La loi Duplomb a profondément modifié l’équilibre entre agriculture et environnement en France. Portée par les sénateurs Laurent Duplomb et Franck Menonville sous l’intitulé « loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », elle relève plusieurs seuils réglementaires et allège certaines obligations environnementales [1]. Cet article présente, de manière factuelle, ce que change la loi Duplomb pour les obligations environnementales des entreprises, du régime des installations classées à la gestion de l’eau, ainsi que les points censurés par le Conseil constitutionnel.
Loi Duplomb : de quoi parle-t-on
La loi Duplomb (loi du 11 août 2025) s’inscrit dans une démarche affichée de simplification du cadre réglementaire agricole [1]. Ses promoteurs mettent en avant un objectif de compétitivité et de réduction des contraintes administratives pesant sur les exploitations, afin d’éviter, selon eux, la disparition de certaines filières. Le texte touche plusieurs domaines : le régime des installations classées, la gestion de l’eau et l’usage de produits phytopharmaceutiques.
Ses opposants, parmi lesquels des associations environnementales et de protection animale, estiment au contraire que la loi affaiblit des garde-fous essentiels en matière de pollution, de biodiversité et de santé publique [2]. Le texte a suscité une mobilisation citoyenne d’ampleur, illustrant la sensibilité des sujets touchant à l’articulation entre production agricole et protection de l’environnement. Comprendre ce que recouvre concrètement la loi Duplomb suppose d’en examiner les principales mesures.
Le relèvement des seuils ICPE pour les élevages
La mesure la plus structurante concerne les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). La loi Duplomb, précisée par ses décrets d’application, relève les seuils à partir desquels les installations d’élevage basculent sous le régime lourd de l’autorisation environnementale [3].
Concrètement, le seuil de passage sous autorisation évolue par exemple de 2 000 à 3 000 porcs pour une porcherie, et de 40 000 à 85 000 volailles pour un élevage avicole [2]. Pour les bovins, les décrets relèvent également les seuils d’enregistrement, portant par exemple le seuil pour les vaches laitières de 151 à 201 têtes, et pour les bovins à l’engraissement de 401 à 501 [4]. En deçà de ces nouveaux seuils, les exploitations relèvent du régime déclaratif, moins exigeant sur le plan administratif.
| Type d’élevage | Seuil précédent | Nouveau seuil |
|---|---|---|
| Porcs (porcherie) | 2 000 animaux | 3 000 animaux |
| Volailles | 40 000 animaux | 85 000 animaux |
| Vaches laitières (enregistrement) | 151 têtes | 201 têtes |
| Bovins à l’engraissement | 401 têtes | 501 têtes |
Le passage au régime déclaratif réduit de facto le périmètre des exigences applicables : étude d’impact, participation du public et contrôle préalable sont allégés [3]. Les partisans de la réforme y voient une simplification bienvenue ; ses détracteurs, dont plusieurs associations, y lisent un recul des dispositifs de prévention des pollutions [5].
Eau, pesticides et participation du public
Au-delà des élevages, la loi Duplomb réforme la gouvernance locale de l’eau. Elle modifie les règles encadrant les schémas d’aménagement et de gestion des eaux et permet aux préfets d’ajuster les volumes d’eau alloués à l’irrigation dans certains périmètres, selon des critères de stress hydrique ou de pression agricole [2]. Le texte facilite par ailleurs la réalisation d’ouvrages de stockage d’eau destinés à l’irrigation, un sujet particulièrement débattu.
La loi modifie également les modalités de participation du public. Les réunions publiques obligatoires peuvent être remplacées par un guichet d’information permanent, le porteur de projet conservant la possibilité de solliciter l’organisation d’une réunion [3]. Sur le volet phytopharmaceutique, le texte prévoyait initialement la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit, disposition qui a concentré une large part des critiques [6].
Un texte contesté et partiellement censuré
La disposition la plus controversée n’est pas entrée en vigueur. Le Conseil constitutionnel a jugé la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride non conforme à la Constitution, estimant qu’en l’absence de garanties suffisantes quant à la durée, aux techniques de traitement et aux filières visées, la mesure était contraire à la Charte de l’environnement [6]. La loi a donc été promulguée sans son article relatif à ce pesticide.
Cette censure illustre les limites constitutionnelles qui encadrent tout allègement des règles environnementales. Elle rappelle que la Charte de l’environnement dispose d’une valeur constitutionnelle et que le législateur ne peut réduire les protections existantes sans justification proportionnée. Pour les entreprises, cette instabilité normative est un signal : s’appuyer uniquement sur le plancher réglementaire du moment expose à des revirements. Structurer sa propre traçabilité environnementale et anticiper les obligations de reporting de durabilité devient une stratégie plus robuste que le simple respect du minimum légal.
Ce que ces évolutions impliquent pour les productions et les événements
La loi Duplomb ne vise pas directement le secteur audiovisuel ou événementiel. Pourtant, ses effets se diffusent indirectement à travers les chaînes d’approvisionnement et la logique générale d’évolution du droit de l’environnement. Les productions et les organisateurs d’événements ont intérêt à en tirer des enseignements concrets.
Tournages et productions (Film et TV)
Une production mobilise de nombreux prestataires dont certains relèvent de secteurs agricoles ou agroalimentaires : restauration de plateau, régie, fournisseurs locaux. Les évolutions réglementaires qui touchent ces filières modifient les pratiques et la traçabilité disponible en amont. Plus largement, la volatilité du cadre légal environnemental incite les sociétés de production à ne pas dépendre du seul minimum réglementaire, mais à documenter leurs propres impacts. Une production qui mesure et trace ses postes d’émissions, éventuellement avec l’appui d’un accompagnement en conseil environnemental, dispose d’une base fiable quelles que soient les évolutions législatives, et répond plus facilement aux exigences des donneurs d’ordre et des financeurs.
Événements (Live Events)
Pour l’événementiel, la question de l’eau et de l’usage des sols est loin d’être théorique. Un festival organisé en plein air mobilise des ressources en eau, occupe des terrains parfois agricoles et fait appel à des prestataires locaux. Suivre l’évolution des règles de gestion de l’eau et des installations classées permet d’anticiper les contraintes d’implantation. Là encore, disposer d’un outil de collecte centralisée des données environnementales offre un avantage pour démontrer sa conformité et sa performance, indépendamment des seuils légaux en vigueur.
Conclusion
La loi Duplomb illustre la tension permanente entre simplification agricole et protection de l’environnement. En relevant les seuils des installations classées, en réformant la gestion de l’eau et en assouplissant la participation du public, elle réduit certaines obligations environnementales, tandis que la censure de la réintroduction de l’acétamipride par le Conseil constitutionnel rappelle les limites de cet exercice. Pour les entreprises, y compris celles de l’audiovisuel et de l’événementiel, la leçon dépasse le contenu même du texte : le cadre réglementaire évolue rapidement et parfois en sens contraire. Construire une traçabilité environnementale robuste et anticiper les obligations de reporting reste la meilleure protection contre cette instabilité, bien au-delà du strict respect du plancher légal.
FAQ
Qu’est-ce que la loi Duplomb ?
Que change la loi Duplomb pour les obligations environnementales ?
Pourquoi la loi Duplomb a-t-elle été partiellement censurée ?
Quels sont les nouveaux seuils ICPE pour les élevages ?
Les entreprises non agricoles sont-elles concernées ?
Aller plus loin avec TheGreenshot
Les evolutions de la loi Duplomb rappellent une realite : le cadre reglementaire environnemental bouge vite, et les seuils legaux ne suffisent plus a garantir la maitrise de son impact. Les entreprises qui veulent piloter leurs obligations de maniere fiable ont besoin d une donnee structuree, independamment des allegements ou durcissements de la loi. GreenPro, l outil de suivi environnemental de TheGreenshot, centralise la collecte de donnees, automatise le scan des factures et restitue des tableaux de bord en temps reel. Pour les productions audiovisuelles et les evenements, qui mobilisent de nombreux prestataires, il offre une tracabilite complete des postes d impact et une base solide pour anticiper les exigences a venir. Cette rigueur permet de ne pas dependre du seul plancher reglementaire pour demontrer sa performance environnementale.
Nos consultants spécialisés accompagnent les studios de production pour cadrer la stratégie, former les équipes et suivre les résultats. Nous adaptons l’approche aux contraintes du terrain.


