration de CO₂ des gaz d’échappement dans une cheminée ou un conduit [10].
Parmi les équipements utilisés, on trouve notamment :
- Les capteurs de combustion
- Les détecteurs de gaz
- Les compteurs spécifiques
- Les capteurs infrarouges
Bien que cette méthode offre des résultats fiables et précis, notamment pour les émissions fugitives et celles générées par des procédés industriels spécifiques, elle présente néanmoins certains inconvénients. En effet, l’installation et la maintenance des systèmes CEM s’avèrent souvent coûteuses [10]. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) confirme d’ailleurs que « bien que la surveillance continue soit généralement recommandée en raison de sa grande précision, elle ne peut être justifiée pour le CO₂ seul en raison de ses coûts comparativement élevés » [10].
Calcul par facteur d’émission physique
En l’absence de mesure directe, les émissions peuvent être calculées en multipliant les données d’activité par un facteur d’émission physique. Cette méthode, plus simple et économique, s’appuie sur la formule suivante :
Quantité de GES = Quantité consommée × Facteur d’émission physique [5]
La quantité consommée représente, par exemple, la quantité de combustible fossile brûlé ou le nombre d’heures de fonctionnement d’un équipement. Pour illustrer ce calcul, prenons le cas d’une entreprise dont la consommation annuelle de diesel s’élève à 3 000 litres. Les émissions de gaz à effet de serre associées s’élèvent alors à : 3 000 litres × 2,68 kg CO₂e/litre, soit 8 040 kg CO₂e ou 8,04 tonnes CO₂e [5].
Concrètement, cette approche comporte trois étapes essentielles [4] :
- L’identification de toutes les sources d’émissions directes
- La collecte des données sur la consommation d’énergie
- La conversion de ces données en équivalents CO₂ à l’aide de facteurs d’émission fiables
Cette méthodologie s’applique différemment selon les types d’émissions : pour la combustion stationnaire (chaudières, générateurs), on utilise les données de consommation de carburant et les facteurs d’émission spécifiques au type de combustible. Pour la combustion mobile (véhicules d’entreprise), les émissions sont calculées à partir des données de consommation de carburant ou des kilomètres parcourus [4].
Utilisation de la Base Empreinte® de l’ADEME
La Base Empreinte® constitue la référence française officielle des facteurs d’émission nécessaires au calcul du scope 1. Créée par l’ADEME en février 2023, elle mutualise les fonctionnalités de deux outils préexistants [11]. Cette base de données publique est la référence officielle pour l’article 75 de la loi Grenelle II, qui impose la réalisation d’un bilan GES aux entreprises de plus de 500 salariés, aux établissements publics de plus de 250 agents et aux collectivités de plus de 50 000 habitants [12].
Sa gouvernance multi-acteurs comprend 14 membres, dont le Ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), le Mouvement des entreprises de France (MEDEF), le Réseau Action Climat (RAC) et l’Association des Professionnels en Conseil Climat (APCC) [12].
Pour les facteurs d’émission issus de la Base Carbone®, les données proviennent d’études d’analyse de cycle de vie (ACV), de programmes nationaux, de revues bibliographiques et de contributions tierces. Avant publication, ces facteurs sont validés par un comité scientifique et d’usagers, nommé Comité de Gouvernance (COGO) [11].
Par ailleurs, la Base Empreinte® se veut un outil au service de la transparence, avec une documentation détaillant les hypothèses de construction de l’ensemble des données et renvoyant aux études ayant permis leur élaboration [11]. Totalement gratuite, elle est accessible à tous, sous réserve de l’acceptation des conditions d’utilisation du site et des services proposés.
Outils numériques pour automatiser le calcul scope 1
En 2026, l’automatisation du calcul des émissions de scope 1 représente un avantage stratégique majeur pour les entreprises souhaitant optimiser leur démarche carbone. Des solutions numériques innovantes facilitent désormais cette tâche autrefois chronophage.
Logiciels de modélisation carbone
L’évolution technologique a transformé les outils de comptabilité carbone, passant de simples calculateurs à des systèmes d’entreprise essentiels. Ces plateformes offrent une structure permettant le calcul méthodique des émissions de la scope 1, conformément au Protocole GES [13].
Les logiciels modernes intègrent l’intelligence artificielle pour automatiser l’ensemble du processus de suivi des émissions. Ces systèmes peuvent réduire le travail manuel jusqu’à 80% tout en atteignant une précision de 99% [2]. Leur fonctionnement repose sur l’attribution automatique des facteurs d’émission les plus précis aux données collectées, ce qui améliore la conformité réglementaire.
Intégration avec les systèmes de gestion énergétique
L’efficacité des plateformes carbone dépend largement de leur capacité à s’interfacer avec les systèmes de gestion de l’énergie existants. Les outils les plus performants se connectent directement aux sources d’information pertinentes via des API ou des intégrations spécialisées [14].
Les systèmes de gestion énergétique (EMS) fournissent aux opérateurs des données détaillées sur la consommation d’énergie au niveau des installations, en mettant l’accent sur les données du scope 1 [15]. Les plateformes IA-IoT garantissent par ailleurs un suivi continu des métriques carbone et énergétiques, ce qui rend les données prêtes pour d’éventuels audits [16].
Exemple de plateforme : TheGreenShot
Développée par TheGreenShot, GreenPro illustre parfaitement cette transition vers l’automatisation du Scope 1. Plutôt que de solliciter des relevés manuels sur le terrain, GreenPro connecte la comptabilité carbone aux flux financiers réels. Grâce à son moteur d’IA, le logiciel identifie et isole instantanément les dépenses liées aux émissions directes — consommation de carburant des groupes électrogènes, flottes de véhicules, chauffage des bâtiments — dès qu’une facture est traitée. En appliquant automatiquement les facteurs d’émission normés (Carbon’Clap, GHG Protocol), GreenPro transforme ces données brutes en un inventaire Scope 1 auditable en temps réel, garantissant une conformité immédiate sans intervention humaine.
Réduire les émissions scope 1 : leviers d’action
Face aux défis climatiques, réduire les émissions de la scope 1 devient une priorité stratégique pour toute organisation. Plusieurs leviers d’action permettent d’obtenir des résultats tangibles dans cette démarche.
Isolation thermique et régulation du chauffage
L’amélioration de l’isolation thermique constitue un levier primordial pour réduire la consommation d’énergie des bâtiments. En effet, une isolation performante peut réduire de 30 % les besoins en chauffage. Par ailleurs, l’installation de systèmes de régulation intelligents permet d’optimiser les températures en fonction de l’occupation réelle des espaces.
La mise en place de thermostats programmables dans les différentes zones d’un bâtiment offre un potentiel d’économie d’énergie considérable, pouvant atteindre 15% des consommations liées au chauffage. De même, une gestion centralisée par le GTB (Gestion Technique du Bâtiment) assure un pilotage fin des équipements thermiques.
Substitution des énergies fossiles
Le remplacement des équipements fonctionnant à l’énergie fossile constitue une action déterminante. Ainsi, la substitution d’une chaudière au fioul par une pompe à chaleur peut réduire jusqu’à 80% les émissions associées.
Les alternatives bas-carbone incluent notamment :
- Les pompes à chaleur (aérothermiques ou géothermiques)
- Les chaudières biomasse (granulés ou plaquettes)
- Le solaire thermique pour la production d’eau chaude
Ces solutions, désormais techniquement matures, bénéficient souvent d’aides financières facilitant leur déploiement.
Électrification de la flotte de véhicules
L’électrification constitue un axe majeur de décarbonation pour les entreprises disposant d’une flotte de véhicules. Le remplacement progressif des véhicules thermiques par des modèles électriques permet de réduire significativement les émissions directes, à condition que l’électricité utilisée soit elle-même bas-carbone.
Pour une transition réussie, il convient néanmoins d’anticiper les besoins en infrastructures de recharge et d’adapter la politique de mobilité (autonomie nécessaire, usages spécifiques). L’hybridation peut également constituer une étape intermédiaire pertinente pour certains usages.
Maintenance préventive des équipements
La maintenance régulière des équipements techniques joue un rôle souvent sous-estimé dans la réduction des émissions de scope 1. Un entretien rigoureux des installations frigorifiques limite drastiquement les fuites de fluides frigorigènes, responsables d’émissions particulièrement nocives pour le climat.
De même, l’optimisation des réglages des chaudières et la vérification périodique des systèmes de combustion garantissent un rendement optimal, réduisant tant la consommation d’énergie que les émissions associées. Ces pratiques préventives s’avèrent généralement plus économiques que les interventions curatives.
Accompagnement et aides pour la décarbonation scope 1
Pour les entreprises souhaitant décarboner leurs émissions de scope 1, plusieurs dispositifs d’accompagnement sont désormais disponibles en France.
Diag Décarbon’Action de l’ADEME
Lancé conjointement par l’ADEME et Bpifrance, en collaboration avec l’Association Bilan Carbone, le Diag Décarbon’Action permet, en 12 jours, de mesurer les émissions directes et indirectes, d’identifier les principaux postes d’émission et d’élaborer un plan d’actions concret pour réduire l’empreinte carbone. La prestation s’étend sur 6 à 8 mois et coûte 6 000 € HT après une subvention de 40% [19]. Pour les structures de moins de 250 salariés, ce montant est réduit à 4 000 € HT [20].
Subventions disponibles en 2026
Les entreprises non soumises à l’obligation réglementaire de réaliser un bilan carbone peuvent bénéficier du Diag Décarbon’Action si elles comptent moins de 500 salariés [20]. Les organisations les plus importantes ont accès à une offre adaptée. Ce dispositif s’inscrit dans une démarche plus large de soutien à la transition énergétique et écologique des entreprises françaises [21].
Rôle des cabinets spécialisés en stratégie climat
Les cabinets de conseil spécialisés aident les entreprises à déployer des solutions de décarbonation qui allient développement durable et croissance. Leur expertise permet d’identifier les potentialités de réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment pour les émissions de scope 1, tout en tenant compte de l’évolution des conditions de marché [22]. Ces consultants élaborent des feuilles de route spécifiques pour réduire les émissions directes et accéder aux financements disponibles [23].
Conclusion
Mesurer et réduire les émissions de scope 1 constitue désormais une nécessité stratégique pour toute entreprise soucieuse de sa performance environnementale et économique. Bien que ces émissions directes constituent généralement une part minoritaire du bilan carbone global, leur maîtrise constitue néanmoins un levier d’action particulièrement efficace, en raison du contrôle direct exercé par l’organisation.
Face aux exigences réglementaires croissantes, telles que la CSRD et le BEGES, la comptabilité carbone du scope 1 devient incontournable en 2026. Cette démarche dépasse toutefois le cadre de la simple conformité. Effectivement, l’optimisation des sources d’émissions directes génère simultanément des économies substantielles et renforce l’attractivité de l’entreprise auprès des clients et des investisseurs de plus en plus sensibles aux enjeux climatiques.
Les cinq catégories d’émissions directes – combustion fixe, combustion mobile, procédés industriels, émissions fugitives et biomasse – nécessitent chacune une approche spécifique. Leur quantification précise, facilitée par les outils numériques modernes et les méthodologies standardisées, constitue le préalable indispensable à toute stratégie de décarbonation efficace.
Les leviers d’action pour réduire ces émissions s’avèrent nombreux et souvent rentables à moyen terme : amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, électrification des flottes de véhicules, maintenance préventive des équipements ou encore substitution des énergies fossiles par des alternatives bas-carbone.
Finalement, les entreprises ne sont pas seules dans cette transition. Des dispositifs d’accompagnement, tels que le Diag Décarbon’Action de l’ADEME ou l’expertise des cabinets spécialisés, facilitent l’élaboration et la mise en œuvre de plans d’action adaptés aux spécificités de chaque organisation. La réduction du scope 1 constitue non seulement un impératif environnemental, mais également une opportunité de modernisation et d’optimisation des processus opérationnels.
FAQs
Q1. Comment calculer les émissions de la scope 1 d’une entreprise ? Les émissions de scope 1 peuvent être calculées en multipliant les données d’activité (telles que la consommation de carburant) par des facteurs d’émission spécifiques. Des outils numériques et des bases de données, comme la Base Empreinte® de l’ADEME, facilitent ce processus.
Q2. Quelles sont les principales sources d’émissions directes en entreprise ? Les principales sources d’émissions directes comprennent la combustion fixe (chaudières, fours), la combustion mobile (véhicules d’entreprise), les procédés industriels, les émissions fugitives (fuites de fluides frigorigènes) et les émissions issues de la biomasse.
Q3. Pourquoi est-il important de mesurer les émissions de la scope 1 en 2026 ? La mesure des émissions de scope 1 est cruciale en 2026 pour assurer la conformité réglementaire (BEGES, CSRD), réduire l’empreinte carbone directe de l’entreprise et gagner un avantage concurrentiel en améliorant l’image RSE de l’organisation.
Q4. Quels sont les principaux leviers pour réduire les émissions de scope 1 ? Les principaux leviers incluent l’amélioration de l’isolation thermique des bâtiments, la substitution des énergies fossiles par des alternatives bas-carbone, l’électrification de la flotte de véhicules et la mise en place d’une maintenance préventive rigoureuse des équipements.
Q5. Existe-t-il des aides pour accompagner les entreprises dans la réduction de leurs émissions directes ? Oui, plusieurs dispositifs d’accompagnement existent, notamment le Diag Décarbon’Action de l’ADEME, des subventions spécifiques et l’expertise de cabinets spécialisés en stratégie climatique, qui peuvent aider à élaborer et à mettre en œuvre des plans de décarbonation adaptés.
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