Scope 2 location-based vs market-based : quelle méthode

Pour un même kilowattheure, une entreprise peut déclarer deux chiffres d'émissions. Le scope 2 location-based et market-based, expliqués et comparés.
Scope 2 location-based vs market-based : quelle méthode

Pour un même kilowattheure consommé, une entreprise peut déclarer deux chiffres d’émissions très différents selon la méthode retenue. C’est tout l’enjeu du débat entre scope 2 location-based et market-based, les deux approches de comptabilisation des émissions liées à l’énergie achetée définies par le GHG Protocol. La méthode location-based reflète le contenu carbone du réseau électrique local, tandis que la méthode market-based tient compte des contrats d’achat d’énergie. Loin de s’exclure, elles se complètent et sont souvent exigées ensemble. Cet article explique chaque méthode, leurs différences, la manière de choisir et les spécificités du secteur audiovisuel et événementiel.

Le scope 2 : rappel des émissions concernées

Le scope 2 regroupe les émissions indirectes liées à l’énergie achetée et consommée par l’organisation : électricité, chaleur, vapeur ou froid produits hors site par un fournisseur tiers. L’entreprise ne génère pas ces émissions directement, mais elle en est responsable par sa consommation. Ce périmètre se distingue du scope 1, qui couvre les émissions directes, et du scope 3, qui couvre le reste de la chaîne de valeur, comme le détaille le guide complet des scopes 1, 2 et 3.

Pour comptabiliser ces émissions, le GHG Protocol impose de renseigner deux valeurs distinctes, calculées selon deux méthodes complémentaires : location-based et market-based [1]. Cette double comptabilité, appelée dual reporting, vise à donner à la fois une image de la réalité physique du réseau et une image des choix d’achat d’énergie de l’organisation. Comprendre cette distinction est indispensable pour interpréter correctement un bilan carbone conforme au GHG Protocol.

La méthode location-based

La méthode location-based calcule les émissions du scope 2 à partir du facteur d’émission moyen du réseau électrique de la zone où l’électricité est consommée. Elle applique l’intensité carbone moyenne du mix local à la quantité d’énergie utilisée, sans tenir compte des éventuels contrats verts souscrits par l’entreprise [2]. Cette approche reflète la réalité physique de l’électricité effectivement disponible sur le réseau.

Le résultat dépend donc fortement de la localisation. Dans un pays au mix largement décarboné, comme la France où l’électricité est majoritairement nucléaire, le facteur location-based est parmi les plus bas d’Europe, un point développé dans l’article sur le mix énergétique français et son impact sur le bilan carbone. À l’inverse, un site situé sur un réseau très carboné affichera des émissions location-based élevées, quels que soient ses achats d’énergie verte. Cette méthode s’appuie sur des facteurs d’émission moyens de référence publiés par les organismes nationaux.

La méthode market-based

La méthode market-based calcule les émissions du scope 2 à partir des instruments contractuels par lesquels l’entreprise achète son électricité. Elle valorise les choix d’approvisionnement : un contrat d’énergie renouvelable adossé à des certificats valides peut être comptabilisé avec un facteur d’émission nul, tandis qu’en l’absence de contrat spécifique, un facteur par défaut dit mix résiduel est appliqué [3].

Les instruments contractuels reconnus

Trois grands types d’instruments permettent d’alimenter la méthode market-based : les garanties d’origine, enregistrées dans un registre dédié et encadrées par la réglementation européenne, les certificats d’attribut énergétique, et les contrats d’achat d’électricité de long terme (PPA) conclus directement avec un producteur renouvelable, souvent sur des durées de dix à vingt-cinq ans [4]. Le coût et la qualité environnementale de ces instruments varient fortement, des simples garanties d’origine peu coûteuses aux PPA porteurs d’additionnalité réelle.

Les critères de qualité à respecter

Pour être comptabilisé en market-based, un contrat doit respecter des critères de qualité stricts définis par le GHG Protocol : preuve d’origine adossée à des certificats valides, correspondance temporelle avec la période de consommation et pertinence géographique, idéalement dans le même pays ou marché [5]. Des évolutions récentes du GHG Protocol renforcent d’ailleurs ces exigences, notamment en matière de granularité temporelle, avec une correspondance plus fine entre production et consommation [6].

Location-based vs market-based : comparaison et choix

Aucune des deux méthodes n’est intrinsèquement plus juste que l’autre : chacune est exacte pour la perspective qu’elle représente. La méthode location-based montre la réalité physique du réseau, la méthode market-based valorise les décisions d’achat d’énergie. Le tableau ci-dessous synthétise leurs différences.

Critère Location-based Market-based
Base de calcul Facteur moyen du réseau local Instruments contractuels d’achat
Ce qu’elle mesure Réalité physique du réseau Choix d’approvisionnement énergétique
Énergie renouvelable sous contrat Facteur moyen du réseau appliqué Facteur nul si certificats valides
Sans contrat spécifique Facteur moyen du réseau Facteur du mix résiduel
Instruments utilisés Aucun Garanties d’origine, certificats, PPA
Sensibilité à la localisation Forte Faible, dépend des contrats
Levier d’action principal Efficacité énergétique Achat d’énergie verte, PPA
Critères de qualité Sans objet Preuve, temporalité, géographie
Risque de greenwashing Faible Réel si certificats de faible qualité
Comparabilité entre entreprises Élevée Variable selon les contrats
Exigence de reporting Obligatoire (dual reporting) Obligatoire (dual reporting)

Faut-il choisir entre les deux ?

Dans la plupart des cas, la question n’est pas de choisir mais de publier les deux. Le GHG Protocol recommande le dual reporting, et la norme ESRS E1 de la directive CSRD impose la publication des deux valeurs, en justifiant les contrats verts par un descriptif de leur durée, taille, additionnalité et géographie [7]. La méthode market-based sert à piloter une stratégie d’achat d’énergie renouvelable et à en valoriser les effets, tandis que la méthode location-based garantit la transparence sur la réalité du réseau et évite le greenwashing. Le choix opérationnel porte donc davantage sur la méthode mise en avant dans la communication que sur l’une ou l’autre à comptabiliser. Un accompagnement par des consultants spécialisés aide à construire une trajectoire cohérente entre les deux perspectives.

Le scope 2 dans la production audiovisuelle et l’événementiel

Le secteur audiovisuel et événementiel présente des consommations électriques spécifiques, qui rendent la distinction location-based et market-based particulièrement concrète. Studios, tournages et événements mobilisent des puissances importantes sur des durées variables, avec des choix d’approvisionnement qui pèsent sur le scope 2, comme l’illustre l’article dédié aux scopes d’émission d’une production audiovisuelle.

Tournages et productions

Un studio ou un plateau raccordé au réseau relève pleinement du scope 2. En location-based, ses émissions dépendent du mix du pays de tournage, favorable dans un pays décarboné. En market-based, un studio peut réduire ses émissions déclarées en souscrivant un contrat d’électricité renouvelable adossé à des garanties d’origine valides. Le recours à des groupes électrogènes sur les tournages en extérieur bascule en revanche vers le scope 1, ce qui incite à privilégier le raccordement au réseau plutôt que le carburant, avec un double bénéfice sur le bilan et sur les nuisances.

Événements et festivals

Les festivals et événements alimentés par le réseau peuvent activer les deux méthodes : suivre le scope 2 location-based pour la réalité physique et souscrire une électricité verte certifiée pour améliorer le market-based. L’enjeu consiste à documenter précisément les points de raccordement, les puissances et les contrats d’énergie afin de produire un scope 2 fiable et vérifiable. Cette rigueur de collecte conditionne la crédibilité du bilan et la comparabilité d’une édition à l’autre.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte des consommations d’énergie pour les productions et événements, ce qui permet de calculer le scope 2 selon les méthodes location-based et market-based, avec des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Choisir entre scope 2 location-based et market-based est en réalité un faux dilemme : les deux méthodes se complètent et sont désormais exigées ensemble par le GHG Protocol et la norme ESRS E1. La méthode location-based restitue la réalité physique du réseau électrique, la méthode market-based valorise les choix d’achat d’énergie renouvelable, sous réserve de critères de qualité stricts. L’une garantit la transparence et la comparabilité, l’autre pilote une stratégie d’approvisionnement et prévient le greenwashing. Pour les secteurs à forte consommation électrique comme l’audiovisuel et l’événementiel, maîtriser ces deux perspectives permet de décarboner l’énergie sans surestimer ses progrès. À mesure que les exigences de granularité temporelle se renforcent, une comptabilité scope 2 rigoureuse devient un atout de crédibilité durable.

FAQ

Quelle différence entre scope 2 location-based et market-based ?

La méthode location-based calcule les émissions à partir du facteur moyen du réseau électrique local, reflétant la réalité physique de l’électricité disponible. La méthode market-based les calcule à partir des instruments contractuels d’achat d’énergie, valorisant les choix d’approvisionnement. Un contrat renouvelable adossé à des certificats valides peut être comptabilisé avec un facteur nul en market-based.

Faut-il déclarer les deux méthodes du scope 2 ?

Oui, dans la plupart des cas. Le GHG Protocol recommande le dual reporting, c’est-à-dire la publication des deux valeurs, et la norme ESRS E1 de la directive CSRD impose de publier à la fois le scope 2 location-based et market-based. Les deux perspectives sont complémentaires et donnent une image plus complète des émissions liées à l’énergie.

Quels instruments alimentent la méthode market-based ?

Trois grands instruments existent : les garanties d’origine enregistrées dans un registre dédié, les certificats d’attribut énergétique, et les contrats d’achat d’électricité de long terme, ou PPA, conclus avec un producteur renouvelable. Pour être valides, ces instruments doivent respecter des critères de qualité de preuve, de correspondance temporelle et de pertinence géographique.

Quelle méthode choisir pour réduire ses émissions ?

Aucune méthode n’est plus juste que l’autre : chacune est exacte pour la perspective qu’elle représente. La méthode location-based se réduit par l’efficacité énergétique, la méthode market-based par l’achat d’énergie verte de qualité et les PPA. La stratégie consiste à agir sur les deux, tout en publiant les deux valeurs pour garantir la transparence.

Le mix résiduel, qu’est-ce que c’est ?

Le mix résiduel est le facteur d’émission par défaut appliqué en méthode market-based lorsqu’aucun contrat spécifique n’est souscrit. Il représente la moyenne de l’électricité non revendiquée par des garanties d’origine renouvelables. Une entreprise sans contrat vert se voit donc attribuer ce facteur, généralement plus élevé que le facteur moyen du réseau.

Aller plus loin avec TheGreenshot

Distinguer le scope 2 location-based du market-based suppose une collecte fiable des consommations d’énergie et des contrats d’approvisionnement, du relevé initial au reporting exigé par la norme ESRS E1. GreenPro, la solution de suivi carbone de TheGreenshot, automatise cette collecte pour les productions et les événements grâce au scan de factures par OCR, à des tableaux de bord en temps réel et à des insights générés par intelligence artificielle. L’outil facilite le calcul des deux méthodes du scope 2, le suivi des garanties d’origine et des PPA, et la production de bilans conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol. Les équipes disposent ainsi d’une vision consolidée pour piloter leur approvisionnement énergétique et démontrer leurs progrès. Un échange avec les consultants de TheGreenshot permet d’adapter cette approche aux contraintes concrètes de chaque activité.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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