GHG Protocol : guide complet pour mesurer vos émissions scopes 1, 2 et 3

Le GHG Protocol est le standard international de référence pour la comptabilité carbone des organisations. Développé conjointement par le WBCSD et le WRI, il structure la mesure des émissions de gaz à effet de serre en trois périmètres : les scopes 1, 2 et 3.

Le GHG Protocol (Greenhouse Gas Protocol) est le cadre de comptabilité carbone le plus utilisé au monde pour quantifier et communiquer les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’une organisation. Adopté par des milliers d’entreprises, d’institutions financières et de gouvernements, il constitue la base méthodologique de nombreux outils de reporting ESG et de la directive européenne CSRD. Sa structure en trois périmètres — scopes 1, 2 et 3 — permet d’identifier exhaustivement les sources d’émissions, des plus visibles aux plus diffuses. Cet article présente en détail chaque scope, les méthodes de calcul associées et les évolutions récentes du standard.

Qu’est-ce que le GHG Protocol ?

Le GHG Protocol a été développé conjointement par le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) et le World Resources Institute (WRI). Son standard principal, le Corporate Accounting and Reporting Standard, établit les principes et exigences pour que les entreprises mesurent et déclarent leurs émissions de GES de manière cohérente, comparable et vérifiable [1]. Le protocole couvre les six gaz à effet de serre visés par le Protocole de Kyoto : le CO₂, le méthane (CH₄), le protoxyde d’azote (N₂O), les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbures (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF₆), auxquels s’est ajouté le trifluorure d’azote (NF₃).

Le GHG Protocol est aujourd’hui utilisé par plus de 9 entreprises du Fortune 500 sur 10 pour leur reporting carbone. Il sert de fondement méthodologique à des référentiels réglementaires majeurs, tels que la directive CSRD, les standards ESRS, les Science Based Targets (SBTi) et le reporting de conformité à la CSRD en Europe [2].

Scope 1 : les émissions directes

Le scope 1 couvre toutes les émissions de GES générées directement par les sources que l’organisation contrôle ou possède. Il comprend quatre catégories principales :

  • La combustion stationnaire : chaudières, fours, turbines, générateurs au sein des installations de l’entreprise
  • La combustion mobile : véhicules appartenant à l’entreprise ou loués à long terme (voitures, camions, engins de chantier)
  • Les procédés industriels : émissions non liées à la combustion, issues des processus de fabrication
  • Les émissions fugitives : fuites de réfrigérants dans les systèmes de climatisation, fuites de méthane dans les pipelines, etc.

Ces émissions sont généralement les plus faciles à mesurer car elles correspondent à des activités directement maîtrisées par l’organisation. Elles sont calculées en multipliant les données d’activité (litres de fioul consommés, km parcourus) par les facteurs d’émission correspondants [3].

Scope 2 : les émissions indirectes liées à l’énergie

Le scope 2 regroupe les émissions de GES associées à la production de l’énergie achetée et consommée par l’organisation : électricité, chaleur, vapeur et refroidissement. Ces émissions sont dites « indirectes » car elles se produisent physiquement sur le site de production d’énergie, mais elles sont induites par la demande de l’organisation [4].

Les deux méthodes de calcul du scope 2

Le GHG Protocol définit deux approches complémentaires pour calculer les émissions de scope 2 :

  • La méthode location-based : utilise le facteur d’émission moyen du réseau électrique national ou régional (en France, environ 52 gCO₂eq/kWh selon le réseau RTE), indépendamment du contrat d’électricité souscrit
  • La méthode market-based : prend en compte les instruments contractuels d’approvisionnement en énergie (contrats d’achat d’énergie renouvelable, certificats garanties d’origine) pour refléter les choix énergétiques réels de l’organisation

Les deux méthodes doivent être déclarées simultanément dans un reporting complet. La méthode market-based est celle qui reflète le mieux les efforts de décarbonation de l’organisation lorsqu’elle a contractualisé des approvisionnements en énergie verte [5].

Scope 3 : les émissions de la chaîne de valeur

Le scope 3 est le périmètre le plus large et le plus complexe : il englobe toutes les émissions indirectes générées en amont ou en aval dans la chaîne de valeur de l’organisation, au-delà de celles couvertes par les scopes 1 et 2. Il représente généralement entre 70 et 90 % de l’empreinte carbone totale d’une entreprise [6].

Le GHG Protocol identifie 15 catégories de scope 3, réparties entre émissions amont et aval :

Catégorie Amont / Aval Exemples
1 — Biens et services achetés Amont Matières premières, sous-traitance
2 — Biens d’équipement Amont Machines, véhicules achetés
3 — Activités liées à l’énergie Amont Extraction du combustible, pertes réseau
4 — Transport et distribution amont Amont Livraisons de fournisseurs
5 — Déchets générés Amont Traitement des déchets de production
6 — Déplacements professionnels Amont Avion, train, hôtels
7 — Mobilité des employés Amont Trajets domicile-travail
8 — Actifs en amont en location Amont Bureaux, véhicules loués
9 — Transport et distribution aval Aval Livraison aux clients
10 — Traitement des produits vendus Aval Transformation chez le client
11 — Utilisation des produits vendus Aval Consommation électrique des produits
12 — Fin de vie des produits Aval Recyclage, mise en décharge
13 — Actifs en aval en location Aval Biens immobiliers loués à des tiers
14 — Franchises Aval Émissions des franchisés
15 — Investissements Aval Portefeuille financier, participations

GHG Protocol vs Bilan Carbone® : quelles différences ?

En France, le Bilan Carbone® de l’ADEME est souvent cité aux côtés du GHG Protocol. Les deux partagent la même logique de périmètre (scopes 1, 2, 3) mais présentent des différences importantes [7] :

  • Le GHG Protocol est un standard international ouvert, applicable à toute organisation dans le monde. Il ne propose pas de base de données de facteurs d’émission propres — les organisations utilisent les bases de données nationales disponibles (Base Empreinte ADEME en France, ecoinvent, etc.).
  • Le Bilan Carbone® est une méthodologie française propriétaire développée par l’ADEME, avec sa propre base de facteurs d’émission intégrée. Il inclut des spécificités sectorielles françaises et est particulièrement adapté aux obligations réglementaires françaises (BEGES)
  • Les deux sont compatibles et souvent utilisés conjointement : le GHG Protocol pour le reporting international (CSRD, SBTi), le Bilan Carbone® pour les obligations légales françaises

Pour les organisations soumises à des référentiels sectoriels spécifiques, comme Albert ou Ecoprod dans l’audiovisuel, les deux approches sont compatibles avec les outils de calcul du carbone audiovisuels disponibles sur le marché.

Les évolutions récentes du GHG Protocol

Le GHG Protocol est en cours d’une révision significative. Deux processus de mise à jour sont en cours simultanément.

Révision du Scope 2 Guidance

Une consultation publique sur la révision du standard Scope 2 a été ouverte en octobre 2025 et clôturée en janvier 2026. La principale évolution proposée concerne la méthode market-based : les entreprises souhaitant comptabiliser des émissions nulles grâce à l’achat de certificats d’énergie renouvelable (garanties d’origine) devront, à terme, démontrer une correspondance horaire et géographique entre la production d’énergie renouvelable certifiée et leur consommation réelle. Cette évolution vise à éliminer les pratiques de greenwashing liées à l’achat de certificats décorrélés de la consommation effective. La publication du standard révisé est attendue en 2027 [8].

Le standard FLAG (Forest, Land and Agriculture)

Le GHG Protocol a publié des lignes directrices spécifiques pour les émissions liées à la forêt, aux terres et à l’agriculture (FLAG). Ces émissions, longtemps non couvertes par les standards génériques, concernent notamment les entreprises agroalimentaires et les chaînes d’approvisionnement à forte composante agricole. Elles s’intègrent dans le scope 3 mais nécessitent des méthodologies de calcul spécifiques pour les changements d’utilisation des terres et le carbone stocké dans la biomasse [9].

GHG Protocol dans le secteur audiovisuel et événementiel

Le secteur du Media & Entertainment s’approprie progressivement le GHG Protocol comme cadre structurant pour ses bilans carbone. L’enjeu est double : répondre aux demandes croissantes des diffuseurs, annonceurs et partenaires institutionnels en matière de reporting carbone ; et disposer d’un référentiel commun permettant de comparer les bilans entre productions et saisons.

Application dans les productions audiovisuelles

Pour une maison de production, les scopes se mappent naturellement sur les postes classiques d’un bilan carbone de tournage :

  • Scope 1 : groupes électrogènes diesel sur plateau, véhicules de production en flotte propre, chaudières de studios
  • Scope 2 : électricité consommée sur les plateaux et en post-production (studios, salles de montage, serveurs de rendu)
  • Scope 3 : déplacements des équipes et des comédiens (catégorie 6), hébergements (catégorie 6), fabrication des décors et des costumes (catégorie 1), transport du matériel (catégorie 4), streaming et diffusion de la production finale (catégorie 11)

Les référentiels sectoriels Albert (Royaume-Uni) et Ecoprod (France) sont alignés sur la structure du GHG Protocol, ce qui facilite la consolidation des données dans un reporting CSRD ou SBTi. Plusieurs grands groupes médias ont ainsi fixé des objectifs de réduction validés par la Science Based Targets initiative (SBTi) sur la base d’un inventaire GHG Protocol complet [10].

Application pour les organisateurs d’événements

Pour les événements live — festivals, conférences, événements corporate, la structure du GHG Protocol permet d’identifier les postes d’émissions prioritaires : mobilité du public et des équipes (scope 3, catégories 6 et 7), alimentation électrique du site (scope 1 et 2), hébergements des intervenants (scope 3, catégorie 6), et matériel loué (scope 3, catégorie 8). Cette granularité est indispensable pour fixer des objectifs de réduction réalistes et communiquer des données auditables aux partenaires et aux sponsors soucieux de leurs propres obligations ESG.

GreenPro, l’outil de suivi carbone de TheGreenshot, automatise la collecte de données d’émissions pour les productions et les événements selon la structure du GHG Protocol — scopes 1, 2 et 3 complets — avec des bilans conformes à Albert, à Ecoprod et à la CSRD, sans saisie manuelle fastidieuse. L’outil intègre un scan OCR des factures fournisseurs, des tableaux de bord en temps réel et des insights IA pour identifier les postes prioritaires de réduction. En savoir plus sur GreenPro.

Conclusion

Le GHG Protocol s’est imposé comme l’épine dorsale de la comptabilité carbone mondiale. Sa structure en trois scopes offre un cadre exhaustif pour identifier, mesurer et communiquer les émissions de GES d’une organisation — des sources les plus directes aux plus diffuses le long de la chaîne de valeur. Avec la révision en cours du standard Scope 2 et l’intégration des émissions FLAG, le protocole continue d’évoluer pour répondre aux nouvelles exigences de précision et d’anti-greenwashing imposées par les régulateurs et les marchés. Pour les organisations du secteur audiovisuel et événementiel, l’adoption du GHG Protocol comme référentiel de mesure est désormais un prérequis pour répondre aux demandes de reporting de leurs parties prenantes et s’inscrire dans une trajectoire de décarbonation crédible et vérifiable.

Qu’est-ce que le GHG Protocol en résumé ?

Le GHG Protocol est le standard international de référence pour mesurer et déclarer les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’une organisation. Développé par le WBCSD et le WRI, il structure les émissions en trois périmètres (scopes 1, 2 et 3) et est utilisé par la grande majorité des multinationales ainsi que comme base méthodologique des réglementations ESG (CSRD, SBTi). Il couvre les sept principaux GES visés par les accords climatiques internationaux.

Quelle est la différence entre scope 1, scope 2 et scope 3 ?

Le scope 1 couvre les émissions directes provenant des sources que l’organisation contrôle (véhicules, chaudières, générateurs). Le scope 2 couvre les émissions indirectes liées à l’énergie achetée (électricité et chaleur). Le scope 3 couvre toutes les autres émissions indirectes en amont et aval de la chaîne de valeur (achats fournisseurs, déplacements, utilisation des produits vendus). Le scope 3 représente généralement entre 70 et 90 % de l’empreinte carbone totale d’une organisation.

Le GHG Protocol est-il obligatoire pour les entreprises françaises ?

Le GHG Protocol lui-même n’est pas une obligation légale, mais il constitue la base méthodologique de plusieurs réglementations auxquelles les entreprises françaises sont soumises. La directive CSRD impose notamment le reporting conformément aux standards ESRS, qui s’appuient sur le GHG Protocol. Le Bilan GES (BEGES), obligatoire en France pour les organisations de plus de 500 salariés, est également compatible avec sa structure.

Comment calculer les émissions de scope 3 ?

Le GHG Protocol propose plusieurs méthodes selon la disponibilité des données : la méthode par dépenses (utilisation des données financières d’achat multipliées par des facteurs d’émission économiques), la méthode par activité (quantités physiques multipliées par des facteurs d’émission spécifiques), ou la méthode hybride. Il recommande de prioriser les catégories de scope 3 les plus significatives en termes d’émissions et de données disponibles, en affinant progressivement la précision des calculs.

Quelles sont les évolutions récentes du GHG Protocol ?

Une consultation publique sur la révision de la Scope 2 Guidance s’est tenue de fin 2025 à début 2026, avec une publication du standard révisé attendue en 2027. La principale évolution concerne la correspondance horaire et géographique requise pour les certificats d’énergie renouvelable. Par ailleurs, le GHG Protocol a publié des lignes directrices FLAG (Forest, Land and Agriculture) pour couvrir les émissions liées à l’utilisation des terres dans les chaînes d’approvisionnement agricoles.

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