Bilan carbone d’une publicité audiovisuelle : méthode et outils

La publicité audiovisuelle affiche l'intensité carbone la plus élevée de tout le secteur, par minute produite. Un spot peut atteindre jusqu'à 280 tCO2e.

La publicité audiovisuelle affiche l’intensité carbone la plus élevée de tout le secteur audiovisuel, par minute de contenu produit [1]. Malgré sa courte durée à l’écran, un spot publicitaire mobilise des équipes nombreuses, des décors complexes et des ressources logistiques concentrées sur une ou deux journées de tournage intenses. Mesurer le bilan carbone d’une publicité audiovisuelle est devenu une étape incontournable pour les annonceurs et les producteurs, tant sur le plan réglementaire qu’environnemental. Cet article présente la méthode, les outils disponibles et les bonnes pratiques pour structurer cette démarche avec rigueur.

La publicité audiovisuelle, format le plus intensif en carbone

Parmi tous les formats de production audiovisuelle, la publicité présente l’intensité carbone la plus élevée par minute de contenu final produit [1]. Ce paradoxe s’explique par la concentration des ressources sur un laps de temps très court : des équipes techniques importantes, des décors souvent construits spécifiquement pour le projet, des répétitions nombreuses et des exigences de qualité visuelle maximales, le tout compressé en une ou deux journées de tournage.

Les projets publicitaires les plus impactants peuvent atteindre jusqu’à 280 tCO2e pour un seul spot [2], soit un niveau comparable à certaines fictions de long format, pour quelques secondes de contenu à l’écran. Cette réalité interpelle annonceurs et agences de production, qui cherchent à concilier l’ambition créative avec une démarche environnementale structurée.

La prise de conscience progresse dans le secteur. L’Union des Marques, qui représente les annonceurs en France, soutient activement le déploiement d’outils de mesure carbone spécifiques à la production publicitaire [3]. Pour les producteurs souhaitant mieux comprendre les spécificités de l’empreinte carbone d’un tournage, les enjeux de la publicité présentent à la fois des similitudes et des différences notables avec les autres formats.

Les principales sources d’émissions d’un spot publicitaire

La structure des émissions d’une publicité audiovisuelle suit la même logique que les autres formats de production, avec quelques spécificités propres au secteur. Selon les données agrégées par Ecoprod sur l’ensemble des productions audiovisuelles françaises [2], les principaux postes d’émissions sont :

Poste d’émission Part des émissions
Transport (équipes, matériel, figurants) 27,5 %
Achats de biens (décors, accessoires, costumes) 24,6 %
Alimentation (catering, restauration) 10,8 %
Immobilisation d’équipements 9 %
Énergie (groupes électrogènes, studios) 8 %
Autres postes 20,1 %

Dans le cas de la publicité, certains postes prennent une importance accrue. Les décors, souvent construits de toute pièce pour un seul tournage et détruits ensuite, génèrent une empreinte matériaux disproportionnée par rapport à leur durée d’utilisation. Le recours à des équipes techniques spécialisées, parfois amenées de loin, alourdit significativement le poste transport.

Les tournages publicitaires font également appel à des équipements de haute gamme (caméras à haute résolution, systèmes d’éclairage complexes, matériel de rig) dont l’immobilisation et le transport représentent un coût carbone notable. Enfin, les nombreuses répétitions et les longues journées de tournage liées à l’exigence de qualité génèrent une consommation énergétique élevée, particulièrement dans les studios.

La méthode GHG Protocol en trois scopes s’applique à la production publicitaire. Le scope 3 y est dominant, notamment via les achats de décors et le transport des équipes, ce qui complique la collecte des données mais offre les leviers de réduction les plus importants.

Comment réaliser le bilan carbone d’une publicité audiovisuelle

Bien que la production d’un spot publicitaire soit nettement plus courte qu’une série ou un film, la démarche de bilan carbone suit les mêmes grandes étapes.

Le brief éco-responsable : point de départ de la démarche

Pour la publicité, la phase préparatoire est particulièrement critique. Contrairement à une série où le bilan peut être amélioré tout au long de la production, un spot publicitaire laisse très peu de marge de manœuvre une fois la préproduction engagée. L’intégration d’objectifs environnementaux dès le brief créatif, avant le choix des prestataires et la conception des décors, est donc déterminante.

Cette approche anticipatrice permet d’arbitrer entre différentes options créatives en tenant compte de leur empreinte carbone respective : tournage en décor naturel versus décor construit, plateau en studio versus extérieur, casting local versus casting nécessitant des déplacements importants. Les méthodes de calcul de l’empreinte carbone permettent de quantifier ces arbitrages dès la phase de conception.

La collecte de données pendant le tournage

Sur un tournage publicitaire, la collecte des données doit être organisée avec soin malgré le rythme intense. Il s’agit de rassembler : feuilles de présence par demi-journée, factures de carburant et frais de transport, relevés énergétiques du studio ou du groupe électrogène, bons de commande des décors et accessoires, menus de catering.

La brièveté du tournage est un avantage : les données à collecter sont moins nombreuses que pour une fiction. En revanche, la réactivité requise est plus grande, car les prestataires sont souvent moins habitués à fournir ces informations que sur des productions longues.

Le calcul et le bilan final

Une fois les données compilées, un calculateur homologué transforme ces données brutes en équivalents CO2 en appliquant les facteurs d’émission de l’ADEME [4]. Le bilan final peut ensuite être partagé avec l’annonceur dans le cadre de son reporting environnemental, notamment pour les grandes entreprises soumises à la directive CSRD.

Un lien direct existe également avec la communication responsable : les annonceurs qui souhaitent valoriser leur démarche éco-responsable dans leurs messages publicitaires doivent pouvoir justifier leurs affirmations par des données vérifiées. Cela renforce l’articulation entre la prévention du greenwashing dans la publicité et la mesure carbone de la production elle-même.

Les outils pour mesurer l’empreinte carbone d’un spot publicitaire

Plusieurs outils spécialisés permettent de mesurer l’empreinte carbone d’une publicité audiovisuelle avec une méthodologie reconnue par les professionnels du secteur.

Carbon’Clap (Ecoprod)

Carbon’Clap, développé par Ecoprod, couvre spécifiquement le format publicitaire. L’outil est homologué par l’Union des Marques pour les productions publicitaires françaises [3]. Il utilise les facteurs d’émission de la Base Carbone de l’ADEME et permet de paramétrer le projet selon les caractéristiques du spot (durée de tournage, nombre de jours, équipes, type de décors). Les résultats peuvent être comparés aux moyennes sectorielles disponibles dans la base de données Ecoprod.

Le label Ecoprod et la norme SPEC 2308

Pour les annonceurs et producteurs souhaitant aller plus loin que la simple mesure, le label Ecoprod offre une certification reconnue. Mis à jour récemment, il est désormais aligné sur la norme internationale SPEC 2308 relative à la production cinématographique, audiovisuelle et publicitaire responsable, et est audité par AFNOR Certification, organisme tiers indépendant accrédité [5].

Ce label distingue les productions qui ont non seulement mesuré leur empreinte mais aussi mis en œuvre des actions concrètes pour la réduire tout au long du tournage. Pour un annonceur, il constitue une preuve tangible et vérifiable de l’engagement éco-responsable de sa production.

Les solutions intégrées de suivi carbone

Des plateformes plus intégrées permettent de connecter directement les données opérationnelles (factures, feuilles de présence, logistique) au calcul carbone, sans extraction manuelle. Cette approche réduit considérablement la charge de collecte sur des tournages à rythme intense comme les spots publicitaires, et garantit l’exhaustivité des données.

Publicités et événements : application concrète dans le secteur M&E

Le secteur de la production publicitaire et des événements partage des problématiques communes en matière de bilan carbone, notamment autour de la concentration des équipes sur de courtes durées et de la logistique de matériel.

Spots publicitaires : des décors éphémères à fort impact

La production d’une publicité audiovisuelle pour une marque du secteur de la mode, du luxe ou de l’alimentaire implique fréquemment la construction de décors élaborés, utilisés pendant quelques heures de tournage puis démontés. Cette pratique génère une empreinte matériaux significative : bois, tissus, peintures, accessoires sur mesure dont la durée de vie se compte en heures.

Des solutions existent pour réduire cet impact : réemploi des matériaux de décors entre productions, recours à des prestataires de location plutôt qu’à des achats neufs, intégration d’éléments de décors numériques en post-production pour limiter la construction physique. Les producteurs qui intègrent ces arbitrages en amont du tournage, lors de la conception créative, obtiennent des réductions d’empreinte substantielles sans compromettre la qualité visuelle.

Événements et activations de marque : une logique similaire

Les événements commerciaux et les activations de marque en live partagent plusieurs enjeux avec la production publicitaire : mobilisation rapide d’équipes nombreuses, logistique de matériel intensif, alimentation électrique sur site. Pour les événements qui incluent une captation vidéo ou une production de contenu en direct, les deux logiques se combinent et exigent une approche intégrée du bilan carbone.

Selon le Livre Blanc Ecoprod sur les diffuseurs [6], la coordination entre annonceurs, agences et diffuseurs autour d’une méthodologie commune de mesure est désormais un enjeu structurant pour la filière.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données pour les productions et événements. Il produit des bilans conformes Albert, CSRD et GHG Protocol, sans saisie manuelle. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Le bilan carbone d’une publicité audiovisuelle reflète une réalité paradoxale : un format court à l’écran mais particulièrement intensif sur le plan environnemental, par minute de contenu produit. La concentration des équipes, la construction de décors éphémères et la logistique compressée sur quelques jours en font l’un des formats les plus complexes à décarboner.

Les outils disponibles, qu’il s’agisse de Carbon’Clap pour les productions françaises ou du label Ecoprod aligné sur la norme SPEC 2308, offrent des cadres méthodologiques reconnus et adaptés aux spécificités du bilan carbone publicité audiovisuelle. La clé de la réduction réside dans l’anticipation : intégrer la dimension environnementale dès le brief créatif permet d’arbitrer en connaissance de cause entre des options créatives à empreinte très variable.

Les évolutions réglementaires à venir, notamment la montée en puissance de la directive CSRD pour les grands annonceurs, renforceront l’obligation de traçabilité de l’empreinte carbone de leurs productions publicitaires. Les agences et producteurs qui structurent leur démarche dès maintenant seront mieux positionnés pour répondre à ces exigences.

FAQ

Quelle est l’empreinte carbone d’un spot publicitaire audiovisuel ?

L’empreinte carbone d’un spot publicitaire est très variable selon son budget et sa complexité. Selon les données Ecoprod, les projets les plus impactants peuvent atteindre jusqu’à 280 tCO2e. La publicité audiovisuelle présente l’intensité carbone la plus élevée par minute de contenu produit de tout le secteur audiovisuel, en raison de la concentration des équipes et des ressources sur de courtes périodes de tournage.

Quel outil utiliser pour calculer le bilan carbone d’une publicité audiovisuelle ?

Carbon’Clap, développé par Ecoprod, est l’outil de référence pour calculer le bilan carbone d’une publicité audiovisuelle en France. Il est homologué par l’Union des Marques et utilise les facteurs d’émission de la Base Carbone de l’ADEME. Il permet de paramétrer le projet selon les caractéristiques du spot et de comparer les résultats aux moyennes sectorielles.

Pourquoi la publicité audiovisuelle est-elle particulièrement émettrice de CO2 ?

La publicité audiovisuelle concentre de nombreuses ressources sur une très courte période : équipes techniques importantes, décors souvent construits spécifiquement et utilisés quelques heures seulement, équipements de haute gamme et exigences de qualité maximales. Cette concentration génère une intensité carbone élevée par minute de contenu produit, supérieure à celle des longs métrages de fiction ou des documentaires.

Comment réduire le bilan carbone d’un spot publicitaire ?

Les leviers les plus efficaces sont l’intégration d’objectifs éco-responsables dès le brief créatif, le recours à des décors de réemploi ou à des éléments de décors numériques, la préférence pour des équipes locales limitant les déplacements, et le choix d’un studio disposant d’une alimentation électrique verte. L’anticipation est la clé : une fois la préproduction engagée, les marges de manœuvre sont faibles.

Qu’est-ce que le label Ecoprod pour la publicité audiovisuelle ?

Le label Ecoprod est une certification délivrée aux productions publicitaires qui ont mesuré leur empreinte via Carbon’Clap et mis en œuvre des pratiques éco-responsables tout au long du tournage. Aligné sur la norme internationale SPEC 2308 et audité par AFNOR Certification, ce label constitue une preuve vérifiable de l’engagement environnemental d’une production.

Aller plus loin avec TheGreenshot

La production d’une publicité audiovisuelle implique des flux de données nombreux sur une période très courte : factures de location d’équipements, feuilles de présence, consommations énergétiques du studio, bons de commande de décors. GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, est conçu pour automatiser cette collecte intensive : scan de factures par OCR, connexion aux données opérationnelles et tableaux de bord conformes aux référentiels Albert, CSRD et GHG Protocol. Les annonceurs et producteurs disposent ainsi d’un bilan fiable et exhaustif sans charge administrative supplémentaire sur le plateau. GreenPro permet également de benchmarker l’empreinte du spot par rapport aux moyennes sectorielles Ecoprod, facilitant le dialogue avec les partenaires et diffuseurs.

Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.

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