Le scope 3 représente généralement 70% à 90% des émissions totales d’une entreprise dans son bilan carbone. Cette proportion considérable explique pourquoi la maîtrise de ces émissions indirectes est devenue cruciale pour toute stratégie environnementale efficace.
Pour les entreprises, comprendre les émissions de la scope 3 est désormais incontournable. En effet, depuis le 1er janvier 2023, le bilan carbone obligatoire du scope 3 s’applique aux entreprises soumises à la DPEF, avec des sanctions multipliées par 5, pouvant atteindre 50 000 €, portées à 100 000 € en cas de récidive. Dans certains secteurs comme la mode, l’alimentaire ou la technologie, ces émissions indirectes peuvent représenter jusqu’à 90% de l’empreinte carbone totale. Des exemples frappants illustrent cette réalité : 98% de l’empreinte carbone d’Apple est constituée d’émissions de scope 3 , tandis que ces émissions représentent plus de trois quarts des émissions totales d’Amazon.
Cependant, malgré leur importance, ces émissions restent souvent mal évaluées. Si 97% des entreprises comptabilisent les émissions des scopes 1 et 2, seules 47% mesurent les émissions de leurs activités les plus émettrices, généralement associées au scope 3. Pourtant, ces émissions indirectes présentent un potentiel de réduction important et sont souvent faciles à réduire.
Ce guide pratique vous permettra de comprendre en profondeur ce qu’est le scope 3, pourquoi il est essentiel et comment le maîtriser efficacement.
Comprendre les scopes 1, 2 et 3 dans un bilan carbone
Pour appréhender correctement le concept de scope 3, il est nécessaire de comprendre l’ensemble des périmètres d’émission définis par le Protocole des gaz à effet de serre (GHG Protocol). Ce standard international divise les émissions d’une entreprise en trois catégories distinctes, chacune correspondant à un niveau différent de responsabilité et de contrôle.
Définition du scope 1 : émissions directes
Le scope 1 englobe toutes les émissions directes de gaz à effet de serre provenant de sources possédées ou contrôlées par l’entreprise. Ces émissions se produisent directement sur le site de l’organisation et relèvent entièrement de sa responsabilité.
Le scope 1 se décompose généralement en cinq catégories principales :
- Les sources fixes de combustion (chaudières, fours, turbines)
- Les sources mobiles à moteur thermique (flotte de véhicules de l’entreprise)
- Les procédés hors énergie (émissions liées aux processus industriels)
- Les émissions fugitives directes (fuites de gaz réfrigérants, méthane)
- Les émissions issues de la biomasse (sols et forêts)
Ces émissions proviennent, par exemple, de la combustion dans des chaudières ou des fours de l’entreprise, des véhicules de service, ou encore des processus chimiques dans les équipements contrôlés par l’organisation. Étant donné que ces sources sont directement sous le contrôle de l’entreprise, le scope 1 constitue généralement le point de départ des stratégies de décarbonation.
Définition du scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie
Le scope 2 couvre les émissions indirectes résultant de la production d’électricité, de vapeur, de chaleur ou de froid achetés et consommés par l’entreprise. Bien que ces émissions se produisent physiquement ailleurs, elles sont considérées comme une conséquence directe des activités de l’organisation.
Selon le GHG Protocol, le scope 2 constitue l’une des principales sources d’émissions de GES à l’échelle mondiale, représentant au moins un tiers des émissions mondiales [1]. Par conséquent, l’évaluation et la mesure des émissions de scope 2 offrent une opportunité significative de réduction.
Ce périmètre comprend deux catégories principales :
- Les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité
- Les émissions indirectes liées à la consommation de vapeur, chaleur ou froid
Pour la plupart des entreprises, l’électricité constitue la principale, voire l’unique source d’émissions de scope 2. Les consommateurs d’électricité disposent d’importantes opportunités pour réduire ces émissions en réduisant leur consommation d’électricité et en contribuant à l’évolution vers des ressources énergétiques alternatives à faibles émissions de carbone [1].
Scope 3 définition : émissions indirectes hors énergie
Le scope 3 englobe toutes les autres émissions indirectes survenant dans la chaîne de valeur de l’entreprise déclarante, aussi bien en amont qu’en aval. Ce sont des émissions qui résultent des activités de l’entreprise mais qui proviennent de sources qui ne sont ni possédées ni contrôlées par celle-ci.
Comme le définit l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), les émissions de scope 3 sont « le résultat d’activités provenant d’actifs non possédés ou contrôlés par l’organisation déclarante, mais que l’organisation impacte indirectement dans sa chaîne de valeur » [2]. Bien que ces émissions échappent au contrôle direct de l’entreprise, elles peuvent représenter la plus grande partie de son inventaire d’émissions de GES.
Le GHG Protocol divise les émissions de scope 3 en émissions en amont et en aval, basées sur les transactions financières de l’entreprise déclarante :
- Émissions en amont : émissions indirectes de GES liées aux biens et services achetés ou acquis
- Émissions en aval : émissions indirectes de GES liées aux biens et services vendus
Le Protocole GES catégorise le scope 3 en 15 catégories distinctes, conçues pour être mutuellement exclusives afin d’éviter tout double comptage des émissions entre catégories au sein d’une même entreprise [3]. Cette classification fournit aux entreprises un cadre systématique pour organiser, comprendre et déclarer la diversité des activités de scope 3 au sein d’une chaîne de valeur.
À travers ces trois scopes, un inventaire complet des gaz à effet de serre inclut nécessairement les scopes 1, 2 et 3, offrant ainsi une vision exhaustive de l’empreinte carbone d’une organisation.
Pourquoi le scope 3 est essentiel en 2026
En 2026, le défi principal des stratégies climatiques d’entreprise ne sera plus la mesure des émissions directes, mais la gestion du scope 3. Celui-ci représente désormais un enjeu stratégique majeur dont l’importance ne cesse de croître.
Poids du scope 3 dans les émissions totales (jusqu’à 90%)
L’ampleur des émissions de scope 3 dans le bilan carbone global des entreprises est considérable. Selon McKinsey, ces émissions indirectes représentent généralement environ 90% de l’empreinte carbone totale d’une entreprise [4]. Cette proportion peut varier selon les secteurs, mais demeure systématiquement dominante.
Pour les entreprises de biens de consommation, la situation est particulièrement marquée. D’après les divulgations d’entreprises et les études sectorielles, le scope 3 représente entre 80% et 95% des émissions totales [5]. Prenons quelques exemples concrets : en 2021, Nestlé a rapporté que 95,8% de son empreinte carbone provenait du scope 3, tandis que pour JBS, ce chiffre atteignait 91,4% [5]. Plus impressionnant encore, pour certains détaillants FMCG comme Solinest, le scope 3 représente 99% de leur empreinte carbone totale [5].
En amont, les émissions du scope 3 constituent, en moyenne, deux tiers des émissions de scope 3 pour les entreprises de biens de consommation [4]. Dans le secteur alimentaire, par exemple, la viande et les produits laitiers, essentiels aux régimes occidentaux, représentent à eux seuls près de la moitié de toutes les émissions liées aux produits dans le scope 3 [4].
Lien entre scope 3 et politique RSE
En 2026, le scope 3 ne sera plus considéré comme un aspect facultatif des politiques RSE, mais comme leur fondement. Le WBCSD qualifie déjà la gestion complète du scope 3 de « licence d’exploitation » sur le marché actuel [5]. Par conséquent, les entreprises qui traitent sérieusement le scope 3 ne se contentent pas de limiter les risques : elles se différencient nettement de leurs concurrents.
Par ailleurs, les analyses récentes du CDP suggèrent que les entreprises qui s’engagent proactivement dans la gestion des émissions de leur chaîne d’approvisionnement sont neuf fois plus susceptibles d’atteindre leurs objectifs de décarbonation [6]. Cette corrélation pousse les leaders de l’approvisionnement et de la durabilité à intégrer directement le scope 3 dans :
- Les décisions d’approvisionnement
- Les évaluations des fournisseurs
- Les processus d’intégration des fournisseurs [6]
En effet, selon le rapport « State of Decarbonization » 2025 de PwC, les entreprises considèrent désormais la décarbonation de la chaîne d’approvisionnement comme un créateur de valeur [6]. Les firmes leaders voient la décarbonation de la chaîne d’approvisionnement comme un outil permettant de renforcer la résilience, de réduire les risques futurs, de stabiliser l’approvisionnement et de protéger les marges [6].
Impact sur la crédibilité des engagements climat
De 2021 à 2022, les engagements de réduction des émissions de scope 3 parmi les entreprises ayant des objectifs net zéro ont bondi de 13% à 27% [7]. Cette évolution reflète une prise de conscience : sans gestion du scope 3, les engagements climatiques manquent de substance.
En fait, si le scope 3 constitue la majeure partie de l’empreinte d’une entreprise, celle-ci ne peut pas établir d’objectifs net zéro crédibles sans l’aborder [5]. Pour les entreprises engagées dans une action climatique significative, la réduction des émissions de scope 3 constitue actuellement l’un des défis les plus urgents et les plus complexes [8].
Ainsi, les investisseurs, les clients et les régulateurs concentrent de plus en plus leur attention sur l’intégrité des réductions d’émissions le long de la chaîne de valeur [8]. Pour de nombreuses entreprises, les catégories 1 (achats de biens et services) et 11 (utilisation des produits vendus) sont les plus significatives [9]. Ces catégories deviennent donc prioritaires dans l’évaluation de la crédibilité des engagements.
D’ici 2026, les données climatiques deviendront aussi précieuses que les données financières, et le scope 3 s’intégrera pleinement à la gestion des risques et des opportunités de l’entreprise [6]. BCG estime que le resserrement des mécanismes mondiaux de tarification du carbone (EU ETS, CBAM, taxes carbone nationales) pourrait exposer les chaînes d’approvisionnement à des coûts annuels supplémentaires de l’ordre de centaines de milliards [6], ce qui fait du bilan carbone Scope 3 un enjeu financier majeur.
Les 16 catégories d’émissions scope 3 à connaître
Le GHG Protocol structure les émissions de scope 3 en seize catégories distinctes, ce qui permet aux organisations d’analyser méthodiquement leur empreinte carbone indirecte. Ces catégories constituent un cadre essentiel pour identifier les points chauds d’émission tout au long de la chaîne de valeur.
Achats de biens et services
Cette première catégorie représente souvent la plus grande part des émissions de la catégorie 3. Elle englobe toutes les émissions liées à l’extraction des matières premières, à leur transformation et à leur transport jusqu’au site de l’entreprise. Pour de nombreuses organisations, cette catégorie peut représenter jusqu’à 40 % de l’empreinte carbone totale.
Les émissions proviennent notamment:
- Des matières premières et composants achetés
- Des services externalisés (nettoyage, sécurité, conseil)
- Des équipements informatiques et fournitures de bureau
Pour réduire ces émissions, les entreprises peuvent adopter des politiques d’approvisionnement responsables, privilégier les fournisseurs engagés dans la décarbonation et repenser la conception de leurs produits afin d’utiliser des matériaux moins intensifs en carbone.
Transport amont et aval
Le transport génère des émissions considérables tant en amont qu’en aval de l’activité principale. En amont (catégorie 4), il s’agit du transport et de la distribution des produits achetés. En aval (catégorie 9), ce sont les émissions liées au transport des produits vendus.
Dans le secteur de la mode, par exemple, le transport représente environ 2% des émissions totales, tandis que dans la grande distribution, cette proportion peut atteindre 15%. Les entreprises peuvent optimiser ces émissions en privilégiant les modes de transport moins émetteurs de carbone, comme le ferroviaire, en réduisant les distances parcourues ou en optimisant le chargement des véhicules.
Utilisation et fin de vie des produits
Ces catégories (11 et 12) concernent l’impact des produits pendant leur utilisation par les clients et après leur mise au rebut. Pour certaines entreprises, notamment dans l’électroménager ou l’automobile, ces émissions peuvent représenter jusqu’à 80% de leur empreinte carbone totale.
L’écoconception joue un rôle crucial dans la réduction de ces émissions, en développant des produits plus efficaces sur le plan énergétique et plus faciles à recycler. Par ailleurs, l’allongement de la durée de vie des produits constitue un levier d’action efficace pour réduire l’impact environnemental global.
Déplacements professionnels et domicile-travail
Les catégories 6 et 7 concernent respectivement les voyages d’affaires et les déplacements domicile-travail des employés. Bien que ces émissions aient diminué avec l’essor du télétravail depuis 2020, elles demeurent significatives pour de nombreuses organisations.
Les voyages d’affaires en avion peuvent notamment générer d’importantes émissions. Ainsi, pour une entreprise de services, cette catégorie peut représenter jusqu’à 30% de son empreinte carbone. De plus, les déplacements domicile-travail constituent souvent un poste d’émission non négligeable, particulièrement dans les zones urbaines congestionnées.
Investissements et actifs en leasing
La catégorie 15 (investissements) est particulièrement importante pour les institutions financières, représentant généralement plus de 95% de leurs émissions totales. Cette catégorie concerne les émissions liées aux investissements et au financement de projets.
Quant aux actifs en leasing (catégories 8 et 13), ils couvrent les émissions liées aux biens loués par l’entreprise (leasing amont) ou à des tiers (leasing aval). Ces catégories peuvent être significatives pour les entreprises disposant d’un parc immobilier ou automobile important.
Émissions numériques et SaaS
Bien que non explicitement mentionnée parmi les 15 catégories du GHG Protocol, cette 16e catégorie est devenue incontournable. Les émissions liées au numérique (infrastructures cloud, logiciels SaaS, datacenters) représentent désormais environ 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Pour les entreprises fortement numérisées, ces émissions peuvent représenter jusqu’à 20 % de leur empreinte carbone. L’optimisation des infrastructures, la rationalisation des usages et le choix de fournisseurs utilisant de l’énergie renouvelable sont autant de leviers pour réduire cet impact croissant.
Méthodes de calcul du scope 3 en entreprise
Calculer avec précision les émissions du scope 3 nécessite des méthodologies robustes et adaptées à la complexité de la chaîne de valeur. Trois approches principales se distinguent pour quantifier efficacement ces émissions indirectes.
Méthode Bilan Carbone® V9 (2025)
Entrée en vigueur le 1er janvier 2025, la version 9 du Bilan Carbone® constitue désormais la référence méthodologique en France pour mesurer les émissions de gaz à effet de serre. Cette nouvelle version transforme profondément l’approche, passant d’un simple outil de comptabilité carbone à un véritable dispositif de pilotage de la transition bas-carbone.
L’innovation majeure de cette version réside dans son fonctionnement modulaire avec trois niveaux de maturité :
- Bilan Carbone® Initial : adapté aux organisations débutantes
- Bilan Carbone® Standard : similaire à la version 8, recommandé pour la plupart des entreprises
- Bilan Carbone® Avancé : destiné aux organisations maîtrisant déjà les enjeux climatiques
La méthodologie s’articule désormais autour de sept étapes structurées :
- Cadrage de la démarche (maturité, gouvernance)
- Définition des périmètres (temporel, organisationnel, opérationnel)
- Mobilisation des parties prenantes
- Comptabilisation des émissions
- Élaboration du plan de transition
- Restitution des résultats
- Évaluation (facultative)
Par ailleurs, cette version souligne davantage l’importance du plan de transition, désormais partie intégrante de la méthode. Ce plan doit contenir des objectifs de réduction chiffrés, des actions priorisées et une trajectoire claire.
GHG Protocol : Corporate Value Chain Standard
Le GHG Protocol a développé le Corporate Value Chain (Scope 3) Standard, une méthode internationalement reconnue pour la comptabilisation des émissions indirectes. Publié en 2011 après un processus inclusif impliquant plus de 2 300 participants de 55 pays [10], ce standard offre un cadre méthodologique applicable aux entreprises de tous les secteurs.
Cette norme propose plusieurs méthodes de calcul selon la qualité des données disponibles :
- Méthode basée sur les données fournisseurs : utilise les données primaires des fournisseurs pour une précision maximale
- Méthode basée sur l’activité : combine les données d’activité réelles avec des facteurs d’émission
- Méthode moyenne : applique des moyennes sectorielles
- Méthode basée sur les dépenses : multiplie les dépenses financières par des facteurs d’émission
- Méthode hybride : combine les approches précédentes pour équilibrer précision et faisabilité
En effet, pour les entreprises qui entament l’évaluation de leurs émissions de scope 3, cette complexité peut être décourageante. C’est pourquoi le GHG Protocol propose également un guide de calcul détaillé qui fournit des indications techniques sur l’ensemble des méthodes pertinentes [11]. Ce guide aide les entreprises à sélectionner les approches de calcul appropriées et présente des exemples pour chacune d’elles.
Collecte de données via outils automatisés
La collecte efficace des données constitue un défi majeur dans le calcul du scope 3. Trois approches principales existent pour obtenir ces informations :
- Cartographie de la chaîne de valeur : première étape cruciale permettant d’identifier les contributeurs d’émissions et les points chauds. Cette visualisation aide à établir des mesures de référence même avec des données initiales limitées [12].
- Processus de collecte structurés : utilisation d’outils permettant une collecte, une vérification et des mises à jour efficaces des données. L’autonomisation des équipes chargées des achats et du développement durable pour recueillir des données en continu, via des enquêtes ou des systèmes automatisés, est essentielle [12].
- Engagement des fournisseurs stratégiques : concentration sur les fournisseurs clés, sachant qu’un nombre limité d’entre eux (souvent 20%) est généralement responsable de la majorité (jusqu’à 80%) des émissions [12]. L’engagement de ces fournisseurs à la collecte et à la déclaration des données est vital pour mesurer avec précision les points chauds d’émission.
Ainsi, pour rendre ce processus plus efficace et moins sujet aux erreurs, de nombreuses entreprises se tournent vers des plateformes automatisées qui simplifient les calculs, donnent accès à des milliers de facteurs d’émission et facilitent la collecte de données primaires auprès des fournisseurs.
Ces outils permettent de centraliser les données provenant de différentes sources, de garantir leur traçabilité et de minimiser les risques d’incohérences. Ils offrent également des fonctionnalités de visualisation qui rendent l’analyse des résultats plus accessible aux différentes parties prenantes.
Exemples concrets d’intégration du scope 3
Plusieurs entreprises françaises et internationales ont déjà adopté des stratégies ambitieuses pour intégrer le scope 3 à leur bilan carbone. Leurs approches variées illustrent différentes façons d’aborder ce défi complexe.
Air France : prise en compte partielle du kérosène
Air France illustre une approche différente, centrée sur la catégorie prédominante de son scope 3 : le kérosène. En effet, bien que le carburant consommé pendant les vols soit traditionnellement classé en scope 1, Air France a décidé d’inclure partiellement, dans son scope 3, les émissions liées à l’extraction, au raffinage et au transport du kérosène.
Cette démarche a conduit la compagnie aérienne à collaborer avec ses fournisseurs de carburant pour développer des solutions bas-carbone, telles que les SAF (Sustainable Aviation Fuels). Cependant, Air France reconnaît que cette approche demeure incomplète et travaille à élargir progressivement son périmètre d’analyse.
L’Oréal : focus sur l’usage des produits
L’Oréal a adopté une stratégie distinctive en concentrant ses efforts sur la catégorie 11 du scope 3 : l’utilisation des produits vendus. Le groupe cosmétique a constaté que 50 % de son empreinte carbone provenait de cette phase, principalement liée à l’eau chaude utilisée lors des shampoings.
Face à ce constat, L’Oréal a développé des produits nécessitant moins d’eau chaude lors de leur utilisation et investi dans la recherche de formulations « rinse-off » plus efficaces. Parallèlement, l’entreprise sensibilise ses consommateurs aux écogestes, démontrant ainsi que l’action sur le scope 3 peut également passer par l’éducation des utilisateurs finaux.
Outils et solutions pour maîtriser son scope 3
La gestion efficace des émissions Scope 3 nécessite des outils spécialisés pour simplifier la collecte et l’analyse des données. En 2026, plusieurs solutions s’offrent aux entreprises pour maîtriser cette dimension complexe du bilan carbone.
Plateformes comme TheGreenShot
Face à la dispersion des données relatives au Scope 3 (fournisseurs, déplacements, achats), la solution GreenPro, développée par TheGreenShot, adopte une approche pragmatique fondée sur les flux financiers. Là où les méthodes traditionnelles exigent des enquêtes auprès des fournisseurs fastidieuses, l’IA de GreenPro analyse directement les factures et les notes de frais pour identifier les émissions indirectes. Qu’il s’agisse de la catégorie 1 (Achats de produits et services), de la catégorie 6 (Voyages d’affaires) ou du transport de marchandises, l’outil détecte les postes de dépenses et leur assigne automatiquement le facteur d’émission correspondant (Carbon’Clap, GHG Protocol). Cette méthode permet de couvrir instantanément une large part du Scope 3 en transformant la comptabilité générale en comptabilité carbone, sans attendre le retour de chaque prestataire.
Utilisation de la Base Carbone®
La Base Carbone® constitue une référence incontournable pour les facteurs d’émission. Des plateformes comme GCI l’intègrent dans leur base de données automatiquement mise à jour, s’appuyant également sur d’autres sources comme EcoInvent [15]. Cette approche guide l’utilisateur vers le facteur le plus pertinent, sans avoir à arbitrer seul parmi des centaines de références techniques. Pour impliquer les fournisseurs, certains outils, tels que Decarbo’Supply®, permettent aux partenaires de transmettre leurs propres facteurs d’émission, ce qui améliore la qualité des données indirectes [15].
Suivi des émissions par catégorie via tableaux de bord
Les tableaux de bord constituent un élément essentiel pour visualiser et analyser les données d’émissions. Le « Scope 3 Summary dashboard » propose une vue consolidée des émissions et des dépenses associées à chaque catégorie du Scope 3 [16]. Ces interfaces comportent généralement plusieurs widgets : sélecteurs de période, indicateurs d’émissions totales, dépenses avec ou sans émissions, ainsi que le nombre de sites inclus dans le calcul [16]. Ces outils permettent notamment de suivre mensuellement les dépenses, avec des émissions par localisation, par pays et par méthode de calcul [16].
Conclusion
La maîtrise du scope 3 constitue désormais un élément fondamental de toute stratégie environnementale efficace. Comme nous l’avons vu, ces émissions indirectes représentent généralement entre 70% et 90% de l’empreinte carbone totale d’une entreprise, ce qui en fait un levier d’action prioritaire pour atteindre les objectifs climatiques.
Les entreprises doivent néanmoins faire face à plusieurs défis. Premièrement, la complexité des 16 catégories d’émissions nécessite une approche méthodique et rigoureuse. Deuxièmement, la collecte de données fiables exige une collaboration étroite avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur. Troisièmement, l’intégration du scope 3 dans les processus décisionnels requiert un profond changement de la culture d’entreprise.
La réglementation joue également un rôle accélérateur dans cette transformation. Les sanctions financières significatives, pouvant atteindre 100 000€ en cas de récidive, incitent fortement les organisations à se conformer aux exigences légales. Au-delà de la simple conformité, les pionniers de la décarbonation y voient une opportunité stratégique.
Les exemples de Balzac Paris, Air France et L’Oréal démontrent que différentes approches peuvent être adoptées en fonction des spécificités sectorielles. Chaque entreprise doit ainsi identifier les catégories d’émissions les plus significatives au sein de sa chaîne de valeur et concentrer ses efforts sur ces points chauds.
Les méthodologies structurées telles que le Bilan Carbone® V9 et le GHG Protocol offrent des cadres rigoureux pour quantifier ces émissions. Parallèlement, les solutions technologiques telles que GreenPro facilitent grandement la collecte et l’analyse des données, rendant le processus plus accessible.
D’ici 2026, les entreprises qui auront pleinement intégré le scope 3 dans leur stratégie bénéficieront d’avantages compétitifs considérables : une meilleure résilience face aux risques climatiques, des relations renforcées avec leurs parties prenantes et une préparation optimale aux futures réglementations.
Le défi du scope 3 représente finalement bien plus qu’une obligation comptable ou réglementaire. Cette démarche transforme profondément la manière dont les entreprises conçoivent leurs produits, sélectionnent leurs fournisseurs et interagissent avec leurs clients. Les organisations qui sauront saisir cette opportunité ne réduiront pas seulement leur empreinte carbone – elles contribueront activement à façonner l’économie bas-carbone de demain.
FAQs
Q1. Qu’est-ce que le scope 3 et pourquoi est-il important ? Le scope 3 correspond aux émissions indirectes de gaz à effet de serre d’une entreprise, issues de sa chaîne de valeur. Il est crucial, car il représente généralement entre 70% et 90% des émissions totales d’une entreprise, offrant ainsi le plus grand potentiel de réduction de l’empreinte carbone.
Q2. Comment une entreprise peut-elle calculer ses émissions de scope 3 ? Les entreprises peuvent utiliser des méthodologies telles que le Bilan Carbone® V9 ou le GHG Protocol, ainsi que des outils automatisés pour collecter et analyser les données. L’approche peut combiner des données fournisseurs, des calculs fondés sur l’activité et des estimations fondées sur les dépenses.
Q3. Quelles sont les principales catégories d’émissions du scope 3 ? Elles incluent les achats de biens et de services, le transport amont et aval, l’utilisation et la fin de vie des produits, les déplacements professionnels et domicile-travail, ainsi que les investissements et les actifs en leasing.
Q4. Pourquoi le scope 3 est-il essentiel à la crédibilité des engagements climatiques ? Sans prise en compte du scope 3, qui représente la majorité des émissions, les engagements climatiques manquent de substance. Les investisseurs, clients et régulateurs scrutent de plus en plus l’intégrité des réductions d’émissions tout au long de la chaîne de valeur.
Q5. Quels outils peuvent aider à maîtriser le scope 3 ? Des logiciels comme GreenPro offrent des solutions intégrées pour calculer et gérer les émissions de scope 3. La Base Carbone® fournit des facteurs d’émission de référence, tandis que des tableaux de bord permettent de suivre les émissions par catégorie et d’impliquer les fournisseurs dans la collecte de données.
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