Les normes IFRS de durabilité S1 et S2, publiées par l’International Sustainability Standards Board (ISSB), posent les bases d’un langage commun pour le reporting extra financier à l’échelle mondiale [1]. Conçues pour répondre aux besoins des investisseurs, elles standardisent la façon dont une entreprise communique sur ses risques et ses opportunités liés à la durabilité, et en particulier au climat. IFRS S1 fixe le cadre général, tandis qu’IFRS S2 se concentre sur les enjeux climatiques. Cet article explique l’origine de ces normes, le contenu précis de chacune, leur calendrier d’application, leur articulation avec la CSRD européenne, et leurs conséquences concrètes pour les acteurs de l’audiovisuel et de l’événementiel.
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Normes IFRS de durabilité : origine et objectifs
L’ISSB a été créé sous l’égide de la Fondation IFRS, à l’initiative annoncée lors de la COP26, pour répondre à une demande récurrente des marchés financiers : disposer d’un socle mondial et comparable d’informations de durabilité. Les normes IFRS de durabilité visent ainsi à devenir la référence internationale, au même titre que les normes comptables IFRS le sont pour l’information financière [1].
Pour éviter de repartir de zéro, l’ISSB a consolidé des référentiels préexistants et largement adoptés : les recommandations de la TCFD sur le risque climatique et les standards sectoriels de la SASB [2]. Les deux normes reposent sur une structure commune en quatre piliers : la gouvernance, la stratégie, la gestion des risques, ainsi que les indicateurs et objectifs. Leur optique est financière : il s’agit d’informer les apporteurs de capitaux sur les éléments de durabilité susceptibles d’affecter la valeur de l’entreprise. Les organisations qui souhaitent structurer cette démarche peuvent s’appuyer sur un accompagnement spécialisé en pilotage environnemental.
IFRS S1 : les informations générales de durabilité
IFRS S1 définit les exigences générales de publication d’informations financières liées à la durabilité. La norme demande à l’entreprise de communiquer sur l’ensemble des risques et opportunités de durabilité raisonnablement susceptibles d’influer sur ses flux de trésorerie, son accès au financement ou son coût du capital, à court, moyen et long terme.
Concrètement, l’information doit couvrir les quatre piliers (gouvernance, stratégie, gestion des risques, indicateurs et objectifs) et être présentée en lien avec les états financiers, sur la même période de reporting et avec la même granularité d’entité. Cette connectivité entre données de durabilité et données comptables constitue l’un des apports majeurs des normes IFRS de durabilité. Des mesures de transition sont prévues pour la première période d’application, notamment la possibilité de se concentrer d’abord sur le climat avant d’élargir le périmètre.
IFRS S2 : le volet climat
IFRS S2 décline les principes d’IFRS S1 sur le thème climatique. La norme impose de décrire les risques physiques (événements extrêmes, évolutions chroniques) et les risques de transition (réglementation, marché, technologie, réputation), ainsi que les opportunités associées. Elle exige également une analyse de la résilience de la stratégie à différents scénarios climatiques.
Sur le plan des indicateurs, IFRS S2 requiert la publication des émissions de gaz à effet de serre selon les scopes 1, 2 et 3, mesurées conformément au GHG Protocol [1]. La norme introduit aussi des indicateurs transversaux (part des actifs exposés, rémunération indexée sur le climat) et des indicateurs sectoriels dérivés de la SASB. La déclaration du scope 3, souvent la plus complexe à produire, suppose de remonter toute la chaîne de valeur, ce qui place la qualité de la collecte de données au cœur du dispositif. Un outil de mesure carbone automatisé devient ici un allié décisif.
Calendrier et adoption dans le monde
Les deux normes s’appliquent aux périodes de reporting annuelles ouvertes à compter du début de la première année suivant leur publication, avec des allègements prévus pour le premier exercice [1]. Leur diffusion s’opère juridiction par juridiction, chaque pays décidant de les rendre volontaires ou obligatoires.
La dynamique d’adoption est rapide. Selon la Fondation IFRS, 39 juridictions ont décidé d’utiliser les normes IFRS de durabilité ou engagé des démarches en ce sens, représentant environ 60 % du PIB mondial, plus de 40 % de la capitalisation boursière mondiale et près de 60 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre [3]. Un suivi indépendant recense de son côté dix sept juridictions ayant déjà adopté les normes et dix neuf autres en préparation [4]. Plusieurs places asiatiques et sud américaines ont rendu ces normes obligatoires pour leurs plus grandes sociétés cotées.
| Indicateur d’adoption | Portée mondiale |
|---|---|
| Juridictions utilisant ou préparant les normes | 39 |
| Part du PIB mondial couvert | ~60 % |
| Part de la capitalisation boursière mondiale | >40 % |
| Part des émissions mondiales de GES | ~60 % |
IFRS S1 et S2 face à la CSRD et aux ESRS
En Europe, le reporting de durabilité est structuré par la directive CSRD et ses normes d’application, les ESRS. La différence de fond avec les normes IFRS de durabilité tient à la notion de matérialité. L’ISSB retient une matérialité financière simple, centrée sur ce qui affecte la valeur pour les investisseurs. La CSRD applique une double matérialité, qui couvre à la fois les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, et les effets de ces enjeux sur l’entreprise.
Pour éviter aux groupes internationaux de produire deux rapports distincts, un travail d’interopérabilité a été mené entre les normalisateurs européen et international, afin d’aligner les indicateurs climatiques communs. En pratique, une entreprise soumise à la CSRD répond au cadre européen, tandis qu’une société non européenne, ou cherchant à rassurer des investisseurs mondiaux, s’oriente vers les normes IFRS de durabilité. Les deux cadres convergent sur l’essentiel : exiger une information fiable, comparable et auditée. Comprendre cette articulation est indispensable pour toute organisation qui construit sa stratégie de reporting environnemental.
Ce que ces normes changent pour l’audiovisuel et l’événementiel
Les groupes médias, chaînes, studios et sociétés de production ne sont pas à l’écart de ce mouvement. Dès qu’une société est cotée, filiale d’un groupe coté ou en quête de financements, ses bailleurs et investisseurs attendent une information de durabilité structurée selon des référentiels reconnus, dont les normes IFRS de durabilité. Le point sensible, pour ce secteur, est le scope 3 : l’essentiel de l’empreinte d’une production se loge dans la chaîne de sous traitance (prestataires techniques, déplacements des équipes, décors, costumes, post production, hébergement). Documenter ces postes suppose une collecte structurée, projet par projet.
Deux exemples concrets illustrent l’enjeu. Premier cas : un groupe média qui publie son exposition aux risques de transition (évolution de la demande publicitaire, coût de l’énergie des studios) et détaille ses émissions par scope pour répondre aux attentes de ses actionnaires. Second cas : une société de production indépendante à laquelle un diffuseur ou une banque demande des données climatiques alignées sur ces référentiels pour accéder à un financement ou remporter un appel d’offres. Dans les deux cas, la capacité à produire des données scope 3 fiables, poste par poste, devient un avantage compétitif. La coordination des équipes sur les projets, via une plateforme de gestion de production, facilite cette traçabilité.
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Conclusion
Les normes IFRS de durabilité S1 et S2 dessinent un socle mondial pour le reporting extra financier : un cadre général avec IFRS S1, un approfondissement climatique avec IFRS S2, et une exigence de comparabilité qui séduit progressivement les marchés. Leur adoption rapide, couvrant déjà une large part du PIB et des émissions mondiales, en fait un repère incontournable, complémentaire de la CSRD européenne. Pour les entreprises, y compris dans l’audiovisuel et l’événementiel, l’enjeu se résume souvent à une capacité : produire des données fiables, en particulier sur le scope 3. À mesure que la convergence entre référentiels se renforce, maîtriser les normes IFRS de durabilité devient un atout stratégique autant qu’une obligation.
FAQ
Que sont les normes IFRS S1 et S2 ?
Quelle différence entre IFRS S1 et IFRS S2 ?
Qui doit appliquer les normes IFRS de durabilité ?
Quelle différence avec la CSRD et les ESRS ?
IFRS S2 impose-t-elle de déclarer le scope 3 ?
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