Une heure de streaming vidéo émet entre 6 et 57 grammes de CO2e selon le terminal, la qualité d’image et le type de connexion [3]. Derrière ce geste anodin se cache un poste d’émissions devenu massif à l’échelle des usages. Comprendre l’empreinte carbone du streaming suppose de distinguer les mythes des chiffres vérifiés, puis d’identifier les leviers réellement efficaces. En France, les usages audiovisuels représentent 0,9 % de l’empreinte carbone nationale, soit environ 5,6 millions de tonnes de CO2e [1]. Cet article présente les données de référence, les sources d’émission et les solutions concrètes pour les particuliers comme pour les professionnels.
Ce que pèse réellement l’empreinte carbone du streaming
L’empreinte carbone du streaming alimente de nombreuses idées reçues. L’ordre de grandeur retenu par les institutions reste toutefois clair. Selon l’étude de référence conduite par l’Arcom et l’Arcep en lien avec l’ADEME, les usages audiovisuels français (télévision linéaire, vidéo à la demande, streaming audio et vidéo, plateformes de partage) représentent 2,9 % de la consommation électrique nationale, soit près de 13 TWh, et 0,9 % de l’empreinte carbone du pays [1].
À l’échelle mondiale, le streaming vidéo génère la majeure partie du trafic internet. L’Agence internationale de l’énergie rappelle néanmoins qu’une heure de streaming reste une activité relativement peu émettrice comparée à d’autres usages du quotidien, et met en garde contre les estimations gonflées qui ont circulé [2]. L’empreinte carbone du streaming dépend surtout de la manière dont le contenu est consommé, bien plus que du simple fait de le regarder.
Le calcul précis mobilise trois maillons : le terminal utilisé, le réseau de transport des données et les data centers qui hébergent les contenus. Pour situer un usage individuel, l’ADEME met à disposition un calculateur d’empreinte carbone des usages numériques [3]. Les professionnels qui souhaitent intégrer ces postes dans un bilan structuré peuvent s’appuyer sur les facteurs d’émission de la Base Empreinte de l’ADEME.
Terminaux, réseaux et data centers : d’où vient l’impact
Contrairement à une intuition répandue, l’empreinte carbone du streaming ne se concentre pas dans les serveurs. Le poste le plus lourd reste la fabrication des équipements utilisateurs. L’étude ADEME-Arcep sur l’empreinte du numérique en France attribue près de 78 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur à l’étape de fabrication des terminaux, qui suppose une extraction intensive de métaux et se déroule souvent dans des pays au mix électrique carboné [4].
Le rôle du terminal et de l’écran
La taille de l’écran est directement corrélée à la consommation électrique. Regarder une vidéo sur un grand téléviseur mobilise nettement plus d’énergie que sur un smartphone. Le choix du réseau compte tout autant : une connexion mobile consomme davantage qu’une connexion filaire ou Wi-Fi, au point qu’un même visionnage en 4G sur petit écran peut se révéler plus énergivore qu’en Wi-Fi.
Réseaux et centres de données
Les réseaux de transport et les data centers complètent la chaîne. Leur poids relatif reste inférieur à celui des terminaux, mais il progresse avec la montée en résolution des contenus et la généralisation de la haute définition. Le fonctionnement de ces centres de données et leur impact réel sur l’environnement dépend fortement du mix énergétique local et du rendement des infrastructures. Les réseaux et infrastructures numériques constituent ainsi un maillon à ne pas négliger dans l’analyse.
Les solutions pour réduire l’empreinte carbone du streaming
Réduire l’empreinte carbone du streaming passe par des gestes de sobriété simples et par des choix de conception côté plateformes. Pour les particuliers, plusieurs leviers ressortent des recommandations institutionnelles.
| Levier | Effet sur l’empreinte carbone | Public concerné |
|---|---|---|
| Adapter la résolution (SD plutôt que 4K) | Réduit fortement le volume de données transféré | Particuliers et plateformes |
| Privilégier le Wi-Fi ou le filaire à la 4G/5G | Diminue la consommation réseau par visionnage | Particuliers |
| Écouter l’audio seul quand la vidéo est superflue | Un flux audio consomme 5 à 30 fois moins de données | Particuliers |
| Allonger la durée de vie des terminaux | Amortit les 78 % d’émissions liées à la fabrication | Tous |
| Écoconcevoir le service (poids des pages, lecture automatique) | Réduit la demande serveur et réseau à la source | Plateformes et éditeurs |
| Limiter la lecture automatique et le préchargement | Évite les visionnages et téléchargements non désirés | Plateformes |
Le levier le plus structurant reste l’allongement de la durée de vie des appareils. Puisque la fabrication concentre l’essentiel des émissions, conserver un terminal plus longtemps réduit mécaniquement l’empreinte carbone du streaming. Du côté des éditeurs, l’écoconception des services numériques agit à la source, en limitant le poids des pages et en évitant les fonctionnalités qui déclenchent des flux inutiles. Les projections institutionnelles anticipent une hausse d’environ 30 % des émissions liées aux usages audiovisuels à moyen terme si aucune mesure de sobriété et d’écoconception n’est adoptée, ce qui souligne l’urgence d’agir [1].
Streaming et diffusion dans la production audiovisuelle et l’événementiel
Pour le secteur audiovisuel et événementiel, l’empreinte carbone du streaming ne se limite pas aux usages domestiques. Elle concerne aussi la diffusion des contenus produits et la retransmission en direct. Un événement diffusé en haute définition auprès de milliers de spectateurs mobilise une bande passante importante et une capacité serveur qui pèsent dans le bilan carbone global de l’opération.
Productions et post-production
Sur un tournage, la chaîne de valeur intègre désormais des flux de dailies partagés à distance, des visionnages en ligne et une post-production largement dématérialisée. Chaque échange de fichiers lourds et chaque revue de montage en streaming s’ajoute à l’empreinte de la production. Limiter la haute définition aux étapes qui l’exigent réellement et privilégier des proxys allégés pour les revues intermédiaires réduit sensiblement la demande. Ces arbitrages s’inscrivent dans une démarche plus large d’éco-production audiovisuelle, que les équipes peuvent outiller avec des calculateurs carbone dédiés à l’audiovisuel.
Événements et retransmission en direct
Pour les organisateurs d’événements, la retransmission en direct multiplie les points d’impact : encodage, distribution multi-plateformes, pics de trafic simultanés. Choisir une résolution adaptée au format réellement consommé par le public et dimensionner la diffusion au plus juste évite de surconsommer sans bénéfice perçu. Deux pratiques concrètes ressortent du terrain : proposer un flux audio pour les contenus où l’image n’apporte rien, et paramétrer une résolution par défaut raisonnable plutôt que la qualité maximale systématique.
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Conclusion
L’empreinte carbone du streaming est réelle sans être démesurée : elle représente une part mesurée mais croissante des émissions, dominée par la fabrication des terminaux plus que par les serveurs. Les leviers les plus efficaces restent accessibles : adapter la résolution, préférer le Wi-Fi, allonger la durée de vie des appareils et écoconcevoir les services. Pour les professionnels de l’audiovisuel et de l’événementiel, intégrer ces flux numériques au bilan carbone devient un réflexe de gestion. À mesure que la réglementation sur l’empreinte environnementale du numérique se renforce, maîtriser l’empreinte carbone du streaming s’impose comme un enjeu de conformité autant que de sobriété.
FAQ
Quelle est l’empreinte carbone d’une heure de streaming vidéo ?
Le streaming pollue-t-il plus que les data centers eux-mêmes ?
Comment réduire concrètement l’empreinte carbone du streaming ?
Quelle part de l’empreinte carbone française représente l’audiovisuel ?
Le streaming audio pollue-t-il moins que la vidéo ?
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