- Pourquoi une stratégie RSE est devenue incontournable
- Le diagnostic initial : la fondation de toute démarche
- Les trois piliers d’une stratégie RSE de maison de production
- Référentiels et dispositifs : AFNOR Spec 2308, Prime RSE+, Label Ecoprod
- Déployer la stratégie : feuille de route, éco-référent et formation
- La stratégie RSE appliquée aux tournages et aux événements
- Conclusion
- FAQ
La stratégie RSE d’une maison de production n’est plus un supplément d’âme : elle conditionne désormais l’accès à certains financements, la relation avec les diffuseurs et l’attractivité auprès des talents. Le CNC a fait de la transition écologique un axe structurant de sa politique de soutien, avec une éco-conditionnalité des aides et la création d’une prime dédiée aux productions responsables [1]. Ce guide présente la méthode pour construire une stratégie RSE de maison de production solide : diagnostic, piliers d’action, référentiels applicables, gouvernance et déploiement opérationnel sur les tournages comme sur les événements.
Pourquoi une stratégie RSE est devenue incontournable pour une maison de production
Trois forces convergent pour faire de la responsabilité sociétale un prérequis de la production audiovisuelle. La première est réglementaire : le CNC conditionne ses aides à la remise d’un bilan carbone prévisionnel et définitif pour les œuvres soutenues, et a instauré la Prime RSE+, une aide forfaitaire et automatique de 28 000 euros destinée aux œuvres de fiction qui appliquent les niveaux 1 et 2 du référentiel national de production responsable [1].
La deuxième force vient des donneurs d’ordre. Les diffuseurs intègrent progressivement des exigences environnementales dans leurs relations avec les producteurs, comme le documente le groupe de travail dédié d’Ecoprod, qui formalise les attentes des chaînes et plateformes en matière de données carbone et de bonnes pratiques [2]. Pour les groupes de médias soumis à la directive CSRD (2022/2464), ces données remontent dans le reporting de durabilité consolidé, ce qui répercute l’obligation sur toute la chaîne de sous-traitance.
La troisième force est concurrentielle et humaine : les techniciens, auteurs et talents choisissent de plus en plus leurs collaborations en fonction des engagements concrets des sociétés de production. Une démarche d’éco-production structurée devient ainsi un argument de différenciation dans les appels à projets et les coproductions internationales.
Le diagnostic initial : la fondation de toute stratégie RSE de maison de production
Aucune stratégie RSE de maison de production ne tient sans un état des lieux chiffré. Le diagnostic couvre deux périmètres distincts : la structure elle-même (bureaux, déplacements des permanents, achats, numérique) et les productions, chacune constituant une entité temporaire avec ses propres fournisseurs, équipes et flux logistiques.
Le bilan carbone de la structure et des œuvres
Le point d’entrée est la mesure de l’empreinte carbone. Pour les œuvres, les analyses sectorielles d’Ecoprod montrent que les transports constituent le premier poste d’émissions d’un tournage, devant les achats de biens et l’alimentation [3]. La méthode de calcul, les outils homologués et les pièges à éviter sont détaillés dans le guide consacré au bilan carbone d’un tournage de film.
Le diagnostic social et de gouvernance
Le volet social s’évalue avec la même rigueur : parité des équipes techniques et encadrantes, prévention des violences et harcèlements, conditions de travail des intermittents, accessibilité, politique de stage et d’insertion. Le référentiel du Label Ecoprod intègre désormais des critères de qualité de vie au travail, de parité et de lutte contre les discriminations, ce qui fournit une grille d’auto-évaluation directement exploitable [4].
Les trois piliers d’une stratégie RSE de maison de production
Une fois le diagnostic posé, la stratégie s’organise autour de trois piliers complémentaires, chacun décliné en objectifs mesurables et en indicateurs RSE suivis dans le temps.
Pilier environnemental
Il couvre la réduction des émissions de gaz à effet de serre (transports, énergie, décors, restauration), la gestion des déchets et le réemploi des matériaux, la sobriété numérique de la post-production et l’allongement de la durée de vie du matériel. Les leviers les plus efficaces identifiés par le secteur portent sur la mobilité des équipes, le recours aux énergies de plateau alternatives aux groupes électrogènes diesel et la restauration moins carnée [3].
Pilier social
Il englobe la parité et l’inclusion dans les équipes, la prévention des risques psychosociaux propres aux rythmes de tournage, la formation des collaborateurs permanents et intermittents, et la transparence des rémunérations. Le référentiel du label sectoriel demande par exemple si l’équipe technique ou encadrante atteint une représentation féminine d’au moins 40 % de l’effectif [5].
Pilier gouvernance
Il s’agit d’ancrer la démarche dans la direction de la société : engagement formel de la gérance, désignation d’un référent RSE, intégration de clauses environnementales et sociales dans les contrats fournisseurs, éthique des contenus et déontologie des partenariats. La gouvernance inclut aussi la publication d’un reporting régulier, dont la structure est présentée dans le guide du rapport RSE.
Référentiels et dispositifs : AFNOR Spec 2308, Prime RSE+ et Label Ecoprod
La stratégie RSE d’une maison de production s’appuie sur des référentiels sectoriels précis, qui évitent de réinventer la méthode et ouvrent l’accès à des soutiens financiers.
AFNOR Spec 2308 : le mode d’emploi national
Élaborée avec le CNC et le ministère de la Culture, l’AFNOR Spec 2308 constitue le cadre national de la production cinématographique, audiovisuelle et publicitaire responsable. Elle propose des actions couvrant les aspects environnementaux et sociétaux, organisées en niveaux progressifs qui permettent à chaque structure de monter en exigence à son rythme [6].
La Prime RSE+ du CNC
La Prime RSE+ récompense les producteurs d’œuvres de fiction en prise de vue réelle (longs métrages, unitaires et séries) qui mettent en œuvre les actions des niveaux 1 et 2 de l’AFNOR Spec 2308, soit 26 actions obligatoires sans hiérarchie entre elles [7]. L’aide forfaitaire de 28 000 euros est versée après vérification par un organisme tiers indépendant : AFNOR Certification a été désignée par le CNC pour délivrer les attestations de conformité [8]. Le fonctionnement détaillé du dispositif, les étapes de déclaration et les pièces à produire sont expliqués dans l’article consacré à la Prime RSE+ pour les tournages éco-responsables.
Le Label Ecoprod
Le Label Ecoprod, audité par AFNOR Certification et soutenu par l’ADEME, certifie qu’une œuvre a été produite de manière éco-responsable. Sa version en vigueur repose sur 85 critères répartis en 12 catégories couvrant toutes les étapes de la production, de la préparation à la post-production, avec des critères sociaux renforcés [5]. Plus de 120 productions ont déjà obtenu ce label, dont une large majorité avec au moins deux étoiles [4].
| Dispositif | Nature | Périmètre | Intérêt pour la maison de production |
|---|---|---|---|
| AFNOR Spec 2308 | Référentiel méthodologique national | Cinéma, audiovisuel, publicité | Cadre commun, niveaux progressifs, base de la Prime RSE+ |
| Prime RSE+ (CNC) | Aide forfaitaire de 28 000 € | Fiction en prise de vue réelle | Financement direct des efforts RSE, vérification par tiers indépendant |
| Label Ecoprod | Certification d’œuvre (1 à 3 étoiles) | Œuvres cinéma, audiovisuel, publicité | Preuve opposable vis-à-vis des diffuseurs et financeurs |
| Éco-conditionnalité CNC | Obligation de bilan carbone | Œuvres aidées par le CNC | Prérequis d’accès aux aides, structuration de la mesure |
Déployer la stratégie : feuille de route, éco-référent et formation
La crédibilité d’une stratégie RSE de maison de production se joue dans l’exécution. Trois chantiers structurent le déploiement.
Une feuille de route à horizon pluriannuel
La feuille de route traduit les ambitions en objectifs datés et chiffrés : pourcentage de productions labellisées, réduction de l’intensité carbone par jour de tournage, part des fournisseurs évalués sur des critères RSE, taux de parité des équipes encadrantes. Chaque objectif est associé à un responsable, un budget et un indicateur de suivi. Les normes et standards RSE généralistes, comme l’ISO 26000, fournissent l’architecture d’ensemble que les référentiels sectoriels viennent préciser.
Des rôles dédiés : éco-référent et coordination RSE
De nouveaux métiers se sont installés dans les organigrammes : l’éco-référent ou le coordinateur RSE fait le lien entre les ambitions de la direction de production et la réalité opérationnelle des techniciens sur le terrain. Sa présence dès la préparation conditionne la qualité de la collecte de données et l’adoption des bonnes pratiques par les chefs de poste.
La formation des équipes
La formation des permanents et des intermittents aux enjeux climatiques et aux outils de mesure reste le levier le plus rentable : une équipe formée collecte des données fiables, anticipe les arbitrages (décors réemployés, mobilité douce, énergie de plateau) et évite les surcoûts de dernière minute. Les organismes sectoriels proposent des modules dédiés, et l’accompagnement par des consultants spécialisés comme ceux du management vert de TheGreenshot permet d’accélérer la montée en compétence.
La stratégie RSE appliquée aux tournages et aux événements : spécificités et bonnes pratiques
Une stratégie RSE de maison de production ne se pilote pas comme celle d’une entreprise classique : chaque œuvre est une organisation éphémère, avec des équipes recomposées, des dizaines de fournisseurs et des sites changeants. C’est précisément cette fragmentation qui exige des processus outillés plutôt que des initiatives individuelles.
Sur les plateaux de tournage
Concrètement, la démarche se joue poste par poste. La régie arbitre entre groupes électrogènes diesel et raccordements électriques ou batteries, sachant que l’énergie de plateau constitue un gisement majeur de réduction identifié par les études sectorielles [3]. La production organise le covoiturage et le train pour les déplacements d’équipe, premier poste d’émissions. La déco privilégie la location et le réemploi via les ressourceries spécialisées, la cantine introduit des menus végétariens, et la post-production planifie ses rendus pour limiter la consommation des serveurs. Chaque choix doit être documenté : c’est la condition pour obtenir la Prime RSE+ ou le Label Ecoprod, dont les audits exigent des preuves (factures, feuilles de service, attestations fournisseurs) [7].
Sur les événements et les captations
Les maisons de production actives dans l’événementiel et la captation live retrouvent les mêmes enjeux sous une forme amplifiée : alimentation électrique temporaire des sites, mobilité du public et des équipes, prestataires locaux, gestion des déchets et empreinte des nuitées. Les organisateurs structurent leur démarche autour des mêmes principes que les plateaux : mesure préalable, objectifs chiffrés par poste, clauses RSE dans les contrats prestataires et bilan consolidé après l’événement. La mutualisation des données entre productions et événements permet ensuite de piloter la trajectoire globale de la société plutôt qu’une somme d’initiatives isolées.
GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements : bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.
Conclusion
Construire la stratégie RSE d’une maison de production revient à transformer une contrainte réglementaire croissante en avantage compétitif. Le chemin est balisé : diagnostic carbone et social, structuration autour des trois piliers, adossement aux référentiels sectoriels (AFNOR Spec 2308, Label Ecoprod), mobilisation des dispositifs financiers comme la Prime RSE+ du CNC, puis déploiement outillé sur chaque production et chaque événement. Les exigences des diffuseurs et la généralisation du reporting de durabilité vont continuer de renforcer la valeur des démarches documentées et vérifiables. Les sociétés qui investissent dès maintenant dans la mesure, la formation et la gouvernance prennent une avance durable sur un marché où la responsabilité devient un critère de sélection à part entière.
FAQ
Qu’est-ce qu’une stratégie RSE pour une maison de production ?
Quel est le montant de la Prime RSE+ du CNC et qui peut en bénéficier ?
Quelle est la différence entre le Label Ecoprod et l’AFNOR Spec 2308 ?
Par quoi commencer pour structurer une démarche RSE en production audiovisuelle ?
La RSE représente-t-elle un surcoût pour une production ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Structurer une stratégie RSE de maison de production exige avant tout des données fiables : sans mesure consolidée des émissions de chaque tournage et de chaque événement, ni la Prime RSE+, ni le Label Ecoprod, ni le reporting attendu par les diffuseurs ne sont accessibles. GreenPro, l’outil développé par TheGreenshot, automatise précisément cette collecte : scan des factures par OCR, agrégation des données de production en temps réel, tableaux de bord par poste d’émission et insights générés par l’intelligence artificielle. Les équipes gagnent un temps considérable sur la saisie et sécurisent la conformité de leurs bilans avec les référentiels Albert, GHG Protocol et CSRD. Les producteurs qui souhaitent évaluer l’outil sur un cas concret peuvent solliciter une démonstration personnalisée auprès de l’équipe TheGreenshot.
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.


