La VSME — Voluntary Sustainability Reporting Standard for non-listed SMEs — est le standard européen de reporting de durabilité spécifiquement conçu pour les petites et moyennes entreprises non cotées. Développée par l’EFRAG [1] et adoptée par la Commission européenne sous forme de recommandation officielle [2], elle répond à une réalité de terrain : la majorité des PME reçoivent des demandes croissantes d’informations ESG de la part de leurs partenaires commerciaux, de leurs banques et de leurs investisseurs, sans disposer d’un cadre adapté à leur taille pour y répondre. La VSME comble ce vide avec un référentiel modulaire, proportionné et reconnu à l’échelle européenne.
Qu’est-ce que la VSME ?
La VSME est née d’un constat simple : la directive CSRD, qui impose des obligations de reporting de durabilité aux grandes entreprises, génère un effet de cascade vers leurs fournisseurs — en majorité des PME. Ces dernières se retrouvent sollicitées pour fournir des données environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) sans cadre ni méthodologie stabilisée pour les structurer.
En réponse, l’EFRAG a développé la VSME comme un outil de reporting adapté aux PME non assujetties à la CSRD. Le standard couvre trois piliers classiques : l’environnement (E), le social (S) et la gouvernance (G) [3]. Il ne prévoit pas d’obligation de vérification externe ni d’évaluation de matérialité complexe, ce qui le distingue nettement des normes ESRS applicables aux grandes entreprises dans le cadre de la CSRD.
La norme s’adresse à un périmètre très large : micro-entreprises, petites entreprises, entreprises de taille intermédiaire non cotées. Elle couvre ainsi l’immense majorité du tissu économique européen, y compris les acteurs de l’audiovisuel, de la communication et des services — secteurs pour lesquels les enjeux RSE sont devenus centraux dans les appels d’offres et les relations avec les donneurs d’ordres.
La structure de la norme : module de base et module complet
La VSME est structurée en deux modules complémentaires. Cette architecture progressive permet à chaque entreprise d’adopter le niveau de reporting adapté à sa maturité et aux exigences de ses partenaires [4].
Le module de base (Basic Module)
Le module de base est conçu comme un point d’entrée réaliste pour les structures de toutes tailles. Il comprend 11 divulgations organisées autour des trois piliers ESG [5]. Parmi les informations couvertes figurent notamment :
| Thématique | Indicateurs clés du module de base |
|---|---|
| Énergie | Consommation totale d’énergie, part des énergies renouvelables |
| Émissions de GES | Scope 1 et Scope 2 (émissions directes et indirectes liées à l’énergie) |
| Déchets | Volume de déchets générés, taux de valorisation |
| Eau | Consommation d’eau en zones à risque hydrique |
| Social | Effectifs, diversité, formation, santé & sécurité |
| Gouvernance | Politiques anti-corruption, conformité réglementaire |
Ce module applique un principe dit « if applicable » : une PME ne publie que les informations qui correspondent à ses activités réelles. Une entreprise de services qui ne génère pas de déchets industriels n’est pas tenue de renseigner des indicateurs hors de son périmètre opérationnel [6]. Pour les PME du secteur audiovisuel, les indicateurs Scope 1 et 2 — directement liés aux émissions directes de carbone — constituent généralement le socle prioritaire.
Le module complet (Comprehensive Module)
Le module complet s’adresse aux PME qui souhaitent répondre à des demandes ESG avancées, notamment de la part d’investisseurs institutionnels, de banques soumises à la taxonomie verte européenne, ou de grands groupes qui ont intégré des exigences CSRD dans leur chaîne d’approvisionnement. Ce module adopte une approche plus narrative, permettant à l’entreprise de valoriser ses politiques, ses actions concrètes et ses objectifs de durabilité au-delà des indicateurs quantitatifs [7].
Ce module complet est également celui qui permet aux PME de se préparer à une éventuelle montée en puissance de leurs obligations de reporting RSE, en construisant dès maintenant une infrastructure de données cohérente et vérifiable.
Pourquoi la VSME concerne toutes les PME
La VSME est volontaire — aucune sanction légale ne s’applique en cas de non-adoption. Pourtant, son caractère « facultatif » ne doit pas occulter la pression de fait qui s’exerce sur les PME depuis l’entrée en vigueur de la CSRD pour les grandes entreprises.
La pression de la chaîne de valeur
Les grandes entreprises soumises à la CSRD doivent rendre compte de leurs émissions de Scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes générées tout au long de leur chaîne d’approvisionnement [8]. Pour ce faire, elles collectent des données auprès de leurs fournisseurs — souvent des PME. Sans standard commun, chaque grand groupe développait ses propres questionnaires, générant une surcharge administrative considérable pour les PME sollicitées. La VSME apporte un langage commun qui rationalise ces échanges.
La traçabilité des fournisseurs est devenue un enjeu central du reporting CSRD. Adopter la VSME permet aux PME de répondre de manière structurée et crédible aux demandes de leurs clients grands comptes.
L’accès au financement
Les établissements financiers soumis au règlement sur la taxonomie verte européenne ou à la directive SFDR intègrent des critères ESG dans leurs décisions de crédit et d’investissement. Près de 43 % des PME interrogées déclarent appliquer la VSME pour sécuriser leur accès aux financements [9]. Structurer son reporting ESG via la VSME constitue donc un avantage concurrentiel tangible dans les négociations bancaires et les levées de fonds.
La valeur perçue par les clients
Au-delà des obligations réglementaires, la VSME est un outil de communication et de différenciation. Une PME capable de fournir des données ESG structurées selon un standard reconnu par la Commission européenne renforce sa crédibilité auprès de clients de plus en plus attentifs aux critères de durabilité dans leurs achats et leurs partenariats.
VSME et directive Omnibus : ce qui change
L’adoption du paquet Omnibus I par la Commission européenne a profondément modifié le paysage réglementaire du reporting de durabilité. Ce paquet de simplification, adopté pour réduire les charges administratives pesant sur les entreprises, a relevé le seuil d’assujettissement à la CSRD à 1 000 salariés, exemptant de fait environ 80 % des entreprises européennes des obligations de reporting obligatoire [6].
Dans ce nouveau contexte, la VSME a été explicitement identifiée par la Commission comme le cadre de référence pour les entreprises exemptées. Surtout, l’Omnibus installe la VSME comme un plafond légal : les grandes entreprises soumises à la CSRD ne peuvent plus exiger de leurs fournisseurs PME des informations allant au-delà du périmètre couvert par la VSME. Cette mesure, connue sous le nom de « value-chain cap », protège les PME d’une surenchère de questionnaires et de demandes hétérogènes [4].
Concrètement, cela signifie que maîtriser la VSME équivaut à maîtriser l’ensemble des exigences ESG légitimement adressables à une PME dans le cadre des obligations CSRD de ses donneurs d’ordres. La norme n’est plus seulement un outil de reporting volontaire : elle est devenue un bouclier réglementaire et un socle de négociation.
Pour les entreprises audiovisuelles qui travaillent avec des diffuseurs, des annonceurs ou des producteurs délégués soumis à la CSRD, cette évolution est particulièrement significative. La maîtrise du protocole GHG et de la mesure des émissions devient ainsi le socle technique de la conformité VSME.
Comment mettre en œuvre la VSME : les étapes clés
La mise en œuvre de la VSME suit une logique progressive. Les experts recommandent une approche en quatre étapes, adaptable à toutes les tailles d’organisation [10].
Étape 1 — Cadrage et diagnostic initial
La première étape consiste à identifier les sujets de durabilité pertinents pour le modèle économique de l’entreprise et à dresser un inventaire des données déjà disponibles. Pour une PME audiovisuelle, cela implique d’évaluer les données de consommation énergétique des plateaux, les déplacements liés aux tournages, la gestion des déchets de production et les indicateurs sociaux (effectifs, formation, égalité). Cette phase de diagnostic permet d’identifier les lacunes de données et de prioriser les efforts de collecte.
Étape 2 — Choix du module et collecte des données
Sur la base du diagnostic, l’entreprise choisit de s’engager sur le module de base ou le module complet selon les attentes de ses parties prenantes. Des processus de collecte de données fiables sont alors mis en place : tableaux de suivi des consommations, enquêtes RH, relevés de compteurs, collecte de factures énergétiques. L’automatisation de cette collecte via des outils dédiés réduit considérablement la charge administrative [11].
Étape 3 — Rédaction et structuration du rapport
La VSME ne prescrit pas de format de publication unique, mais l’EFRAG a mis à disposition une taxonomie XBRL et un modèle numérique gratuit pour faciliter la structuration des données [1]. Le rapport peut être intégré au rapport annuel, publié sur le site institutionnel ou transmis directement aux partenaires qui en font la demande. La forme importe moins que la cohérence et la vérifiabilité des informations présentées.
Étape 4 — Amélioration continue et montée en maturité
Le reporting VSME n’est pas un exercice ponctuel. Les entreprises qui en tirent le plus de valeur l’utilisent comme un outil de pilotage interne : suivi des indicateurs dans le temps, identification des axes de progrès, définition d’objectifs de réduction. Cette logique d’amélioration continue correspond à ce que TheGreenShot accompagne dans le cadre de sa mission de management vert pour les studios de production.
Points clés à retenir
- VSME : standard européen volontaire de reporting ESG pour les PME non cotées, développé par l’EFRAG et adopté par la Commission européenne.
- Deux modules : le module de base (11 indicateurs essentiels, principe « if applicable ») et le module complet (approche narrative, données avancées).
- Omnibus : la directive Omnibus fait de la VSME le plafond légal des exigences ESG que les grandes entreprises peuvent adresser à leurs fournisseurs PME.
- Enjeux concrets : accès au financement, réponse aux donneurs d’ordres CSRD, différenciation commerciale.
- Mise en œuvre : diagnostic, collecte de données, structuration du rapport, amélioration continue.
- Pas d’assurance obligatoire : contrairement aux ESRS, la VSME ne requiert pas de vérification externe, ce qui allège significativement le dispositif.
Conclusion
La VSME s’est imposée en peu de temps comme le référentiel ESG incontournable pour les PME européennes. Ce qui était au départ une initiative volontaire est devenu, avec l’adoption de la directive Omnibus, un standard de fait reconnu à la fois par la Commission européenne et par les acteurs de marché — banques, investisseurs, grands groupes. Pour les PME du secteur audiovisuel et de la communication, adopter la VSME n’est pas simplement une démarche de conformité : c’est une opportunité de structurer leur gestion environnementale, de sécuriser leurs relations commerciales et de construire une crédibilité ESG solide sur le long terme.
Le cadre de la double matérialité et les exigences ESRS auxquelles sont soumis les grandes entreprises donneurs d’ordres rendent cette démarche de plus en plus urgente pour les fournisseurs et sous-traitants qui souhaitent rester compétitifs dans les appels d’offres de demain.
FAQ — Questions fréquentes sur la VSME
La VSME est-elle obligatoire pour les PME ?
Quelle est la différence entre la VSME et la CSRD ?
Combien d’indicateurs couvre le module de base de la VSME ?
Un fournisseur PME peut-il refuser de répondre aux demandes ESG d’un grand client ?
Par où commencer pour adopter la VSME ?
La VSME impose de collecter des données précises sur les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie et les pratiques environnementales — autant d’informations que les PME peinent souvent à centraliser sans outil dédié. GreenPro, la solution de mesure carbone de TheGreenShot, automatise la collecte de ces données via un scan de factures OCR, des tableaux de bord temps réel et des insights IA. En s’appuyant sur un outil structuré dès le départ, les équipes peuvent répondre aux exigences du module de base VSME sans surcharge administrative, tout en disposant d’indicateurs fiables pour piloter leur trajectoire de durabilité sur le long terme.
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